Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413311
jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2413311 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Chouki, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de faire cesser l'atteinte grave et manifestement illégale portée par le préfet de Seine-et-Marne à la liberté d'aller et venir, au droit au travail et au droit à la vie privée et familiale ;
2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de prendre les mesures nécessaires et, notamment, à titre principal, de lui délivrer sans délai un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour provisoire dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de trois cents euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'extrême urgence est remplie dès lors qu'elle se trouve en situation irrégulière depuis le 19 octobre 2024, que son contrat d'apprentissage est suspendu depuis le 20 octobre 2024 et que son employeur lui a fixé un délai d'un mois pour justifier de la régularité de son séjour, au-delà duquel son contrat sera rompu ;
- une telle situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au travail et à son droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient, à titre principal, que l'urgence n'est pas constituée et que, à titre subsidiaire, la décision ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Luneau, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Luneau a lu son rapport et a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au préfet de Seine-et-Marne de délivrer à la requérante un titre de séjour " étudiant " dès lors qu'il n'appartient au juge des référés que de prononcer des mesures provisoires de sauvegarde d'une liberté fondamentale et entendu :
- les observations de Me Chouki, représentant Mme A, requérante présente, qui persiste en tous points dans les termes de sa requête et qui précise qu'elle demande à ce qu'il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de délivrer un titre de séjour provisoire à la requérante, le temps que sa demande soit instruite.
Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14h16.
Considérant ce qui suit :
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de délivrance d'un titre de séjour :
1. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. () ".
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Il résulte de l'application combinées des dispositions précitées des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative que le juge des référés ne peut prononcer que des mesures provisoires de sauvegarde d'une liberté fondamentale. Il suit de là que les conclusions présentées par Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint, sous astreinte, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " sont irrecevables et ne peuvent, pour ce motif, qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire () " Enfin, aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice : " Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : / 1° A compter du 1er mai 2021, les demandes de cartes de séjour temporaires portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " mentionnées aux articles L. 422-1 et L. 422-5 du même code, de cartes de séjour pluriannuelles portant les mêmes mentions, délivrées en application des articles L. 422-6 et L. 433-4 du même code, ainsi que de certificats de résidence algériens portant la mention " étudiant " prévus au titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; / () ".
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A, ressortissante algérienne née en 2003 à Beni Messous (Algérie), était titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 19 octobre 2024, dont elle a souhaité obtenir le renouvellement au titre de l'année 2024-2025. Elle a formalisé sa demande le 12 août 2024 et s'est vu remettre à cette même date une attestation de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour qui ne constitue pas une preuve de régularité de son séjour et ne permet pas l'ouverture des droits associés à un séjour régulier. Elle a, par l'intermédiaire de la plateforme " démarches simplifiées ", dont elle produit les échanges dans sa requête, adressé le 20 septembre 2024 un message afin de connaître l'état d'avancement de sa demande de renouvellement de sa carte de résident et, par un message daté du 2 octobre à 13h41, il lui a été répondu que son dossier était incomplet, en ce qu'il manquait la preuve de dépôt de sa demande et la requérante était invitée à transmettre cet élément dans un délai de deux jours ouvrés, sans quoi sa demande ne pourrait être traitée. En outre, il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas répondue dans les délais impartis à cette demande de pièce. Elle a, à nouveau déposé le 11 octobre 2024 un formulaire de contact à laquelle le service de renseignement des usagers a répondu le 23 octobre 2024 en indiquant, comme précédemment, qu'il manquait la preuve de dépôt de sa demande, ce à quoi Mme A a répondu le jour-même. Dans ces conditions, la situation de la requérante telle que décrite ne révèle aucune carence caractérisée constituant une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, à celle de travailler et au droit au respect de sa vie privée et familiale, qui serait susceptible de justifier l'intervention dans les plus brefs délais du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.
La juge des référés,
Signé : F. LUNEAULa greffière,
Signé : C. SISTAC
La République mande et ordonne au ministre l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2413311
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