Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412073
mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2412073 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 30 septembre et 9 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Kogeorgos, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la préfète du Val-de-Marne a " classé sans suite " sa demande de renouvellement de titre de séjour, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, d'une part, de réexaminer son dossier, d'autre part, de lui délivrer, en attendant, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros tous taxes comprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne doit être regardée comme concluant au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et au rejet du surplus des conclusions.
Vu :
-la requête n° 2412059 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Le rapport de M. Zanella a été entendu au cours de cette audience, tenue le 16 octobre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. Mme A, ressortissante birmane entrée en France en septembre 2022 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 15 août 2022 au 15 août 2023, s'est vu notifier le 22 juillet 2024, via le téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ", la " clôture " de la demande qu'elle avait déposée au moyen du même téléservice le 4 janvier précédent pour obtenir le renouvellement de ce titre de séjour, et ce, au motif qu'elle avait déjà une autre demande de titre de séjour en cours d'instruction dans une préfecture ou sous-préfecture de son ancien département de résidence, à savoir l'Aude, et qu'il lui appartenait de se rapprocher de cette préfecture ou sous-préfecture afin de faire transférer son dossier à la préfecture du Val-de-Marne. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision ainsi prise, laquelle doit être regardée comme rejetant la demande mentionnée ci-dessus, ainsi que de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé par une lettre datée du 24 juillet 2024 et reçue à la préfecture du Val-de-Marne le 29 juillet suivant.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne :
3. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de l'instance, Mme A a été convoquée à un rendez-vous fixé le 8 octobre 2024 à 10h00 pour le dépôt d'une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " étudiant ". Toutefois, contrairement à ce qui est soutenu en défense, cette circonstance n'est pas, en l'absence de retrait ou d'abrogation de la décision en litige et de délivrance d'un document provisoire de séjour à l'intéressée, de nature à priver d'objet tout ou partie des conclusions de la requête de celle-ci. Il en va d'ailleurs de même de la circonstance que la requérante a effectivement déposé une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " étudiant " le 8 octobre 2024. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions de la requête :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. D'une part, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire []. ". Une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée après l'expiration des délais ainsi prévus doit être regardée comme tendant à la première délivrance d'un titre de séjour de même nature.
6. Nonobstant la circonstance que Mme A a, il est vrai, déposé le 15 mai 2023, soit dans le délai imparti par les dispositions citées au point précédent, une première demande de renouvellement de titre de séjour dont elle s'est vu notifier le " classement " via le téléservice ANEF le 18 décembre 2023, la demande de renouvellement de titre de séjour mentionnée au point 2 a quant à elle été présentée à une date à laquelle le même délai était expiré. Il s'ensuit que cette demande doit être regardée comme une demande de première délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et que la requérante ne peut dès lors bénéficier en l'espèce de la présomption mentionnée au point 4.
7. D'autre part, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme A fait valoir qu'à défaut de détenir un document de séjour alors qu'elle remplit les conditions de renouvellement de son dernier titre de séjour et qu'il est inenvisageable que sa cellule familiale se reconstitue hors de France, elle n'est pas autorisée à travailler, se trouve dans l'impossibilité de solliciter le bénéfice de prestations sociales, de voyager hors de France et de circuler en France sans craindre en permanence d'être inquiétée en cas de contrôle de police. Elle fait également valoir que sa situation académique et professionnelle peut être mise en péril à tout moment. Les circonstances ainsi invoquées ne peuvent toutefois être regardées comme suffisant à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 29 octobre 2024
Le juge des référés,
Signé : P. ZanellaLa greffière,
Signé : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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