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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2500575

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2500575

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2500575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Victor, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, contenue dans un arrêté du 1er août 2024, par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de l'admettre au séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer en attendant, dans un délai de trois jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail valable jusqu'au jugement de sa requête en annulation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Victor, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

-la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que la décision de refus de titre de séjour en litige met en péril sa situation scolaire et professionnelle stable en ce qu'elle a pour effet : d'une part, de le placer en situation irrégulière, alors qu'il est arrivé mineur en France et qu'il est titulaire d'un contrat jeune majeur ; d'autre part, de l'empêcher de poursuivre légalement sa scolarité, puisque, alors qu'il justifie d'un parcours scolaire exemplaire qui lui a permis d'obtenir le titre professionnel de cuisinier en juillet 2024 et qu'il lui est indispensable de compléter sa formation théorique par une formation pratique, notamment dans le cadre de stages, il a fait le choix de s'inscrire dans un restaurant d'application qui lui permet de mettre directement en pratique sa formation tout en étant encadré mais, même s'il a obtenu son maintien temporaire dans ce restaurant à compter de juillet 2024, il a été privé de toute rémunération en raison de sa situation administrative ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige pour les raisons suivantes :

*cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

*elle est insuffisamment motivée ;

*elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

*elle méconnaît les dispositions des articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la validité des documents d'état civil qu'il a produits ;

*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

-la requête n° 2500583 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l'heure de l'audience publique.

Au cours de cette audience, tenue le 29 janvier 2025 à 10h00 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

-le rapport de M. Zanella ;

-les observations de Me Gossin, substituant Me Victor, représentant M. A, présent, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, en précisant, en ce qui concerne la condition d'urgence, que : l'ordonnance n° 2415483 du 24 décembre 2024 citée dans les écritures a estimé cette condition remplie dans une affaire analogue concernant un camarade du requérant ; celui-ci parvient difficilement à suivre la formation à laquelle il est inscrit ; ne pouvant être rémunéré tant qu'il est dépourvu de titre de séjour, il se trouve dans une situation précaire.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. M. A, ressortissant malien né le 3 juin 2005 et entré en France le 3 juin 2021, à l'âge de seize ans, selon ses déclarations, a fait l'objet, le 1er août 2024, d'un arrêté par lequel la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il avait déposée le 25 septembre 2023 et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il serait renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, du refus de titre de séjour contenu dans cet arrêté.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A, qui ne se trouve pas, en l'espèce, dans le cas où il pourrait bénéficier de la présomption mentionnée au point précédent, fait valoir que cette décision porte atteinte à sa situation, notamment scolaire et professionnelle, en qu'elle le place en situation irrégulière et l'empêche de poursuivre légalement sa formation professionnelle ainsi que de percevoir la rémunération correspondante. Toutefois, d'abord, l'irrégularité du séjour inhérente à un refus de titre de séjour ne saurait, pour l'application des principes rappelés au point précédent, constituer par elle-même une circonstance particulière caractérisant la nécessité pour un étranger de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire en attendant qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision lui ayant refusé un titre de séjour. En outre, alors même qu'il est arrivé mineur en France, qu'il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance, par décision judiciaire, du 28 juillet 2021 jusqu'à sa majorité, soit jusqu'au 3 juin 2023, et qu'il continue actuellement d'être pris en charge par le même service, dans le cadre d'un " contrat jeune majeur ", jusqu'à ses vingt-et-un ans, soit jusqu'au 3 juin 2026, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, s'être vu délivrer un récépissé de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 25 septembre 2023 ou tout autre document provisoire équivalent avant l'intervention de la décision en litige. Il se trouvait ainsi déjà en situation irrégulière, et ce, depuis plus d'un an, à la date de cette décision. Ensuite, il résulte de l'instruction que l'irrégularité de sa situation n'a pas empêché l'intéressé de suivre, durant l'année scolaire 2023-2024, une formation professionnelle qui lui a permis d'obtenir le titre professionnel de cuisinier en juillet 2024 et qu'elle ne l'empêche pas de suivre, durant l'année scolaire en cours, soit jusqu'en juillet 2025, une formation complémentaire de service en salle. Enfin, s'il est vrai que la rémunération correspondant à cette formation ne lui est pas servie en raison de l'irrégularité de sa situation administrative, le requérant ne fait état d'aucun élément de nature à établir qu'il ne serait pas pour autant en mesure de subvenir à ses besoins, alors qu'il résulte de l'instruction que, dans le cadre du " contrat jeune majeur " mentionné ci-dessus, il bénéficie notamment d'un hébergement dans un appartement en colocation ainsi que du versement d'une allocation mensuelle de 300 euros qui lui permet de couvrir des charges évaluées à 269 euros par mois. Dans ces conditions, les circonstances invoquées par le requérant ne peuvent être regardées comme suffisant, en l'état de l'instruction, à caractériser l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'État, ministre de l'intérieur ainsi qu'à Me Victor.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 4 février 2025.

Le juge des référés,

Signé : P. ZanellaLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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