Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413249

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413249
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Melun rejette la requête de Mme C contestant une contrainte de France Travail pour un indu de 7 751,21 euros d'allocation d'aide au retour à l'emploi, ainsi que le commandement de payer subséquent. Le tribunal constate que l'opposition à contrainte, formée le 24 octobre 2024, est tardive car elle n'a pas été adressée dans le délai de quinze jours suivant la signification de l'acte le 23 avril 2024, en application de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale. En conséquence, la requête est rejetée comme manifestement irrecevable sur le fondement du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024 sous le n° 2413249, Mme A C doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 10 avril 2024 et signifiée le 23 avril 2024 par laquelle la directrice de la plateforme contentieux et incidents de paiement de France Travail lui réclame le remboursement d'un indu de 7 751,21 euros d'allocation d'aide au retour à l'emploi versée à tort du 1er septembre 2021 au 16 août 2022 pour activité non déclarée ;

2°) d'annuler le commandement de payer cette somme en date du 16 octobre 2024 aux fins de saisie vente adressé par un huissier de justice.

.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents de formation de jugement des tribunaux peuvent, par ordonnance : " 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () "

2. Il résulte de l'instruction que Mme A C épouse B s'est vu signifier le 23 avril 2024 par huissier de justice une contrainte émise le 10 avril 2024 par laquelle la directrice de la plateforme contentieux et incidents de paiement de France Travail lui réclame le remboursement d'un indu de 7 751,21 euros d'allocation d'aide au retour à l'emploi versée à tort du 1er septembre 2021 au 16 août 2022 pour activité non déclarée. Par la suite, Mme C s'est également vu signifier par huissier un commandement de payer cette somme en date du 16 octobre 2024.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 133-3 du même code : " Si la mise en demeure () reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles () L. 161-1-5 (), une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / () / Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou pour les débiteurs domiciliés à l'étranger, au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort de l'organisme créancier par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification ou de la signification ".

4. Sauf texte contraire, les délais de recours devant les juridictions administratives sont, en principe, des délais francs, leur premier jour étant le lendemain du jour de leur déclenchement et leur dernier jour étant le lendemain du jour de leur échéance, et les recours doivent être enregistrés au greffe de la juridiction avant l'expiration du délai. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, applicables également au contentieux général de la sécurité sociale, qui relève des juridictions judiciaires, que, ainsi que cela est le cas devant ces juridictions en vertu des articles 642 et 668 du code de procédure civile, l'opposition à contrainte doit seulement être " adressée " à la juridiction compétente, c'est-à-dire expédiée en cas d'envoi postal, avant le terme du délai de quinze jours à compter de la signification de la contrainte, qui n'est pas un délai franc mais est seulement susceptible de prorogation jusqu'au premier jour ouvrable suivant s'il expire normalement un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé.

5. Il résulte de l'instruction que la contrainte en date du 10 avril 2024 contestée a été signifiée par acte d'huissier à Mme C le 23 avril 2024 et comportait au verso la mention des voies et délais de recours prévus par l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale, notamment le délai d'opposition de quinze jours. La requête faisant opposition à contrainte, enregistrée au greffe du tribunal le 24 octobre 2024 ayant été rédigée le même jour par Mme C est donc tardive et, à ce titre, entachée d'une irrégularité manifeste insusceptible d'être couverte en cours d'instance. Il y a donc lieu de la rejeter en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

6. En second lieu et en tout état de cause, en vertu de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : " () 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et, pour le compte de l'Etat (), le service des allocations de solidarité () et des sommes restant dues au titre de la prime forfaitaire () ". L'article L. 5312-12 du même code prévoit que : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage, de l'Etat ou du Fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a souhaité que la réforme, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage.

7. Il résulte de ce qui précède que la juridiction judiciaire est seule compétente pour connaître de demandes tendant à la contestation d'une décision relative au recouvrement d'un indu d'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par suite, les conclusions à fin d'opposition à contrainte du 10 avril 2024 et d'annulation du commandement de payer du 16 octobre 2024 relatives à un indu d'allocation d'aide au retour à l'emploi contenues dans la requête de Mme C ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative et doivent être rejetées pour en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B et à France Travail Ile-de-France.

Fait à Melun le 10 décembre 2024.

Le président

C. Freydefont

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,