Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413214
mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2413214 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 24 octobre et
15 novembre 2024, M. A C B, représenté par Me Siran, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer, à titre provisoire, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, soit une carte de résident ou une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", soit, à défaut, une autorisation provisoire de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction permettant l'exercice d'une activité professionnelle ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de transférer son dossier à la préfecture de Seine-et-Marne ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Siran, au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à défaut, à lui-même, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la décision implicite de rejet en litige est née le 22 juin 2024, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé pendant quatre mois sur la demande de renouvellement de titre de séjour qu'il a déposée le 22 mars 2024 ;
-sa requête n'est pas devenue sans objet, en l'absence d'intervention d'une nouvelle décision relative à sa demande de renouvellement de titre de séjour, de sorte qu'il y a toujours lieu d'y statuer ;
-sa requête est recevable, dès lors que la décision implicite de rejet en litige fait par ailleurs l'objet d'une requête en annulation ;
-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour et il n'est fait état en défense d'aucune circonstance particulière de nature à renverser cette présomption ; en outre, alors qu'il est en droit d'obtenir le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour en France depuis l'expiration de son attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 21 septembre 2024 et risque ainsi d'être contrôlé, retenu aux fins de vérification de son droit de circulation ou de séjour ou placé en rétention ; il est par ailleurs privé du droit d'exercer une activité professionnelle et ne peut ainsi conclure un nouveau contrat de travail alors qu'il a deux enfants à charge et que sa conjointe est en cours de formation ; ses droits sociaux sont enfin entravés, la caisse d'allocations familiales ayant récemment réclamé la fourniture de son nouveau titre de séjour et France Travail l'ayant informé de la cessation de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi en l'absence de production d'un nouveau titre de séjour ; il risque de connaître une nouvelle rupture de son droit au séjour à l'expiration de la nouvelle attestation de prolongation d'instruction qui lui a été délivrée en cours d'instance, ce risque étant exacerbé par les carences de la préfecture du Val-de-Marne, qui refuse sans justification sérieuse de transférer son dossier à la préfecture du Val-de-Marne, et il se trouve placé dans une situation de précarité et d'instabilité constantes ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :
*cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
*elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
*elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut à sa mise hors de cause et au rejet des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il ne lui est pas possible de traiter la demande de titre de séjour du requérant tant que le dossier de celui-ci ne lui a pas été transféré par les services de la préfecture du
Val-de-Marne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer ou, subsidiairement, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
-il y a non-lieu à statuer, dès lors que le requérant s'est vu délivrer une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au 7 mai 2025 et que ladite instruction est donc toujours en cours, son achèvement étant subordonné, de même que le transfert à la préfecture de Seine-et-Marne du dossier de l'intéressé, à la validation de l'état-civil de celui-ci par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
-pour la même raison, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.
Vu :
-la requête n° 2413218 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;
-les autres pièces du dossier.
Vu :
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 15 novembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :
-le rapport de M. Zanella ;
-les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu, par les mêmes motifs que ceux exposés dans le mémoire en défense, au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction sous astreinte et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
2. M. B, qui, de nationalité afghane, était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " valable du
29 mai 2020 au 28 mai 2024, a déposé le 22 mars 2024, au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ", une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par l'autorité administrative compétente.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne :
3. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, la circonstance que, postérieurement à l'introduction de l'instance, M. B s'est vu délivrer une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour et d'exercer une activité professionnelle du 8 novembre 2024 au
7 mai 2025 n'est pas, en l'absence de retrait ou d'abrogation de la décision implicite de rejet en litige, de nature à priver d'objet l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressé, notamment celles tendant à la suspension de l'exécution de cette décision. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète du Val-de-Marne ne saurait être accueillie.
Sur les conclusions de la requête :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à prescrire la mesure de suspension qu'il sollicite, M. B se prévaut de la présomption d'urgence mentionnée au point précédent et fait en outre état, pour l'essentiel, de l'incidence de la décision implicite de rejet en litige sur son droit au séjour, sur son droit au travail et sur ses droits sociaux. Toutefois, ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 3, il s'est vu délivrer en cours d'instance une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour et d'exercer une activité professionnelle du 8 novembre 2024 au
7 mai 2025. Eu égard à l'office du juge des référés, qui, en vertu des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, ne peut statuer que par des mesures présentant un caractère provisoire, cette circonstance est de nature à renverser la présomption mentionnée au point précédent et fait plus largement obstacle, en l'espèce, à ce que la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative puisse être regardée comme remplie à la date de la présente ordonnance.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C B et au ministre de l'intérieur ainsi qu'à Me Siran.
Copie en sera adressée pour information aux préfets de Seine-et-Marne et du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 10 décembre 2024.
Le juge des référés,La greffière,
Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026