Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412195

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 18 septembre 2024 par laquelle l'Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France avait suspendu l'agrément de la Sarl FZR Ambulances pour une durée de trois mois. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la société ne pouvant se prévaloir de sa propre situation financière résultant de manquements répétés aux obligations du code de la santé publique (notamment l'article R. 6312-10). Aucun des moyens soulevés, dont l'erreur manifeste d'appréciation, n'a été retenu comme propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la sanction, jugée proportionnée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024, la société à responsabilité limitée (Sarl) FZR Ambulances, représentée par Me Halimi, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 18 septembre 2024 par laquelle l'agence régionale de santé Île-de-France a prononcé la suspension de son agrément pour une durée de trois mois, à compter du 4 novembre 2024 ;

2°) de lui allouer une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige lui cause un préjudice financier énorme qui l'expose au risque de devoir procéder à une demande de redressement voire de liquidation judiciaire ;

- le retrait de son agrément d'une durée de trois mois équivaut à sa fermeture programmée, le défaut de facturation à la caisse primaire d'assurance maladie équivalant à son déconventionnement ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le 8 mars 2024, son gérant n'effectuait aucun transport de patient mais avait pour but d'amener le véhicule au garage, d'effectuer des démarches administratives et des achats de matériel pour ses ambulances ;

- il n'était pas concevable de transporter des bouteilles d'oxygène avec un véhicule personnel ;

- l'exécution de l'arrêté pris par l'agence régionale de santé le 7 octobre 2022 a été suspendue, alors qu'aucune des décisions dont elle a contesté la légalité n'a encore fait l'objet d'un jugement au fond ;

- l'absence de mention de ces dernières circonstances dans le rapport présenté au sous-comité a été de nature à exercer une influence sur son avis ;

- ce même rapport précise que la contre-visite effectuée a permis d'attester de la mise en conformité du véhicule ;

- il appartient à l'agence régionale de santé d'apporter la preuve du caractère proportionné de la sanction prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, l'agence régionale de santé Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la société ne saurait se prévaloir de sa propre turpitude pour invoquer l'urgence de sa demande, alors que les différents manquements relevés le 8 mars 2024 portent atteinte à l'intérêt général lié aux conditions de prise en charge des patients ;

- les faits relevés sont constitutifs de manquements aux dispositions de l'article

R. 6312-10 du code de la santé publique, alors en outre qu'une ambulance est un véhicule spécifique soumis à des règles précises et ne saurait être utilisé en qualité de véhicule individuel ou de service ;

- rien ne prouve qu'en l'absence du contrôle réalisé le 8 mars 2024, ce véhicule aurait été mis en conformité, alors en outre que la société FZR Ambulances a fait l'objet de quatre convocations devant le sous-comité des transports sanitaires et de précédentes suspensions de son agrément, sans effet ;

- la sanction prononcée est fondée et proportionnée aux faits qui la fondent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- les observations de Me Halimi, représentant la société FZR Ambulances, en présence de son gérant, qui soutient en outre que le 8 mars 2024, un patient avait été transporté mais qu'il a dû revenir à l'hôpital apporter des documents complémentaires, qu'il devait ensuite se rendre chez son fournisseur de bouteilles d'oxygène puis faire remplacer un phare, ce qui imposait de circuler avec cette ambulance ;

- et les observations de Mme A, représentant l'agence régionale de santé

Île-de-France, dûment mandatée, qui fait valoir en outre que le gérant n'a pas accepté immédiatement de se soumettre au contrôle de son véhicule, que cette affaire met en cause la sécurité de la prise en charge des patients alors que de nombreux dysfonctionnements ont été relevés, que la facture émise par un garage produite par la requête n'a fait l'objet d'aucune communication au cours de la procédure, que la suspension d'agrément ne peut pas avoir pour conséquence d'entraîner une décision de retrait du conventionnement de la société par la caisse primaire d'assurance maladie, et que malgré plusieurs faits antérieurs la société FZR Ambulances n'a toujours pas pris conscience de la portée de ses obligations.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

2. La société FZR Ambulances, bénéficiaire depuis le 10 avril 2007 d'un agrément relatif à l'activité de transport sanitaire, a fait l'objet le 8 mars 2024 d'un contrôle du service de transports sanitaires de l'agence régionale de santé Île-de-France de l'un de ses véhicules, dans l'enceinte de l'hôpital Raymond Poincaré de la commune de Garches. Par un courrier et une relance des 11 et 25 mars 2024, la société a été invitée à présenter des explications sur les constats relevés à cette occasion, finalement données par un courriel en date du 26 mars. Le sous-comité des transports sanitaires du Val-de-Marne a rendu un avis le 5 juin 2024, et par un arrêté du 18 septembre 2024, le directeur général de l'agence régionale de santé Île-de-France a prononcé la suspension de l'agrément de la société requérante pour une durée de trois mois. La société FZR Ambulances demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

3. Toutefois, au regard des pièces produites et des échanges intervenus au cours de l'audience, aucun des moyens soulevés par la requête n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence, que les conclusions présentées par la société FZR Ambulances sur le fondement de l'article

L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par la société FZR Ambulances est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société FZR Ambulances et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.

Copie en sera adressée à l'agence régionale de santé Île-de-France.

La juge des référés,La greffière,

Signé : C. LetortSigné : S. Aubret

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2412196