Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411926
mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411926 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Ozeki, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du
Val-de-Marne a rejeté sa demande de remise de sa carte de résident ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de remise de carte de résident, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction le 22 mars 2024 a révélé l'existence d'une décision implicite de rejet de sa demande de remise de la carte de résident qui lui a été délivrée le 9 janvier 2018 ;
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le courrier du
17 décembre 2018 l'informant du renouvellement de sa carte de résident ne vaut pas attestation de la régularité de son séjour, alors que l'attestation de prolongation d'instruction délivrée est arrivée à expiration le 21 septembre ;
- il a engagé un ensemble de démarches depuis un an et demi pour obtenir la remise de son titre de séjour, en vain, circonstance faisant obstacle à la signature d'un contrat à durée indéterminée en qualité de serveur avec la société Kays ;
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation, à défaut pour la préfète du Val-de-Marne d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs en date du 17 juin 2024 ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire ;
- elle est contraire aux dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la préfète du
Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis une somme de 200 euros à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- M. A ne justifie pas de l'urgence de sa demande, à défaut de s'être présenté au rendez-vous fixé par ses services au 14 octobre 2024 pour le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ;
- le 15 octobre 2024, le requérant s'est vu notifier par remise en mains propres une convocation devant la commission d'expulsion le 30 octobre suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- les observations de Me Ozeki, représentant M. A, absent, qui soutient en outre que la convocation produite n'est ni datée ni signée et a été envoyée à son ancienne adresse mail, tandis que les services de la préfecture avaient nécessairement connaissance de sa nouvelle adresse mail, utilisée pour les relancer, qu'il reste en situation irrégulière alors qu'une carte de résident lui a été délivrée, et que sa convocation devant la commission d'expulsion ne suffit pas à justifier du refus de lui remettre son titre de séjour, à défaut d'une décision de retrait de cette dernière ;
- et les observations de Me El Assad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que la convocation a été envoyée à la dernière adresse mail connue de
M. A, que rien ne permet de remettre en cause sa validité et qu'une procédure d'expulsion a été engagée, au regard de la menace pour la sûreté de l'Etat et à l'ordre public que représente la présence du requérant sur le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. M. A, ressortissant tunisien né le 9 janvier 1972 à El Hamma (Tunisie), titulaire d'une carte de résident délivrée le 9 janvier 2008, a été convoqué le
13 décembre 2018 par les services de la préfecture du Val-de-Marne pour la remise de ce titre de séjour renouvelé, rendez-vous que le requérant a été dans l'impossibilité d'honorer en conséquence de son incarcération. Le 19 mars 2024, M. A a demandé à ce tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui remettre sa carte de résident, et le 22 mars suivant, le requérant a été mis en possession d'une attestation de prolongation d'instruction. Par la présente requête,
M. A demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui remettre sa carte de résident.
5. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait remplie, M. A se prévaut de l'irrégularité de la situation administrative dans laquelle il est maintenu, en conséquence du défaut de remise de la carte de résident émise à son nom le 8 janvier 2018. Toutefois, d'une part, M. A doit être regardé comme séjournant en situation régulière dès lors que son séjour est autorisé par la carte de résident litigieuse, et dispose d'attestations de l'administration préfectorale permettant de justifier de la délivrance de ce titre, en cours de validité jusqu'en 2028. D'autre part, le requérant n'établit pas qu'une autorisation de travail aurait été obtenue par la société Kays Good Thaï, au sein de laquelle il effectue un stage jusqu'au 2 novembre 2024, afin de l'embaucher en qualité de serveur, sous contrat à durée déterminée ou indéterminée selon les documents. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui remettre la carte de résident émise le 8 janvier 2018 au nom de M. A.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, que les conclusions présentées par
M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions reconventionnelles de la préfète du Val-de-Marne :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de
M. A la somme demandée par la préfète du Val-de-Marne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions reconventionnelles de la préfète du Val-de-Marne sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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