Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412284
mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2412284 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2024, M. A C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, révélée par l'arrêté du 2 octobre 2024 le plaçant en rétention administrative pour une durée de quatre jours, par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé l'Algérie comme pays de destination de l'interdiction judiciaire du territoire français prononcée à son encontre par le tribunal judiciaire de Lille le 15 février 2021 ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire tel qu'il est garanti par les stipulations du paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, en l'absence de décision administrative susceptible de recours ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 8 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;
- les observations de Me Stoyanova, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de M. C, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du tribunal ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 2 juin 1993 à Tizi-Ouzou (Algérie), déclare être entré irrégulièrement en France en 2017. Par un jugement du tribunal judiciaire de Lille du 15 février 2021, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Douai du 12 mai 2021, il a été condamné à une peine d'interdiction judiciaire du territoire français d'une durée de dix ans. Par un arrêté du 2 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a placé, à l'issue de sa garde à vue, en rétention administrative pour une durée de quatre jours, prolongée d'une durée de vingt-six jours à compter du 6 octobre 2024 par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 7 octobre 2024. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, révélée par l'arrêté le plaçant en rétention administrative.
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / () ".
3. L'édiction d'un arrêté de placement en rétention administrative d'un étranger faisant l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français prononcée à titre de peine complémentaire implique que l'autorité administrative a considéré, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 731-1, L. 741-1 et L. 741-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'éloignement de l'intéressé demeurait une perspective raisonnable mais que l'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes pour prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la mesure d'éloignement et qu'aucune autre mesure moins restrictive de liberté n'est possible. En revanche, la décision de placement en rétention administrative n'est pas de nature à révéler l'existence d'une décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, laquelle constitue une décision distincte. Au demeurant, s'il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a engagé des démarches auprès des autorités consulaires algériennes en vue de l'obtention d'un laissez-passer, de telles démarches, qui constituent des actes préparatoires à l'édiction de la décision fixant le pays de destination prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement, ne sont pas davantage de nature à révéler qu'une décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement dont fait l'objet le requérant aurait été prise à la date d'enregistrement de la requête, le 2 octobre 2024. Enfin, le requérant n'établit nullement avoir formulé une demande tendant à la fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, de sorte qu'aucune décision implicite n'était née le 2 octobre 2024, date d'enregistrement de sa requête.
4. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement dont fait l'objet M. C à la date d'enregistrement de sa requête, cette dernière, qui n'est dirigée contre aucune décision susceptible de recours, est irrecevable et ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 15 octobre 2024.
Le magistrat,
Signé : T. BOURGAULa greffière,
Signé : N. RIELLANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2412284
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