Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413313

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, qui demandait la suspension de la décision implicite de la préfète du Val-de-Marne refusant de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, car M. A ne justifiait pas d’une situation particulière rendant nécessaire une intervention rapide, et qu’aucun moyen sérieux n’était de nature à créer un doute sur la légalité de la décision, notamment au regard des articles R. 431-12 et R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 27 octobre et

15 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Radhoini, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite du 29 juillet 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : malgré le dépôt d'un dossier de demande de titre de séjour complet, il est dépourvu de tout document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour, ce qui le contraint à vivre dans la précarité et l'expose au risque de faire l'objet à tout moment d'une décision d'éloignement ; la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien alors qu'il n'a jamais été placé en garde à vue ou condamné et n'a jamais fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une interdiction de retour sur le territoire français ; son employeur exige qu'il soit détenteur d'un récépissé de demande de titre de séjour pour conclure avec lui le contrat de travail à durée indéterminée qu'il lui a promis et lui délivrer des bulletins de paie à son nom ; alors qu'elle est soutenue par son employeur, qui a accepté de le faire travailler sous une fausse identité parce qu'il ne trouvait personne pour occuper un emploi physique et délicat, sa demande de titre de séjour sera rejetée en l'absence de conclusion d'un contrat de travail à son nom et de production de bulletins de paie à son nom ; l'urgence est caractérisée lorsqu'est sollicitée la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ; il a déposé sa demande de titre de séjour après avoir obtenu la délivrance d'une " attestation de concordance " ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que

celle-ci méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte ainsi une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent la liberté d'aller et venir et la liberté du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors qu'en vertu des dispositions de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute d'avoir déposé une demande de titre de séjour complète dans les délais impartis, le requérant ne remplit pas les conditions de délivrance d'un document provisoire de séjour.

Vu :

-la requête n° 2411508 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 15 novembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella, qui a informé les parties, en application des articles

R. 522-9 et R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, faute pour celle-ci d'être accompagnée d'une copie de la requête en annulation de la décision implicite de rejet en litige ;

-les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs, en faisant valoir, en outre, que la requête est irrecevable, faute d'objet, dès lors que l'intéressé ne s'est pas vu refuser la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour, dont la délivrance n'est pas obligatoire en cas de demande d'admission exceptionnelle au séjour.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. M. A, ressortissant malien entré irrégulièrement en France en 2021 selon ses déclarations, a déposé une demande de titre de séjour à la préfecture du Val-de-Marne le

29 juillet 2024 et s'est vu remettre à cette occasion un document intitulé " Attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour ". Sa requête doit être regardée comme tendant, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, du refus de délivrance du récépissé de demande de titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Val-de-Marne lui a ainsi tacitement opposé le même jour.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à ordonner la suspension de l'exécution de la décision en litige, M. A ne peut sérieusement invoquer, eu égard à sa nationalité et à l'objet de cette décision, une méconnaissance de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Dès lors qu'il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour, il ne peut pas plus sérieusement prétendre, en tout état de cause, que l'urgence serait " caractérisée lorsqu'est sollicitée la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ". S'il fait en outre valoir, pour l'essentiel, que, sans récépissé de sa demande de titre de séjour, il se trouve dans une situation qui, d'une part, l'expose au risque de faire l'objet à tout moment d'une mesure d'éloignement, d'autre part, compromet le succès de ladite demande en l'empêchant de conclure le contrat de travail à durée indéterminée que son employeur lui a promis et d'obtenir en conséquence des bulletins de paie à son nom, ces circonstances ne peuvent toutefois être regardées, alors qu'il résulte de l'instruction qu'il a séjourné irrégulièrement en France durant près de trois ans avant de solliciter un premier titre de séjour et que, même si c'est sous le nom d'un tiers, il continue d'exercer une activité professionnelle, comme suffisant à caractériser l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative à la date de la présente ordonnance.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 10 décembre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,