Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2414981

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2414981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en formation d'éloignement, a examiné les requêtes de M. C A, ressortissant colombien, contestant un arrêté du 1er décembre 2024 du préfet de police l'obligeant à quitter le territoire français avec une interdiction de retour de 36 mois, et un arrêté du 5 décembre 2024 le maintenant en rétention administrative. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence du signataire, du défaut de motivation, de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et du principe du contradictoire. La solution retenue est le rejet des requêtes, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile de l'intéressé ayant déjà été rejetée par l'OFPRA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, sous le numéro 2414981, M. F C A, représenté par Me Duquesne, demande au Tribunal :

- d'annuler l'arrêté en date du 1er décembre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de 36 mois.

II soutient que :

- la compétence du signataire n'est pas établie ;

- les arrêtés sont entachés d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux et particulier, d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences quant à sa situation personnelle, d'une erreur de droit ;

- le préfet a méconnu le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiqué au préfet de police qui n'a pas déposé de mémoire.

II- Par une requête enregistrée le 17 décembre 2024, sous le numéro 2415658, M. F C A, représenté par Me Duquesne, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2024 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de le libérer et de lui délivrer sans délai une attestation d'asile en procédure normale au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Il soutient que :

- il est de nationalité colombienne entré en France le 1er décembre 2024 et a fait l'objet le même jour d'une obligation de quitter le territoire français ; il a demandé l'asile le 5 décembre 2024, sa demande a été placée en procédure accélérée ;

- la procédure est irrégulière ; les dispositions des articles R. 754-3 et suivants du code précité sont contraires à la directive 2013/33/UE telle qu'interprétée par le juge préjudiciel ;

- il y une contrariété manifeste entre les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le droit de l'Union européenne ;

- il n'y a pas dans la loi de définition du risque non négligeable de fuite ;

La requête a été communiqué au préfet de police qui n'a pas déposé de mémoire.

Il demande la communication de l'entier dossier.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

L'audience s'est tenue par un moyen de communication audiovisuelle garantissant la confidentialité et la qualité de la transmission, dans les conditions déterminées par l'article L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les procès-verbaux prévus par le troisième alinéa de ces dispositions ayant été dûment établis.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guillou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Duquesne, représentant M. C A, présent, assisté d'une interprète en langue espagnole, Mme E, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens et ajoute qu'il a des craintes en cas de retour en Colombie du fait des gangs ; son père a disparu ; il n'a des contacts qu'avec sa mère qui se trouve en Espagne, sa concubine et leur fille qui y résident également ;

- les observations de Me Rahmouni représentant le préfet de police qui conclut au rejet des deux requêtes, aucun des moyens du requérant n'étant fondé et ajoute que sa demande d'asile en rétention a été rejetée par l'OFPRA.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant colombien, né le 27 novembre 1996 à Cali (Colombie) a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour dans l'espace Schengen par les autorités espagnoles valable du 18 janvier 2024 au 17 janvier 2027. A son arrivée en France par un vol en provenance de Colombie à l'aéroport de Roissy (Val d'Oise), il a fait l'objet d'un refus d'entrée sur le territoire français et a été placé en zone d'attente ; ayant refusé de prendre un vol retour, il a été placé en garde à vue et transféré au centre de rétention administrative n°2 du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) pour l'exécution des décisions qui suivent. Par deux arrêtés en date du 1er décembre 2024, le préfet de police a en effet obligé M. C A à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de 36 mois. Par arrêté en date du 5 décembre 2024, le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative ; sa demande d'asile faite en rétention a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 décembre 2024. M. C A demande au tribunal l'annulation de ces trois arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2414891 et 2415658 présentées par le même requérant présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la communication du dossier administratif du requérant :

3. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". Les deux affaires sont en état d'être jugées, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C A détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la requête 2414891 :

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

4. Par un arrêté n° 2024-01677 du 18 novembre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de police a donné à M. B D, attaché principal de l'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

5. Les arrêtés du 1er décembre 2024 du préfet de police mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et notamment cite la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent des éléments de la situation personnelle de M. C A et indiquent que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort ni des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des arrêtés en litige et du défaut d'examen de la situation personnelle de M. C A doivent être écartés comme manquant en fait.

6. Aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".

7. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C 166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort notamment des pièces du dossier que M. C A a été entendu par les forces de police le 1er décembre à 12 heures dans le cadre de la garde à vue dont il a fait l'objet. Il résulte du procès-verbal de cette audition, signé par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il a été également entendu lors de son entrée au centre de rétention où il aurait pu faire état de tout information sur sa situation. Il ne ressort pas au surplus des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soient pris les arrêtés litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. C A aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces décisions. Dès lors, M. C A ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.

8. Le moyen tiré de l'erreur de droit est dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

10. Le requérant fait l'objet d'une interdiction d'entrée dans l'espace Schengen ; il n'a pas fait de demande de titre de séjour en France, voulant se rendre en Espagne ; il entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. C A constitue d'une part une menace pour l'ordre public : il a été condamné comme précédemment dit à une interdiction de retour dans l'espace Schengen par les autorités espagnoles valable du 18 janvier 2024 au 17 janvier 2027 ; lors de son séjour en Espagne, il a été signalé pour séjour illégal en 2018, 2020 et 2024 ; pour résistance à un agent des forces de l'ordre en 2019 ; pour violence domestique en 2023 ; d'autre part, il reconnaît n'avoir aucune attache personnelle ou familiale en France ; s'il fait état de la présence de sa mère en Espagne et de celle d'une compagne et de leur enfant en produisant l'acte de naissance correspondant, il n'établit pas qu'il serait toujours en relation étroite avec ces dernières ni notamment qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant, aucune pièce n'étant produite en ce sens. Il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches privées et familiales en Colombie ; dans ces conditions, M. C A n'est pas fondé à soutenir que les stipulations figurant au point 11ont été méconnues.

13. Pour les mêmes raisons, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en obligeant M. C A à quitter le territoire français, le préfet de police aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; /; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ;

16. Il ressort des pièces du dossier que M. C A représente une menace pour l'ordre public, comme précédemment dit et il fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'Espagne, Etat de l'espace Schengen. Par suite, le préfet de police n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas de délai de départ volontaire.

17. Il résulte ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

18. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. La demande d'asile de M. C A a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides comme précisé au point 1 ; si l'intéressé fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux menaces dont il pourrait faire l'objet en Colombie, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document ; il ne soutient ni même n'allègue avoir fait une demande de séjour au titre de l'asile en Espagne ; ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine ; par suite, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

20. Il résulte ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour pour une durée de trente-six mois :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

22. Compte tenu de la durée de présence en France du requérant, de son absence de liens sur le territoire français et de la circonstance que l'intéressé fait l'objet comme précédemment dit d'une mesure d'éloignement exécutoire par un Etat membre de l'espace Schengen, le préfet de police a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

23. Il résulte ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour de trente-six mois.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C A aux fins d'annulation de l'arrêté en date du 1er décembre 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une période de 36 mois doivent être rejetées.

Sur la requête 2415658 :

25. D'une part, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code précise que " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercée sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". L'article L. 754-4 de ce code dispose prévoit que " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). ". Enfin, l'article L. 754-6 du même code indique que " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531- 24. ".

26. D'autre part, aux termes de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, et sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités. Ce document précise en outre les moyens dont le demandeur d'asile dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. / () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A son arrivée au centre de rétention, l'étranger reçoit notification des droits qu'il est susceptible d'exercer en matière de demande d'asile. / A cette fin, il peut bénéficier d'une assistance juridique et linguistique. Lui sont notamment indiquées les conditions de recevabilité d'une demande d'asile formée en rétention prévues à l'article L. 754-1. ". Aux termes de l'article R. 754-2 de ce code : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. / Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".

27. Les dispositions du 3 de l'article 8 de la directive 2013/33 énumèrent de manière exhaustive les différents motifs susceptibles de justifier un placement en rétention. S'agissant des ressortissants des Etats tiers qui demandent le bénéfice d'une protection internationale alors qu'ils sont déjà placés en rétention en vue de l'exécution d'une décision de retour, les dispositions du d) de ce 3 de l'article 8 prévoient que leur demande ne peut être qualifiée d'abusive que dans la mesure où elle a pour " seule fin " de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour et précisent que cette qualification doit reposer sur des " motifs raisonnables " appréciés au regard de " critères objectifs " dont doivent " justifier " les Etats membres. Ces dispositions, qui doivent être interprétées notamment à la lumière des exigences du droit constitutionnel d'asile et du droit des Etats de réprimer les abus de droits, conformément à la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, ont entendu définir de manière exhaustive les conditions dans lesquelles la décision de maintien en rétention pouvait être prise dans une telle hypothèse, sans imposer aux Etats membres, explicitement ou implicitement, qu'ils énumèrent, dans leur législation nationale, l'ensemble de ces " critères objectifs ", sur lesquels il appartient au juge d'exercer son contrôle. Par suite, en disposant que l'autorité administrative peut, si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que la demande d'asile est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, maintenir l'intéressé en rétention, les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ont pas procédé à une transposition incorrecte de la directive. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée ne peut se fonder sur l'article L. 754-3 dudit code du fait de l'inconventionnalité de cet article doit être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C A à fin d'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2024 de maintien en rétention du préfet de police doivent être rejetées et par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation des trois arrêtés attaqués.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes Nos 2414981 et 2415658 de M. C A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C A et au préfet de police.

Le magistrat désigné par la

présidente du tribunal,

Signé : J-R. GuillouLa greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

Nos 2414981-2415658