Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411886

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, saisi en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution d'une décision implicite de rejet de renouvellement de titre de séjour formée par Mme A. Le juge a relevé d'office que la préfète du Val-de-Marne avait fait droit à la demande de renouvellement moins de quatre mois après son dépôt, conformément à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, empêchant ainsi la naissance d'une décision implicite de rejet. Par conséquent, les conclusions de la requérante étaient dépourvues d'objet et irrecevables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Saligari, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par la préfète du Val-de-Marne sur sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à exercer une activité professionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.

Vu :

-la requête n° 2411888 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 9 octobre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, qui a informé les parties, en application des articles

R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions à fin de suspension présentées par Mme A sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables, dès lors qu'il résulte de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne a décidé de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressée moins de quatre mois après le dépôt de cette demande donc avant l'expiration du délai de naissance d'une décision implicite de rejet prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'aucune décision implicite de rejet de ladite demande n'est intervenue ;

-et les observations de Me Kao, représentant la préfète du Val-de-Marne.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Mme A, qui, de nationalité haïtienne, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 19 novembre 2022 au 28 novembre 2023, a déposé une demande de renouvellement de ce titre de séjour le 6 novembre 2023. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet qui serait née du silence gardé sur cette demande par la préfète du Val-de-Marne.

3. Lorsqu'est invoquée devant lui une irrecevabilité propre à la demande de suspension dont il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ou vaut aussi bien pour cette demande et pour la requête en annulation ou en réformation dont elle constitue l'accessoire, le juge des référés doit se prononcer sur la fin de non-recevoir ainsi opposée au titre de la recevabilité de la demande en référé et, par suite, rejeter celle-ci comme irrecevable si l'irrecevabilité en cause est caractérisée. Il lui appartient en outre, le cas échéant, de relever d'office une telle irrecevabilité dans le cas où elle ressort des pièces du dossier qui lui est soumis.

4. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été convoquée à un rendez-vous fixé le 2 mars 2024 pour la remise de son nouveau titre de séjour, de sorte que la préfète du Val-de-Marne a nécessairement décidé de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour mentionnée au point 2 au plus tard à la même date, soit moins de quatre mois après le dépôt de cette demande donc avant l'expiration du délai de quatre mois au terme duquel une décision implicite de rejet de cette même demande aurait pu naître. Il s'ensuit qu'aucune décision implicite de rejet de ladite demande n'est intervenue. Dans ces conditions, les conclusions à fin de suspension présentées par la requérante étaient dépourvues d'objet avant l'introduction de l'instance et sont dès lors irrecevables.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 29 octobre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,