Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412432

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412432
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun rejette la requête de M. F et Mme E, qui demandaient, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la délivrance de passeports pour leurs enfants. Les requérants invoquaient une atteinte grave à la liberté d'aller et de venir en raison du retard de l'administration à renouveler les titres. Le juge des référés estime que la condition d'urgence particulière n'est pas remplie, faute pour les intéressés de justifier d'un projet de voyage impératif devant être réalisé dans un délai de quarante-huit heures. En conséquence, la requête est rejetée sans examen au fond, par application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. D F et Mme B E, représentés par Me Toinette, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à leurs enfants C et A un passeport provisoire valable un an, dans un délai de huit jours à compter la notification de l'ordonnance à intervenir, ou à défaut de procéder à un réexamen de la demande de renouvellement des titres d'identité des intéressés dans le même délai ;

2°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils indiquent qu'ils ont adressé, le 16 mars 2023, au centre d'expertise et de ressources des titres de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) une lettre de rappel concernant les demandes de renouvellement des passeports de leurs enfants C et A nés en janvier 2011 et janvier 2013, effectuées en avril 2022, qu'il leur a été répondu que leur demande avait été transmise au centre de Créteil (Val-de-Marne), qu'ils n'ont obtenu aucune information et que leurs enfants n'ont pas pu voyager.

Ils soutiennent que la condition d'urgence est satisfaite car leurs enfants ne peuvent se déplacer en dehors du territoire national et que le défaut de remise de leurs passeports porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur liberté d'aller et de venir et que rien ne s'oppose à la délivrance de leurs passeports, leurs enfants étant français par leur mère.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 avril 2022, M. F a déposé une demande de renouvellement du passeport de ses enfants C, né en janvier 2011, et A, née en janvier 2013, auparavant titulaires d'un passeport arrivé à échéance le 30 novembre 2021. Ils n'ont reçu aucune réponse. Ils ont saisi, le 16 mars 2023, par l'intermédiaire de leur conseil, le Centre d'expertise et de ressources des titres des Hauts-de-Seine d'une demande d'information sur l'état d'avancement de leur demande. Il leur a été répondu que leur dossier était de la compétence du Centre du

Val-de-Marne. Une demande effectuée auprès de ce service le 13 juin 2023 est restée sans réponse, de même qu'une lettre recommandée du 18 juillet 2024. Par une requête enregistrée le

8 octobre 2024, M. F et Mme E demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à leurs enfants un passeport provisoire valable un an.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 précité de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. La condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

4. En l'espèce, les intéressés ne font valoir aucun projet de voyage impératif en dehors de l'espace Schengen devant être effectué par leurs enfants dans un délai de

quarante-huit heures. Par suite, et aussi regrettable que soit le retard observé par l'administration pour le renouvellement des passeports des enfants des requérants, la condition d'urgence particulière de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, la requête de M. D F et de Madame E ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : la requête de M. F et Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D F, à

Mme B E et à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,