Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413380

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A qui demandait la suspension de la décision du SIEC refusant la modification de l'enseignement de spécialité de son fils pour le baccalauréat 2025. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, les conséquences alléguées sur l'obtention du diplôme et l'accès aux études supérieures ne présentant pas un caractère suffisamment grave et immédiat. Aucun des moyens soulevés, tirés notamment de l'incompétence de l'auteur de l'acte, du défaut de motivation et de la méconnaissance du principe d'égalité et de l'article D. 334-4 du code de l'éducation, n'a été retenu comme propre à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2024, Mme C A, agissant en qualité de représentante légale de son fils mineur, B A, et représentée par Me Riou, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 13 mai 2024 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours (SIEC) a rejeté sa demande de modification d'un enseignement de spécialité choisi par son fils B dans le cadre de son inscription à la session d'examen du baccalauréat général organisée au titre de l'année 2025, ainsi que de la décision du 2 septembre 2024 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur du SIEC, le cas échéant sous astreinte, de procéder à la modification sollicitée ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-les décisions en litige font par ailleurs l'objet d'une requête en annulation ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que : son fils s'est vu attribuer une note de contrôle continu de 0/20 affectée d'un coefficient 8 en langues, littératures et cultures étrangères et régionales-anglais, monde contemporain, alors qu'il n'a pas suivi cet enseignement de spécialité en classe de première ; la moyenne générale de 11/20 obtenue par son fils en physique-chimie en classe de première n'a en revanche pas été prise en compte pour la session d'examen du baccalauréat général organisée au titre de l'année 2025 ; cette situation, qui semble due, outre une erreur d'inattention de sa part lors de la signature d'un document apparaissant comme une simple formalité, à un dysfonctionnement informatique imputable à l'administration, a des conséquences sur la possibilité pour son fils d'obtenir le baccalauréat à l'issue de l'année scolaire en cours ou de l'obtenir avec mention, ainsi que sur la suite réservée aux candidatures qu'il entend présenter en vue d'intégrer une école d'ingénieurs ; elle constitue en outre une source de stress important pour son fils, causant à

celui-ci un préjudice moral particulièrement important alors qu'il est censé préparer un diplôme central dans le système éducatif français et qu'il a fait preuve d'un investissement exemplaire pour la réussite de ses études durant toute sa scolarité ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige pour les raisons suivantes :

*ces décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

*elles sont insuffisamment motivées ;

*elles sont dépourvues de base légale, en l'absence de texte ou de principe rendant impossible la modification du choix des enseignements de spécialité, dans le cadre de l'inscription à une session d'examen du baccalauréat, jusqu'à la délibération du jury de l'examen ;

*elles méconnaissent le principe d'égalité entre les candidats à l'examen du baccalauréat ;

*elles méconnaissent les dispositions de l'article D. 334-4 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2024, le SIEC conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens dont il est fait état n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

Vu :

-la requête n° 2413371 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'éducation ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-l'arrêté du 16 juillet 2018 relatif aux épreuves du baccalauréat général à compter de la session de 2021 ;

-l'arrêté du 16 juillet 2018 relatif aux modalités d'organisation du contrôle continu pour l'évaluation des enseignements dispensés dans les classes conduisant au baccalauréat général et au baccalauréat technologique ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 15 novembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Dusautois, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Riou, représentant Mme A, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en indiquant que l'urgence n'était pas contestée en défense, en ajoutant, à propos du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige, que la délégation de signature produite en défense était formulée en termes trop généraux et insuffisamment précis pour être valable, et a fait valoir en outre que les décisions en litige étaient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du fils de la requérante, dès lors, notamment, que le document de confirmation d'inscription censé être définitif que celui-ci a cosigné avec sa représentante légale le 15 décembre 2023 sans en vérifier le contenu a été à nouveau adressé aux élèves en mai 2024, avec une date limite de remise fixée au 18 juin 2024, et en octobre 2024, avec une date limite de remise fixée au 8 novembre 2024, et que la possibilité a ainsi été offerte à l'intéressé d'apporter une correction aux enseignements de spécialité choisis, ce dont il n'a pas été tenu compte ;

-et les observations de Mme A.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de son inscription à la session d'examen du baccalauréat général organisée au titre de l'année 2025, le jeune B A, qui, né le 30 mars 2007, est inscrit en classe de terminale au lycée La Trinité de Neuilly-sur-Seine pour l'année scolaire 2024-2025, a signé le 15 décembre 2023, conjointement avec l'un de ses deux représentants légaux, un document intitulé " Confirmation d'inscription année scolaire

2023-2024 au titre du Baccalauréat Général 2025 ", par lequel il a notamment confirmé avoir choisi les trois enseignement de spécialité suivants : " Mathématiques ", " Langues, littératures et cultures étrangères et régionales-Anglais, monde contemporain " et " Numérique et sciences informatiques ". Par une lettre datée du 24 avril 2024, ses parents ont demandé la modification du choix du deuxième de ces trois enseignements. La requête présentée en son nom par sa mère tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, de la décision du 13 mai 2024 par laquelle le directeur du service interacadémique des examens et concours (SIEC) a refusé de faire droit à cette demande, ainsi que de la décision du

2 septembre 2024 rejetant le recours gracieux formé contre ce refus par une lettre datée du

10 juillet 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Eu égard à l'incidence des décisions en litige sur la possibilité pour le fils de la requérante d'obtenir le baccalauréat, avec ou sans mention, à la session d'examen organisée au titre de l'année 2025 ainsi que, par conséquent, sur la suite du parcours de formation de l'intéressé, la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, qui n'est au demeurant pas discutée en défense, doit être regardée comme remplie.

5. D'autre part, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe n'imposait au directeur du SIEC de refuser la modification de choix d'enseignement de spécialité sollicitée pour le jeune B A et qu'il est par ailleurs constant que celui-ci, pour regrettable que soit, il est vrai, la circonstance qu'il ait imprudemment cosigné avec l'un de ses représentants légaux le document mentionné au point 2, n'a pas suivi en classe de première l'enseignement de spécialité de " Langues, littératures et cultures étrangères et régionales-Anglais, monde contemporain " mais celui de " Physique-chimie ", le moyen d'erreur manifeste d'appréciation soulevé lors de l'audience publique doit, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardé comme propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués par la requérante, qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire []. ".

8. Dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut non seulement suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, mais aussi assortir cette suspension d'une injonction ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration. Toutefois, les mesures qu'il prescrit ainsi, alors qu'il se borne à relever l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder sa compétence, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.

9. Eu égard à ce qui vient d'être dit, il ne saurait être enjoint au directeur du SIEC de procéder à la modification de choix d'enseignement de spécialité demandée pour le jeune B A par ses parents le 24 avril 2024. Il y a en revanche lieu, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte, d'enjoindre à la même autorité de statuer à nouveau après nouvelle instruction sur cette demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des décisions du directeur du service interacadémique des examens et concours en date des 13 mai et 2 septembre 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au directeur du service interacadémique des examens et concours de statuer à nouveau après nouvelle instruction sur la demande de modification de choix d'enseignement de spécialité présentée pour le jeune B A par ses parents le 24 avril 2024 dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée pour information au service interacadémique des examens et concours.

Fait à Melun, le 5 décembre 2024.

Le juge des référés,La greffière,

Signé : P. ZanellaSigné : O. Dusautois

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,