Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414189

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, saisi en référé suspension par un ressortissant soudanais réfugié, a pris acte du désistement de ce dernier de ses conclusions tendant à la suspension de la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident. Le requérant, qui avait obtenu le statut de réfugié en 2021, se heurtait à des difficultés administratives entre les préfectures du Val-de-Marne et de Seine-Saint-Denis. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais de justice, sans se prononcer sur le fond de la demande de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2024, M. C A B, représenté par Me Hug, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité :

1°) de suspendre l'exécution de la décision de refus implicite de délivrance de sa carte de résident

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de carte de résident dans un délai de quinze jours et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail le temps de ce réexamen dans un délai de 48 heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat (préfet du Val-de-Marne) au paiement de la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que, de nationalité soudanaise, il a obtenu le statut de réfugié le 6 mai 2021, qu'il a déposé sa demande de carte de résident en préfecture le 23 août 2022 et a bénéficié d'attestations de prolongation d'instruction algérienne dont la dernière était valable jusqu'au 27 octobre 2023, qu'il a été informé le 27 mars 2024 que sa demande était clôturée au motif qu'il avait une demande en cours dans une préfecture, qu'il a tenté d'entrer en contact avec la préfecture du Val-de-Marne qui a refusé de le recevoir sans rendez-vous et qui n'en accorde pas, qu'il doit donc considérer qu'une décision implicite de rejet a été opposée à sa demande.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a obtenu le statut de réfugié, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause méconnait les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2024, le préfet du Val-de-Marne (sous-préfecture de l'Haÿ-les-Roses) conclut au non-lieu à statuer, l'intéressé bénéficiant d'un titre de séjour depuis le 13 juin 2023 en préfecture de Seine-Saint-Denis.

Par un mémoire en réplique enregistré le 2 décembre 2024, M. M. C A B, représenté par Me Hug, indique se désister de ses demandes sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais maintenir celles sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2024 sous le numéro 2414216, M. A B a demandé l'annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l'audience du 2 décembre 2024, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Kerkeni, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions tendant au non-lieu.

Le requérant, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1 Par une décision du 6 mai 2021, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé le statut de réfugié politique à M. C A B, ressortissant soudanais né le 24 janvier 1991 à Kaduqli (Kordofan du Sud). Celui-ci a déposé, le 23 août 2022 une demande de carte de résident sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France et la préfète du Val-de-Marne lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction dont la dernière était valable jusqu'au 27 octobre 2023. Sa demande de carte de résident a été clôturée sur cette plateforme le 27 mars 2024 au motif que " vous avez une demande de titre de séjour déjà en cours d'instruction en préfecture ou sous-préfecture. Vous êtes invités à vous rapprocher de celle-ci pour faire aboutir la demande qu'elle a enregistrée, et lui fournir tout document complémentaire que vous souhaitez ". Il n'a pas été possible à M. A B de déposer une nouvelle demande de carte de résident sur la plateforme, celle-ci lui indiquant qu'elle était fabriquée et devait lui être remise. Il a alors saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis, territorialement compétent en raison de son nouveau logement à Pantin, mais celle-ci lui a répondu, le 7 août 2024, de s'adresser à " la préfecture de Créteil ", malgré le transfert de son dossier dans ses services le 28 avril 2023. Considérant, compte tenu du silence des deux préfectures concernées à ses différentes demandes, y compris d'information, il a considéré que sa demande de carte de résident avait fait l'objet d'une décision implicite de rejet, dont il a demandé l'annulation par une requête enregistrée le 17 novembre 2024. Par une requête du même jour, il sollicite du juge des référés la suspension de son exécution.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3 Par son mémoire enregistré le 2 décembre 2024, M. A B a indiqué se désister des conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Rien ne s'oppose à ce qu'il lui soit donné acte.

Sur les frais irrépétibles :

4 Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 2.000 euros à verser à M. A B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte à M. A B de son désistement des conclusions de sa requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 2 : L'Etat (préfet du Val-de-Marne) versera une somme de 2.000 euros à M. A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera communiquée au préfet du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. AymardLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2414189