Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412605

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412605
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme A, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge des référés a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la situation irrégulière de la requérante résultait de son propre fait : elle n'avait pas respecté le délai de dépôt de sa demande prévu à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, elle ne pouvait se prévaloir d'un droit à l'attestation sollicitée. La requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, Mme B A, représenté par Me Soh Mouafo, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, ouvrant les mêmes droits que le titre de séjour qu'elle possède, dans un délai de cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- elle est ivoirienne et est entré en France en janvier 1998 à l'âge de 14 ans pour rejoindre sa mère française ; elle est elle-même la mère d'un enfant français né en 2009 ; elle réside en France en situation régulière depuis sa majorité ; sa dernière carte de séjour a expiré le 24 mai 2024 et elle en a demandé le renouvellement le 14 avril 2024 ; elle s'est vu remettre une conformation de dépôt d'une demande de renouvellement de titre de séjour puis une attestation de prolongation d'instruction de sa demande pour la période du 18 juin 2024 au 17 septembre 2024, avant de recevoir le 28 juin 2024 une demande de pièces complémentaires à laquelle elle a répondu ; le 29 juillet 2024, son dossier a été clôturé et elle a été invitée à déposer à nouveau sa demande de renouvellement de titre de séjour, ce qu'elle a fait le 23 septembre 2024 en communiquant toutes les pièces, sans qu'une attestation de prolongation d'instruction ne lui soit délivrée ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle demande le renouvellement de son titre de séjour, qu'elle se retrouve à ce jour en situation irrégulière, que son contrat de travail est suspendu depuis le 18 septembre 2024, que la caisse d'allocations familiales lui demande de justifier de la régularité de son séjour, ce qu'elle ne peut pas faire, et a suspendu le versement des prestations familiales, qu'elle ne perçoit donc plus aucun revenu et ne peut plus faire face à ses charge de loyer et de cantine pour sa fille notamment ;

- la mesure sollicitée est utile pour préserver ses droits et à ses démarches infructueuses pour se voir délivrer une attestation de prolongation d'instruction ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que :

- Mme A a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour le 14 avril 2024 seulement six semaines avant l'expiration de son titre de séjour, qu'elle n'a donc pas respecté les délais de l'article R. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est dès lors mise elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;

- la mesure sollicitée n'est pas utile dès lors que le dossier de la requérante a été déposé sur la plateforme ANEF le 14 avril 2024 et qu'une décision implicite de rejet est née le 15 août 2024 ;

- la mesure sollicitée ferait obstacle à l'exécution de la décision du préfet d'instruire les dossiers par ordre d'arrivée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions de la requête :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Il résulte des dispositions de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsqu'une demande de renouvellement de titre de séjour doit être présentée sur la plateforme ANEF, le ressortissant étranger n'a droit à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction que si le dossier qu'il présente est complet et est déposé sur l'ANEF dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 du même code, soit entre le cent-vingtième jour et le soixantième jours précédant la date d'expiration du titre de séjour dont il est demandé le renouvellement.

3. En l'espèce, il est constant que le titre de séjour dont Mme A est titulaire expirait le 24 mai 2024 et qu'elle n'en a demandé pour la première fois le renouvellement que le 14 avril 2024, sans respecter le délai de présentation de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans justifier d'une impossibilité de respecter ce délai. Elle ne saurait en conséquence utilement se prévaloir ni d'un droit à se voir remettre une attestation de prolongation d'instruction ni de la situation d'urgence qu'elle déplore qui ne résulte que de son retard à déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle formule au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise à préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 31 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé : C. Ledamoisel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,