Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2416020
vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2416020 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Zennou, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre la décision en date du 29 novembre 2024 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne lui a refusé l'octroi d'un contrat jeune majeur ;
3°) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa demande d'octroi d'un contrat jeune majeur dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de le reprendre en charge ou, à défaut, de lui trouver une solution d'hébergement et de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires en fonction de ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources, dans le délai d'un jour à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de mettre en place un prise en charge socioéducative adaptée à ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources et d'élaborer un projet d'accès à l'autonomie ;
4°) de mettre à la charge de l'" Etat " le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soulève les moyens suivants :
- sa requête est recevable ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il risque de se retrouver dans une situation de très grande précarité à compter du 1er janvier 2025 ;
- la décision à suspendre démontre une carence du conseil départemental de Seine-et-Marne et porte atteinte à son droit de ne pas subir de traitements dégradants et inhumains ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 222-5-1 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 222-1 et L. 222-5 du même code et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Issard, conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1 M. A, ressortissant malien né le 31 décembre 2006, a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne puis pris en charge par l'association jusqu'à sa majorité qui doit intervenir le 31 décembre 2024. Par une lettre reçue par le service le 18 septembre 2024, il a demandé la poursuite temporaire de sa prise en charge au-delà de cette date sous la forme d'un contrat " jeune majeur ". Par une décision du 29 novembre 2024, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, M. A sollicite du juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de son exécution.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
4. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5°) Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.. () Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée.".
5. Il résulte, d'une part, des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
6. Il résulte, d'autre part, des dispositions de l'article L. 222-5-1 du même code qu'un projet d'accès à l'autonomie, élaboré par le président du conseil départemental avec le mineur, en y associant d'autres institutions et organismes concernés, vise à apporter au mineur pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance une réponse globale adaptée à ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources. Ce projet est complété, si nécessaire, en fonction des besoins particuliers du jeune majeur en application de l'article R. 222-6 de ce code, pour les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans mentionnés au 5° de l'article L. 222-5, qui continuent de relever d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance. Cette prise en charge prend la forme du document dénommé " contrat jeune majeur " qui a pour objet de formaliser les relations entre le service de l'aide sociale à l'enfance et le jeune majeur, dans un but de responsabilisation de ce dernier.
7. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, quand bien même l'intéressé n'aurait pas formellement demandé à en bénéficier avant sa majorité dès lors qu'il résulte des dispositions citées aux points précédents que le président du conseil départemental est tenu de proposer cet accompagnement à un mineur accueilli, sauf à ce qu'il lui soit possible de démontrer, après un examen personnalisé et approfondi de sa situation, qu'il n'en aurait pas besoin, en particulier parce qu'il disposerait d'un hébergement par ailleurs et d'une situation administrative lui permettant en particulier de trouver un emploi.
8. En l'espèce, M. A a été pris en charge par le département de Seine-et-Marne puis par l'association Equalis. Il a suivi une formation en apprentissage comme agent polyvalent de restauration qui lui a permis d'obtenir un diplôme en octobre 2024 et a été engagé depuis le 2 décembre 2024 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet dans un établissement de restauration à Claye-Souilly (Seine-et-Marne) qui lui assure un revenu brute fixe de 1 801,80 euros et est par ailleurs titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " délivrée par le préfet de Seine-et-Marne et valable jusqu'au 27 mai 2025.
9. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant l'octroi d'un contrat jeune majeur, eu égard à sa situation professionnelle et personnelle, le président du conseil départemental a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale et à demander, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administration, la suspension de l'exécution de la décision du 29 novembre 2024.
10. Par suite, la requête de M. A ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
La juge des référés,
C. ISSARD
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2416020
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