Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414511
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2414511 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, Mme B A épouse C, représentée par Me Sangue, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de modifier l'ordonnance n° 2412519 du 5 novembre 2024 en enjoignant au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de
200 euros par jour de retard ;
3°) de procéder à la liquidation de l'astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du 15 novembre 2024 prononcée par le juge des référés de ce tribunal au titre de l'article
L. 911-7 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 100 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle à lui verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la préfecture du Val-de-Marne n'ayant pas exécuté l'ordonnance rendue par ce tribunal, elle souhaite qu'une astreinte de 200 euros par jour de retard soit prononcée ;
- les services de la préfecture n'apportent aucun élément permettant de ne pas procéder à la liquidation de l'astreinte précédemment prononcée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2024, le préfet du
Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.
Il fait valoir que Mme A épouse C a été convoquée le 3 décembre 2024 à 11h en vue d'obtenir un récépissé de demande de titre de séjour.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 3 décembre 2024, Mme A épouse C maintient l'ensemble de ses conclusions.
Elle soutient que l'injonction prononcée par le juge des référés le 5 novembre 2024 n'est pas entièrement exécutée dès lors que, si elle a obtenu la remise d'un récépissé le
3 décembre, ce dernier ne l'autorise pas à travailler.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 29 novembre 2024 à 14h00, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- les observations de Me de Sa-Pallix, substituant Me Sangue, représentant
Mme A épouse C, absente, qui soutient en outre que si une convocation lui a finalement été délivrée, elle ne dispose toujours pas de récépissé à ce jour et qu'en conséquence, elle maintient l'intégralité de ses conclusions ;
- et les observations de Me Kao, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été différée au 4 décembre 2024 à 17h sur le fondement des dispositions de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse C, ressortissante tunisienne née le 15 juin 1992, entrée en France au cours de l'année 2018, a saisi les services de la préfecture du
Val-de-Marne le 9 octobre 2024 d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par une ordonnance n° 2412519 du 5 novembre 2024, le juge des référés du présent tribunal a suspendu l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un récépissé à la requérante, et a enjoint à cette dernière de délivrer à Mme A un tel récépissé, dans le délai de dix jours à compter de sa notification et sous astreinte de
50 euros par jour de retard. Par la présente requête, Mme A épouse C demande la modification de cette ordonnance sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, ainsi que la liquidation provisoire de l'astreinte initialement prononcée.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A épouse C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
4. La décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l'exécution d'une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter les mesures ordonnées par le juge des référés par toute mesure destinée à assurer cette exécution.
5. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, Mme A épouse C a été convoquée le 3 décembre 2024 auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne et s'est vu remettre un récépissé, valable jusqu'au 2 juin 2025, qui n'autorise pas sa titulaire à travailler. Dès lors, les conclusions présentées par la requête sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative conservent leur objet, et l'inexécution partielle de l'ordonnance du 5 novembre 2024 constitue une circonstance caractérisant un élément nouveau.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de modifier l'article 3 de l'ordonnance
n° 2412519 du 5 novembre 2024 et d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de délivrer à
Mme A épouse C un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :
7. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander au tribunal administratif ou à la cour administrative d'appel qui a rendu le jugement d'en assurer l'exécution ". Selon l'article L. 911-7 de ce code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. () ".
8. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.
9. Il résulte de l'instruction que, en exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés a enjoint à la délivrance d'un récépissé avec autorisation de travail, dans le délai de dix jours à compter de sa notification et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, le préfet du Val-de-Marne a le 3 décembre 2024 rendu Mme A épouse C destinataire d'un récépissé ne l'autorisant pas à travailler. Par conséquent, le préfet n'a pas procédé à l'exécution complète de cette ordonnance. Il s'ensuit qu'il y a lieu de procéder à la liquidation provisoire de l'astreinte, qui a commencé le 17 novembre 2024 au taux de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais de justice :
10. Mme A épouse C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sangue, avocat de Mme A épouse C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sangue de la somme de 1 500 euros. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée directement à
Mme A épouse C.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A épouse C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'article 3 de l'ordonnance n° 2412519 du 5 novembre 2024 est modifiée comme suit : " Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de délivrer à Mme A épouse C un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ".
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme A épouse C la somme de
900 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2412519 du 5 novembre 2024.
Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Me Sangue, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, cette somme sera versée directement à Mme A épouse C.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A épouse C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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