Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414044
vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2414044 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 12ème chambre, éloignement |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2024, Mme A B, représentée par Me Inungu, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
4°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle dispose d'un motif légitime expliquant le dépassement des délais ;
- méconnaît les articles 3 et 24 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, l'OFII, représenté par son directeur général en exercice, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binet, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Binet,
- et les observations de Me Inungu, représentant Mme B absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
L'office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée dans les conditions prévues à l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise, a sollicité l'asile le 7 novembre 2024. Par une décision du 7 novembre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 551-15 et
D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait état de ce que Mme B n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le directeur général de l'OFII pour rejeter sa demande d'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". Selon l'article L. 531-27 du même code : " () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, transposée en droit interne : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. ".
6. L'OFII s'est fondé, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à
Mme B, sur le fait que, sans motif légitime, l'intéressée avait présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, soit au-delà du délai prévu par les dispositions du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée sur le territoire français le
4 août 2024 et a présenté une demande d'asile le 7 novembre 2024. Si Mme B se prévaut de ce que son fils présente de graves problèmes de santé, identifiés par l'équipe pédagogique de l'école où il est scolarisé, et pour lequel elle a présenté un dossier à la maison départementale des personnes handicapées, elle ne démontre pas en quoi cette demande de prise en charge du handicap de son fils, dont le formulaire produit au débat n'est pas daté et ne porte aucune preuve de dépôt, l'aurait privé de la possibilité de présenter une demande d'asile dans le délai de 90 jours, et ce motif est insuffisant pour caractériser un motif légitime au sens des dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 24 de la même convention : " Les Etats parties reconnaissent le droit de l'enfant de jouir du meilleur état de santé possible et de bénéficier de services médicaux et de rééducation. Ils s'efforcent de garantir qu'aucun enfant ne soit privé du droit d'avoir accès à ces services. ".
8. Mme B fait valoir, d'une part, que la décision aura un impact sur ses enfants et, d'autre part, que ce refus équivaut à une condamnation à mort de son enfant malade. Toutefois, lors de son entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité du 7 novembre 2024, Mme B a indiqué qu'elle-même et sa famille, qui comprenait alors trois enfants, nés en 2019, 2021 et 2022, bénéficiaient d'un hébergement à Savigny-le-Temple, et il ressort des pièces du dossier que son fils né en 2022 est scolarisé et les problèmes de santé qu'ils présentent, dont la mortalité encourue évoquée n'est pas démontrée, sont pris en charge par les différentes structures auxquelles il a accès. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision contestée ne saurait être regardée comme entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de la requérante ou comme ayant méconnu les stipulations des articles 3 et 24 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
D. Binet
La greffière,
C. Mahieu La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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