Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411885

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 11 septembre 2024 ordonnant la fermeture pour un mois de l'établissement "Burger Addict" à Créteil. La société requérante n'a soulevé aucun moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, fondée sur le code du travail. Les conclusions subsidiaires présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ont été jugées irrecevables en raison de l'impossibilité de cumuler les deux procédures de référé dans une même requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 et 26 septembre et 4 octobre 2024, la société BA-01, représentée par Me Sebag, demande au juge des référés :

1°)d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel la préfète du

Val-de-Marne a décidé la fermeture pour une durée d'un mois de l'établissement à l'enseigne " Burger Addict " qu'elle exploite à Créteil ou, subsidiairement, de lui accorder, sur le fondement de l'article L. 521-2 du même code, un délai de six mois à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir pour exécuter cet arrêté ;

2°)de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Vu :

- la requête n° 2411670 tendant à l'annulation de l'arrêté dont la suspension de l'exécution est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 4 octobre 2024 à 14h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, qui a informé les parties, en application des articles

R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant, à titre subsidiaire, à l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en raison de l'impossibilité de soumettre simultanément au juge des référés dans une même requête des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 et des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 ;

-et les observations de Me Sebag, représentant la société BA-01, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. À l'appui de ses conclusions tendant, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a ordonné la fermeture pour une durée d'un mois de l'établissement de restauration rapide à l'enseigne " Burger Addict " qu'elle exploite à Créteil, la société BA-01 fait valoir que cet arrêté est entaché d'incompétence pour avoir été signé par une autorité qui n'avait pas reçu à cet effet une délégation de la préfète du Val-de-Marne régulièrement publiée, qu'il est insuffisamment motivé, qu'il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation réelle et qu'il méconnaît les dispositions de l'article L. 8272-2 du code du travail, dès lors que, d'une part, il repose sur des faits qui sont soit matériellement inexacts, soit non constitutifs d'une des infractions prévues au 1° ou au 4° de cet article ou non constitutifs d'une infraction pouvant lui être imputée, d'autre part, ni la proportion de salariés concernés, ni la gravité des faits constatés ne sont de nature à justifier la sanction qu'il prononce. Elle fait en outre valoir que cette sanction est disproportionnée. Toutefois, aucun de ces moyens ne paraît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige. Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de cet arrêté ne peuvent par suite qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

4. Il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative, notamment des articles L. 521-1, L. 521-2, L. 523-1 et R. 522-5, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes de celles applicables aux demandes présentées sur le fondement de l'article L. 521-2. Par suite, elles ne peuvent, à peine d'irrecevabilité, être présentées simultanément dans une même requête.

5. Eu égard à ce qui vient d'être dit, les conclusions présentées à titre subsidiaire par la société BA-01 sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société BA-01 doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société BA-01 est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société BA-01 et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,