Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412506

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412506
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour opposée à Mme B, ressortissante congolaise. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car l'intéressée a attendu plus d'un an pour solliciter la communication des motifs de la décision implicite de rejet née le 7 mai 2023, et plus de six mois pour saisir le tribunal. Cette absence de diligence ne caractérise pas une nécessité de bénéficier d'une mesure provisoire à très bref délai. La requête est donc rejetée sans examen du doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, Mme A C B, représentée par Me Caoudal, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet de Seine-et-Marne lui refusant un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours et de la munir d'un récépissé valant autorisation de travail dans cette attente jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle indique que, de nationalité congolaise, elle est entrée en France en avril 2019, à l'âge de 14 ans, qu'elle venait rejoindre sa sœur, en situation régulière, à la suite du décès de leur mère, qu'elle a été scolarisée et a sollicité du préfet de Seine-et-Marne le 6 janvier 2023 son admission exceptionnelle au séjour et qu'elle n'a eu aucune nouvelle, son dossier étant noté comme toujours à l'instruction, qu'une décision implicite de rejet est née dont elle a demandé la communication des motifs le 29 mai 2024.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle est maintenue en situation irrégulière sans pouvoir poursuivre ses études, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est illégale car il n'a pas été répondu à sa demande de communication de ses motifs, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Mme B a présenté une requête, enregistrée le 9 octobre 2024 sous le

n° 2412513, demandant l'annulation de la décision attaquée.

La présidente du Tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise née le 1er février 2005 à Brazzaville, a été scolarisée en France à compter de la rentrée 2020. Elle réside chez sa sœur, résidente régulière. A sa majorité, elle a demandé au préfet de Seine-et-Marne son admission exceptionnelle au séjour. Elle n'a reçu aucune réponse, son dossier étant toujours mentionné comme étant " à l'instruction ". Elle a donc considéré s'être vu opposer une décision implicite de rejet à sa demande le 7 mai 2023 et a demandé, par une lettre de son conseil du 29 mai 2024, au préfet de Seine-et-Marne la communication de ses motifs. Par sa requête enregistrée le

9 octobre 2024, elle a demandé l'annulation de cette décision implicite de refus et demande également, par une requête enregistrée le même jour, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de

l'affaire. () ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, s'il est constant que la requérante est entrée en France à l'âge de

14 ans et a déposé sa demande de titre de séjour juste moins d'un mois avant sa majorité, elle ne justifie pas du caractère régulier de cette entrée sur le territoire ni des raisons pour lesquelles, s'étant vu opposée une décision implicite de rejet le 7 mai 2023, elle a attendu plus d'un an pour solliciter la communication des motifs de cette décision et plus de six mois pour saisir le présent tribunal d'une requête en annulation contre celle-ci.

5. Dans ces conditions, la requérante ne peut être considéré comme faisant valoir des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision implicite de rejet qui a été opposée à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B et au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,