Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412503
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2412503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, Mme C A, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :
1°) de prononcer la suspension de la décision implicite de refus de séjour par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'intervienne la décision sur le fond et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter d'un délai de dix jours suivant la notification de la décision à intervenir, ou de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter d'un délai de dix jours suivant la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (Préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1 000 euros, au
titre des frais exposés pour sa défense, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle indique que, de nationalité birmane, elle est entrée régulièrement en France le
25 août 2019 avec un visa d'étudiant, qu'elle a commencé des études en stylisme/modélisme, qu'elle a sollicité un titre de séjour en qualité d'étudiant et a reçu, le 27 novembre 2020 une attestation de décision favorable lui indiquant qu'un titre de séjour valable jusqu'au 27 novembre 2021 était mis en fabrication et allait lui être remis, que cette remise n'a jamais eu lieu, qu'elle a demandé des informations sur sa demande qui sont toutes restées sans réponse, qu'elle n'a donc pu déposer une nouvelle demande de titre de séjour comme étudiante, qu'elle a toutefois continuer ses études et a obtenu le grade Bachelor, qu'elle a saisi le préfet de Seine-et-Marne d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant à titre principal ou dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour, le
7 décembre 2023, qu'elle n'a eu aucune réponse, qu'une décision implicite de rejet doit donc être réputée avoir été prise, dont elle a demandé la communication des motifs le 17 avril 2024, par un courrier resté sans réponse.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle doit être considérée comme sollicitant le renouvellement de son titre de séjour comme étudiant et elle commence sa formation en mastère en alternance en design de mode et création de marque en alternance ce qui nécessite de disposer d'un droit au séjour, et sur le doute sérieux, que la décision en cause est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de ses motifs, qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article L. 435-1 du même code car elle travaille, eu égard à son parcours de formation, et de l'article L. 423-23 du même code car elle est en France depuis cinq ans.
Par un mémoire enregistré le 16 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, l'intéressée ne démontrant pas avoir déposé un dossier complet.
Par un mémoire en réplique enregistré le 20 octobre 2024, Mme A, représentée par
Me Martin, conclut aux mêmes fins.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 19 juin 2024 sous le n° 2407509, Mme A a demandé l'annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience du 22 octobre 2024, tenue en présence de
Mme Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de
Me Martin, représentant Mme A, présente, qui rappelle que la condition d'urgence est satisfaite car elle a besoin d'un titre de séjour pour effectuer son année en alternance, que son dossier était complet et qu'elle a demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet, que son précédent titre ne lui a jamais été remis et qu'elle n'a pu en demander un autre, qu'elle a bien demandé un titre de séjour comme étudiant et qui indique que la situation prévalant aujourd'hui en Birmanie lui interdirait d'y poursuivre ses études.
Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante birmane née le 9 octobre 2000 à Yangon, entrée en France le 25 août 2019 munie d'un visa d'étudiant délivré par les autorités consulaires françaises dans cette ville, a sollicité du préfet de Seine-et-Marne la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité.
Celui-ci, le 27 novembre 2020, lui a délivré une attestation de décision favorable lui indiquant qu'une carte de séjour valable jusqu'au 27 novembre 2021 était mis en fabrication et allait lui être délivrée. Cette remise n'a jamais eu lieu et Madame A a été dans l'impossibilité matérielle de déposer une demande de renouvellement de ce titre sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France. Elle a toutefois été en mesure de poursuivre ses études auprès de l'" International Fashion Academy - Institut Paris Modéliste " de Paris, et obtenu un " Bachelor Fashion Design " en 2021 et le titre de styliste de mode en juillet 2022. Elle a été admise, à compter de novembre 2024, dans une formation de Mastère en alternance en design de mode et création de marque, auprès de l'Institut supérieur des arts appliqués (Lisaa) de Paris qui lui impose de disposer d'un titre de séjour comme étudiant pour la formation pratique en entreprise. Le 7 décembre 2023, elle avait fait parvenir en préfecture de Seine-et-Marne une demande de titre de séjour en qualité d'étudiante, à titre principal, et d'admission exceptionnelle au séjour, à titre subsidiaire. Elle n'a reçu aucune réponse ni aucune demande de pièces complémentaires. Elle a donc considéré s'être vu opposer une décision implicite de rejet, dont elle demandé la communication des motifs par une lettre reçue en préfecture le 17 avril 2024. Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, elle a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet et sollicite du juge des référés, par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, la suspension de son exécution.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la
décision () ".
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, Mme A est entrée régulièrement en France avec un visa d'étudiant pour y suivre une formation dans le domaine de la mode et du design. Elle a bénéficié d'une décision favorable pour la délivrance d'un titre de séjour qui ne lui a jamais été remis par le préfet de
Seine-et-Marne, qui n'établit pas, et ne soutient même pas, qu'il l'aurait contactée au cours de l'année 2021 pour le lui remettre. Cette absence de remise a rendu impossible le dépôt de toute demande de renouvellement de ce titre. La requérante établit également poursuivre ses études en s'engageant, depuis septembre 2024, dans une formation de mastère nécessitant de disposer d'un titre de séjour pour effectuer son alternance en entreprise.
5. Enfin, si le préfet de Seine-et-Marne soutient que la requérante n'aurait pas déposé de dossier complet, il ne précise les pièces requises par le point 25 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui auraient été absentes du dossier reçu par ses services le 7 décembre 2023, ce qui aurait fait obstacle à l'instruction de sa demande. Elle doit être considérée comme faisant valoir les circonstances exceptionnelles mentionnées au point 3.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. (). Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Aux termes de l'article R. 422-5 du même code : " La décision du préfet sur la demande de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue aux articles L. 422-1 ou L. 422-2, ou de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant-programme de mobilité " prévue aux articles L. 422-5 ou L. 422-6 est notifiée par écrit à l'étranger dans les meilleurs délais et au plus tard dans les quatre-vingt-dix jours à compter de la date d'introduction de la demande complète. Par dérogation à l'article R. 432-2, le silence gardé par l'autorité administrative sur la demande fait naître une décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre-vingt-dix jours ". La délivrance, comme le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare accomplir.
7. En l'espèce, il n'est pas démontré par le préfet de Seine-et-Marne que la demande reçue par ses services le 7 décembre 2023 et tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant à titre principal ait été incomplète. De plus, Madame A justifie, par les pièces produites, sans d'ailleurs être contredite sur ce point par le préfet, suivre des études réelles et sérieuses dans le domaine de la mode et du design, en ayant intégré une des principales écoles françaises en matière d'arts appliqués.
8. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit, au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commise par le préfet de Seine-et-Marne en refusant de délivrer à Madame A un titre de séjour en qualité d'étudiant est de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, les deux conditions de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative étant réunis, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision contestée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
12. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.
13. En l'espèce, la présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision implicite opposée par le préfet de Seine-et-Marne de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " étudiant ", implique seulement qu'il lui soit remis en mains propres, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour en cette qualité, avec l'autorisation de travail correspondante, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, sans qu'il soit besoin de fixer à ce stade une astreinte.
Sur les frais du litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1 000 euros à verser à Mme A, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " à Mme A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre en mains propres à Mme A, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étudiant, portant autorisation de travail correspondante, valable et éventuellement renouvelée sans discontinuité jusqu'au jugement à intervenir sur la requête en annulation présentée le 14 octobre 2024.
Article 3 : L'Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera à Mme A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame C A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera communiqué au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,La greffière,
B : M. AymardB : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2412503
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