Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411998

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision 48SI du 11 juillet 2024 invalidant le permis de conduire de M. B pour solde de points nul. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés par le requérant, notamment ceux tirés du défaut de notification de la décision et de l'illégalité des retraits de points antérieurs, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. La condition d'urgence, bien que potentiellement remplie compte tenu de la profession de chauffeur de taxi du requérant, n'a pas été retenue comme suffisante pour justifier la suspension. La requête a donc été rejetée dans son ensemble, y compris les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 28 septembre et 15 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Doumi, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision référencée 48SI qui lui a prétendument été envoyée le 11 juillet 2024 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre en compte le stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a effectué les 26 et 27 juillet 2024 dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : la détention du permis de conduire étant une condition de l'exercice de sa profession de chauffeur de taxi, qui constitue son unique source de revenus pour faire face à ses charges professionnelles et personnelles alors qu'il vit seul avec un enfant âgé de onze ans, la décision en litige l'empêche d'exercer son activité professionnelle et de subvenir à ses besoins ; sa vie familiale l'oblige par ailleurs à une certaine mobilité ; la suspension de l'exécution de la décision en litige ne serait pas inconciliable avec les exigences de la sécurité routière ; il avait précédemment saisi le tribunal administratif de Paris d'une demande de suspension de l'exécution de la décision en litige le 19 août 2024 et cette demande a été rejetée comme portée devant une juridiction territorialement incompétente pour en connaître par une ordonnance du même jour qui ne lui a été notifiée que le 25 août 2024 ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :

*cette décision ne lui a pas été notifiée, de sorte que le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire ne lui a pas été rendu opposable et qu'il peut prétendre, en application de l'article L. 223-6 du code de la route, au bénéfice de la récupération de points au titre du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 26 et 27 juillet 2024 ;

*elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 mars 2022, 27 mars 2022, 2 octobre 2020, 14 janvier 2020, 4 février 2018, 9 décembre 2017, 29 juin 2017, 5 juillet 2017, 21 octobre 2016, 10 avril 2017, 12 septembre 2016, 2 septembre 2016 et 4 août 2016, dès lors que les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route de lui ont pas été communiquées pour chacune de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

-les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 14 janvier 2020, 4 février 2018 et 9 décembre 2017 sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

-la requête n° 2410364 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de la route ;

-le code de procédure pénale ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 16 octobre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Doumi, représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et a fait valoir en outre que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 mars 2022, 27 mars 2022, 2 octobre 2020, 14 janvier 2020, 4 février 2018, 9 décembre 2017, 29 juin 2017, 5 juillet 2017, 21 octobre 2016, 10 avril 2017, 12 septembre 2016, 2 septembre 2016 et 4 août 2016 n'ont pas toutes été notifiées au requérant.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. M. B a fait l'objet, le 4 juillet 2024, d'une décision référencée 48SI par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions citées au point précédent. Toutefois, aucun des moyens dont il fait état à cette fin, tels qu'ils sont analysés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance, y compris ceux relatifs à l'audience publique, ne paraît propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur, ni de se prononcer sur la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Fait à Melun, le 29 octobre 2024

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLa greffière,

Signé : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,