Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412743

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. B, ressortissant étranger marié à une Française, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. La juridiction a retenu que l'absence de délivrance de ce document, malgré le dépôt d'un dossier complet depuis juillet 2024, créait une situation d'urgence et portait atteinte aux droits du requérant, en méconnaissance des articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Omillien, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé de la sa demande de renouvellement de titre de séjour et d'accélérer l'instruction de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est marié à une ressortissante française depuis le 18 juin 2022 et un enfant français est né de cette union ; il est entré en France le 28 septembre 2023 muni d'un visa de long séjour portant la mention " conjoint de français " ; le 1er novembre 2023, il a procédé à la validation de son visa valant titre de séjour ; le 7 juillet 2024, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne en déposant un dossier complet ; il n'a depuis lors aucune réponse ni aucun récépissé ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a demandé le renouvellement d'un titre de séjour de plein droit, que son précédent titre de séjour est expiré, qu'il n'a pas obtenu de réponse depuis une durée anormalement longue, qu'il se retrouve de ce fait placé dans une situation irrégulière et qu'il est menacé de perdre son emploi ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ;

- elle est utile à la préservation de ses droits.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. () ". Aux termes de l'article R. 431-15-1 du même code : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. / Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. / Lorsque l'étranger mentionné aux 2°, 3° ou 4° de l'article R. 431-5 a déposé une demande complète dans le respect du délai auquel il est soumis, le préfet est tenu de mettre à sa disposition via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. /Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. ".

3. Il résulte de l'instruction que M. B est entré en France le 28 septembre 2023 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour et portant la mention " conjoint de français " expirant le 26 septembre 2023, qu'il a procédé à la validation de son visa valant titre de séjour le 1er novembre 2023 et qu'il a demandé le renouvellement de ce titre de séjour le 7 juillet 2024 dans les délais mentionnés à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en déposant " avec succès " un dossier en ligne, dont il soutient qu'il était complet. M. B fait valoir que, depuis, il ne s'est vu délivrer aucun document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour durant l'examen de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Aucun de ces éléments n'a été contesté par la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit aucune observation en défense.

4. En premier lieu, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit être regardée comme étant remplie, la demande de M. B concernant le renouvellement d'un titre de séjour, dont la validité a en outre expiré le 26 septembre 2023 sans que le requérant n'ait été mis en possession d'un document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour durant l'instruction de sa demande.

5. En deuxième lieu, alors que le dépôt d'un dossier complet de demande de renouvellement de titre de séjour n'est pas contesté, il ne résulte pas de l'instruction qu'un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction ait été remis au requérant durant le temps de l'instruction de cette demande, en méconnaissance des dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 2 de la présente ordonnance.

6. En troisième lieu, à la date de la présente ordonnance, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la préfète du Val-de-Marne aurait explicitement statué sur la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B, déposée le 7 juillet 2024, le délai de quatre mois, décompté à partir de cette dernière date, à l'issue duquel l'instruction de cette demande sera clos par la naissance d'une décision implicite de rejet, en application des dispositions combinées des articles R. 431-12, R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est pas expiré.

7. En dernier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la remise d'un récépissé ou d'une attestation de prolongation d'instruction ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

8. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. B un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction conservant l'intégralité des droits au séjour et au travail résultant de son titre de séjour, dans un délai de trois jours suivant la notification de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. En revanche et dès lors que le délai de quatre mois prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas expiré à la date de la présente ordonnance, il ne peut être fait droit aux conclusions de la requérant tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité préfectorale d'accélérer l'instruction de la demande de renouvellement du titre de séjour de M. B.

10. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à M. B un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction conservant l'intégralité des droits au séjour et au travail résultant de son titre de séjour, dans un délai de trois jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise à la préfète du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 31 octobre 2024

La juge des référés,

Signé : C. LEDAMOISEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,