Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411972

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411972
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette requête, examinée par le Tribunal Administratif de Melun, concerne la demande de M. B de modifier des ordonnances antérieures pour obtenir la restitution de son titre de circulation aéroportuaire et la liquidation d’une astreinte. Le juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, a constaté que le préfet de police avait délivré une nouvelle habilitation et que le badge était disponible, rendant sans objet la demande de modification des injonctions. En revanche, le tribunal a fait droit à la demande de liquidation de l’astreinte, prononcée par l’ordonnance du 19 septembre 2024, en raison du retard dans l’exécution de l’injonction de restitution. Cette solution s’appuie sur les dispositions du code de l’aviation civile et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 27 septembre, 4, 7 et

16 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Djemaoun, doit être entendu comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de modifier les ordonnances n° 2409356 du 16 août 2024 et n° 2410485 du

19 septembre 2024 en enjoignant au préfet de police de lui restituer son titre de circulation sans délai et sous astreinte de 600 euros par heure de retard, et de liquider l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2410485 du 19 septembre 2024 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'article 2 de l'ordonnance du juge des référés de ce tribunal en date du

16 août 2024 a prononcé une injonction de restitution de son titre de circulation, dans le délai de deux jours à compter de sa notification, qui n'a pas été mise en œuvre ;

- en conséquence, le juge des référés de ce tribunal a modifié cette ordonnance afin d'enjoindre au préfet de police de procéder à cette restitution dans le délai de cinq jours et sous astreinte de cent euros par jour de retard, qui n'a pas davantage été exécutée ;

- son employeur indique que son dossier est toujours en cours d'instruction par les services compétents pour la gestion des demandes d'habilitation, de sorte que n'ayant toujours pas de badge, il ne peut toujours pas travailler ;

- le titre de circulation aéroportuaire est délivré par le préfet de police, en application des dispositions du II de l'article R. 213-3-3 du code de l'aviation civile, ainsi qu'en attestent les mentions de son précédent badge ;

- selon le service d'Accueil des professionnels d'Aéroport de Paris, qui précise ne pas avoir reçu le courriel du 2 octobre 2024 produit en défense, la fabrication du titre de circulation aéroportuaire est impossible tant que la demande de TCA déposée le 16 mai 2024 sur le portail CORSUR reste sous le statut " en cours d'instruction SCI ", dont l'actualisation dépend de la validation préalable de l'habilitation dans le logiciel STITCH ;

- il s'est finalement vu remettre son nouveau badge, sans que cette circonstance ne prive d'objet sa demande de liquidation de l'astreinte, dont le montant ne saurait être modéré et doit en conséquence s'élever à la somme de 2 100 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4, 7 et 16 octobre 2024, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- une habilitation aéroportuaire a été délivrée le 27 septembre 2024 à M. B, pour une durée de trois ans ;

- cette habilitation figure bien dans l'application STITCH ;

- les services de la préfecture déléguée à la sécurité et à la sûreté des plateformes aéroportuaires de Paris ont adressé le 2 octobre 2024 aux services d'Aéroport de Paris un courriel afin que le badge de M. B soit réactivé ;

- il produit des courriels attestant de ce qu'un titre de circulation aéroportuaire est à la disposition de M. B et qu'en conséquence son badge peut lui être délivré.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'aviation civile ;

- le code des transports ;

- le décret n° 2023-1008 du 31 octobre 2023 ;

- l'arrêté du 11 septembre 2013 relatif aux mesures de sûreté de l'aviation civile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Djemaoun, représentant M. B, présent, qui soutient en outre qu'il ne travaille plus depuis quatre mois alors qu'il a obtenu gain de cause dans l'ensemble de ses recours, que seule une astreinte horaire permet d'obtenir de la préfecture de police la mise en œuvre effective des injonctions, que la délivrance d'une nouvelle habilitation ne peut pas valoir exécution de l'injonction prononcée alors qu'elle tend à la restitution de son badge, tandis que ce dernier est indispensable à la reprise de ses fonctions ;

- et les observations de M. A, représentant le préfet de police, qui fait valoir en outre que le retard pris dans le traitement de la situation de M. B s'explique par le fait que son habilitation est arrivée à expiration au cours du traitement contentieux de sa requête, et qu'en conséquence une nouvelle décision devait être prise, que dans l'affaire au fond un mémoire en défense va être produit très prochainement afin de produire la nouvelle habilitation, et que s'il appartient à ses services d'autoriser la production du badge par l'enregistrement de l'information dans STITCH en revanche la délivrance du titre de circulation relève des services de la police de l'air et des frontières.

La clôture de l'instruction a été différée en dernier lieu jusqu'au 8 octobre 2024 à 12h00, en application des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 9 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 juillet 2024, le préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plateformes aéroportuaires de Paris a suspendu l'habilitation délivrée le 18 août 2021 à

M. B, employé en qualité d'agent de chargement, pour une durée de deux mois. Le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint à la remise du titre de circulation confisqué au requérant dans le délai de deux jours, par une ordonnance n° 2409356 du 16 août 2024. Par une nouvelle ordonnance n° 2410485 du

19 septembre 2024, le juge des référés a relevé l'inexécution de la mesure prononcée et a modifié l'article 2 de la première ordonnance, en enjoignant au préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plateformes aéroportuaires de Paris de procéder à la restitution du titre de circulation dans le délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par la présente requête, M. B demande la modification des deux précédentes ordonnances, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, ainsi que la liquidation provisoire de l'astreinte initialement prononcée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

3. La décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l'exécution d'une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter les mesures ordonnées par le juge des référés par toute mesure destinée à assurer cette exécution.

4. Il résulte de l'instruction que, si la restitution du badge initialement délivré à

M. B s'est avérée impossible, en conséquence de l'expiration de l'habilitation ayant justifié sa délivrance, le préfet de police a prononcé une nouvelle habilitation au nom du requérant le 27 septembre 2024, sur la base de laquelle un nouveau badge lui a été remis le

16 octobre suivant. Dès lors, à la date de la présente ordonnance, l'injonction prononcée par l'ordonnance n° 2409356 du 16 août 2024 a été entièrement exécutée. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative :

" En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu le jugement d'en assurer l'exécution ". Selon l'article L. 911-7 de ce code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. () ".

6. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 6342-2 du code des transports : " L'accès à la zone côté piste de l'aérodrome et la circulation dans cette zone sont soumis à autorisation. / Les personnes accédant aux zones de sûreté à accès réglementé et y circulant sont tenues de détenir, outre le cas échéant l'habilitation mentionnée au premier alinéa de l'article

L. 6342-3, un titre de circulation ou l'un des documents mentionnés au point 1.2.2.2 de l'annexe au règlement (UE) n° 185/2010 de la Commission du 4 mars 2010 fixant des mesures détaillées pour la mise en œuvre des normes de base communes dans le domaine de la sûreté de l'aviation civile. / Un décret en Conseil d'État détermine les conditions d'application du présent article ". Selon l'article R. 6342-15 du même code : " L'accès des personnes autres que celles mentionnées à l'article R. 6342-16 en zone de sûreté à accès réglementé d'un aérodrome où s'appliquent des mesures de sûreté au titre des arrêtés prévus par l'article R. 6341-2 est soumis à la possession de l'habilitation prévue par l'article

L. 6342-3 et du titre de circulation prévu par l'article L. 6342-2 ". L'article R. 6342-23 de ce code dispose que : " Sauf pour les personnes visées à l'article R. 6342-21, la délivrance des titres de circulation prévus par les articles R. 6342-15 et R. 6342-17 est subordonnée à la justification de l'habilitation prévue par l'article L. 6342-3 ". Enfin, l'article R. 6342-24 du même code précise que " () le titre de circulation est délivré par le préfet exerçant les pouvoirs de police sur l'aérodrome pour lequel le titre est sollicité () ".

8. Enfin, aux termes de l'article 1-2-5-1 de l'annexe à l'arrêté du 11 septembre 2013 relatif aux mesures de sûreté de l'aviation civile, dans sa version modifiée par l'arrêté du

14 mai 2018 : " I. - Les titres de circulation aéroportuaire définis ci-dessous sont considérés comme les titres de circulation aéroportuaire valables mentionnés au c du point 1.2.2.2 de l'annexe du règlement (UE) 2015/1998 susvisé : 1. Les titres de circulation aéroportuaire délivrés dans les conditions prévues au II et III de l'article R. 213-3-3 du code de l'aviation civile. Ces titres de circulation donnent accès à tout ou partie de la zone de sûreté à accès règlementé du ou des aérodromes concernés () ". Selon l'article 1-2-5-3 I-T de cette même annexe : " En application des modalités fixées par le préfet exerçant les pouvoirs de police sur l'aérodrome, sous réserve pour les aérodromes dont le cahier des charges est approuvé par décret des dispositions particulières relatives à la sûreté, l'exploitant d'aérodrome met en place un service gestionnaire chargé : 1. D'accueillir les personnes concernées par les titres de circulation aéroportuaires dans les zones de sûreté à accès réglementé ; 2. De vérifier la recevabilité des dossiers déposés ; 3. De renseigner la base de données informatique des titres de circulation ; 4. De fabriquer les titres de circulation notamment les titres nominatifs produits par l'application gérant la base de données informatique nationale des titres de circulation ; 5. De remettre le titre de circulation sur présentation d'un document attestant l'identité de son bénéficiaire () ". L'article 1-2-5-4 de cette annexe dispose que :

" I. - L'entité faisant la demande du titre de circulation aéroportuaire : 1. Désigne, en son sein, au moins un correspondant sûreté ; 2. Déclare immédiatement au service gestionnaire défini pour l'aérodrome les évolutions intervenues dans les activités des personnes agissant pour son compte lorsque ces évolutions impliquent la fin de validité d'un titre de circulation ou la modification des secteurs accessibles ; 3. Informe, immédiatement et par écrit, le titulaire du titre de circulation aéroportuaire qui ne justifie plus d'une activité en zone de sûreté à accès réglementé, ou dont le titre est arrivé en fin de validité, de son obligation de restituer son titre de circulation ; 4. Organise un service de collecte des titres de circulation relevant de l'un des cas mentionnés au point 1.2.3.5 de l'annexe du règlement (UE) 2015/1998 modifié de la Commission du 5 novembre 2015 mentionné ci-dessus et les restitue immédiatement au service gestionnaire défini pour l'aérodrome ".

9. Il résulte de l'instruction que, en exécution des ordonnances n° 2409356 du

16 août 2024 et n° 2410485 du 19 septembre 2024 par lesquelles le juge des référés a enjoint au préfet de police de restituer à M. B son titre de circulation, dans le délai de

deux jours à compter de la notification de la première ordonnance, puis dans le délai de

cinq jours à compter de la notification de la seconde ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, le préfet de police justifie avoir renouvelé l'habilitation de M. B à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé de l'aéroport d'Orly par un arrêté du

27 septembre 2024. De plus, la défense démontre avoir porté cette information dans le portail Système de Traitement Informatisé des Titres de Circulation et des Habilitations (STITCH) au plus tard le 4 octobre 2024, date à laquelle a été communiquée une capture d'écran qui en atteste. Si le requérant n'a été effectivement rendu destinataire d'un nouveau titre de circulation aéroportuaire que le 16 octobre suivant, il résulte de l'instruction qu'en application des dispositions précitées de l'arrêté du 11 septembre 2013, la société Aéroports de Paris est chargée de délivrer ces documents au nom du préfet de police, après présentation d'une demande de délivrance par l'employeur de l'agent concerné sur le portail CORSUR. Enfin, il appartient à l'employé bénéficiaire de se présenter auprès de l'Accueil des professionnels d'Aéroports de Paris, guichet unique des professionnels de l'aéroport chargé notamment de la remise des titres de circulation aéroportuaire. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, il y a lieu de regarder l'injonction comme entièrement exécutée à la date à laquelle l'information relative à la délivrance d'une nouvelle habilitation a été enregistrée dans STITCH, interface entre les services de la préfecture de police et ceux de la société Aéroports de Paris.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de procéder à la liquidation définitive de l'astreinte, qui a commencé le 26 septembre 2024 au taux de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais de justice :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus de lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 800 euros au titre de la liquidation définitive de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2410485 du 19 septembre 2024.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,