Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412449

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, saisi par M. A sur le fondement de l’article L. 521-4 du code de justice administrative, a examiné sa demande de modification d’une ordonnance du 1er octobre 2024 qui enjoignait à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation de travail. Constatant que l’administration n’avait pas exécuté cette ordonnance dans les délais et que le récépissé remis le 21 octobre 2024 ne comportait pas l’autorisation de travail requise, le juge a fait droit à la demande. Il a ainsi modifié l’ordonnance initiale en assortissant l’injonction d’une astreinte de 200 euros par jour de retard, applicable à l’expiration d’un délai de deux jours suivant la notification de la nouvelle décision, en application des articles L. 521-4 et L. 911-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. B A, représenté par

Me Sangue, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :

1 °) de modifier l'ordonnance n° 2410634 rendue en date du 1er octobre 2024 par le tribunal administratif de Melun et d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir un récépissé avec autorisation de travail, sous astreinte de 200 euros par jours de retard ;

2°) de condamner la préfète du Val-de-Marne à verser à son conseil la somme de

1900 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, condamner le préfet du Val de Marne à lui verser cette somme.

Il indique que par une ordonnance du 1er octobre 2024, le juge des référés du présent

tribunal a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, portant autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance et que celle-ci n'a reçu aucun commencement d'exécution.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer, l'intéressé étant convoqué le

21 octobre 2024 pour la remise d'un récépissé.

Par un mémoire en réplique enregistré le 21 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Sangue, conclut aux même fins, le récépissé remis le 21 octobre 2024 ne comportant pas d'autorisation de travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code des juridictions financières ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret

n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;

- l'ordonnance du juge des référés du présent tribunal (requête n° 2410634) du 1er octobre 2024 ;

- le code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 22 octobre 2024, tenue en présence de

Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport, et entendu :

- les observations de Me Djemaoun, représentant M. A, requérant, absent, qui maintient que l'ordonnance du 1er octobre 2024 n'a pas été exécutée, le récépissé remis indiquant qu'il a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " visiteur " alors qu'il a demandé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et ne comportant pas d'autorisation de travail ;

- les observations de Me Kao, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au non-lieu.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'ordonnance susvisée du 1er octobre 2024, le juge des référés du présent tribunal, après avoie admis le requérant à l'aide juridictionnelle provisoire, a suspendu l'exécution de la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour opposée par la préfète du Val-de-Marne le 1er juillet 2024 à M. A et a enjoint à cette autorité de lui délivrer un tel récépissé, portant autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance. La préfète du Val-de-Marne n'a pas exécuté cette ordonnance dans les délais impartis. Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. A demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative de modifier l'ordonnance de référé du 1er octobre 2024 et d'assortir l'injonction prescrite de délivrance d'un récépissé d'une astreinte de 200 euros par jour de retard, passé un délai de deux jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

5. Aux termes d'une part de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

6. Si l'exécution d'une ordonnance prononçant la suspension d'une décision administrative sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure de suspension demeurée sans effet par une injonction et une astreinte destinée à en assurer l'exécution.

7. Aux termes de l'article L. 131-1 du code des juridictions financières : " Est justiciable de la Cour des comptes au titre des infractions mentionnées à la section 2 du présent chapitre : () 2° Tout fonctionnaire ou agent civil ou militaire de l'Etat, des collectivités territoriales, de leurs établissements publics ainsi que des groupements des collectivités territoriales ; () ". Aux termes de l'article L. 131-14 du même code : " Tout justiciable au sens des articles L. 131-1 et L. 131-4 est passible des sanctions prévues à la section 3 : () 2° En cas de manquement aux dispositions des I et II de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, le 21 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne a délivré à M. A un récépissé de demande de carte de séjour, valable jusqu'au 20 avril 2025, mentionnant que l'intéressé avait sollicité la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " visiteur " et ne comportant pas d'autorisation de travail. Or, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A avait été autorisé par la préfète du Val-de-Marne à déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement à la fois de sa situation familiale, en qualité de père d'un enfant de nationalité portugaise dont la mère est autorisée à résider sur le territoire français, et de son activité professionnelle auprès de la société " Ciel Echafaudage " de Ennery (Essonne) et, d'autre part, que l'injonction prononcée à l'article 2 de l'ordonnance du

1er octobre 2024 mentionnait expressément que le récépissé devant être remis à M. A devait comporter une autorisation de travail.

9. Par suite, l'ordonnance ne peut être considérée comme ayant été exécutée par la remise de ce récépissé le 21 octobre 2024 et les conclusions aux fins de non-lieu à statuer présentées par la préfète du Val-de-Marne ne pourront qu'être écartées.

10. Dans ces conditions, il y a lieu de modifier les termes de l'ordonnance du

1er octobre 2024 et d'assortir l'injonction prononcée à l'encontre de la préfète du Val-de-Marne et relative à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail à M. A, d'une astreinte de 100 euros par jour de retard qui prendra effet dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais irrépétibles :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat

(préfète du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Sangue, conseil de

M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'injonction prononcée par le juge des référés du présent tribunal à l'article 2 de l'ordonnance susvisée du 1er octobre 2024, et relative à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail à M. A, est assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard, passé un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera une somme de 1500 euros à Me Sangue, conseil de M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,