Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2413712

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2413712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B tendant à la suspension de la décision du 16 octobre 2024 prolongeant son placement à l'isolement au centre pénitentiaire de Fresnes. Le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'insuffisance de motivation et l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 213-8 et R. 213-30 du code pénitentiaire, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La condition d'urgence n'a pas été examinée en raison de l'absence de moyen sérieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2024, M. A B, représenté par la SELARL Fort et Associés et la SELAS Mat et Associés, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 16 octobre 2024 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris a prolongé son placement à l'isolement ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de l'affecter en détention ordinaire au sein du centre pénitentiaire de Fresnes dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros hors taxes, soit 2 400 euros toutes taxes comprises, à verser à Me Arab-Tigrine au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-sa requête est recevable, dès lors que la décision en litige fait par ailleurs l'objet d'une requête en annulation introduite dans le délai de recours contentieux prévu à l'article R. 424-1 du code de justice administrative ;

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que l'urgence est présumée en la matière et qu'aucun des motifs de la décision en litige n'est de nature à caractériser l'existence d'une circonstance particulière susceptible de renverser cette présomption ; en outre, il est maintenu à l'isolement depuis plus de neuf mois, il n'a plus aucun contact physique avec des personnes autres que les surveillants et son conseil et il supporte de plus en plus difficilement son régime carcéral ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :

*cette décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, des articles R. 213-21 et R. 213-22 du code pénitentiaire et de la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues ;

*elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une part, et pour l'application de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, des motifs de sécurité de nature à la justifier, d'autre part, et pour l'application de l'article R. 213-30 du même code, de sa personnalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

-aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

-la requête n° 2413703 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code pénitentiaire ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 20 novembre 2024 à 10h00, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella,

-les observations de Me Cagniard, représentant M. B, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en ajoutant que : la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l'isolement des personnes détenues a été rédigée par des personnes qui connaissent le terrain et savent que les effets de la mise à l'isolement d'un détenu s'aggravent avec le temps ; le requérant, qui est seulement mis en examen, est présumé innocent et il n'a été à l'origine d'aucun incident en détention ; s'il est vrai qu'il présente un profil pénal dangereux, tous les détenus sont potentiellement dangereux ; le requérant saisira à nouveau le tribunal en cas de nouvelle prolongation de sa mise à l'isolement ; son placement en détention ordinaire pourrait influer favorablement sur son comportement.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. M. B, qui est placé en détention provisoire au centre pénitentiaire de Fresnes depuis le 19 janvier 2024, a fait l'objet, le 24 janvier 2024, d'une mesure de placement d'office à l'isolement qui a ensuite été successivement prolongée, en dernier lieu, pour une durée de trois mois à compter du 20 octobre 2024, par une décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris en date du 16 octobre 2024. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de cette décision sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens dont le requérant fait état à l'appui de ses conclusions à fin de suspension, tels qu'ils sont analysés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance, ne paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence posée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice, ainsi qu'à la SELARL Fort et Associés et à la SELAS Mat et Associés.

Copie en sera adressée pour information au centre pénitentiaire de Fresnes.

Le juge des référés,

P. ZANELLALa greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,