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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2500738

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2500738

lundi 20 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2500738
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la rectrice de l'académie de Créteil refusant d'attribuer un accompagnant individuel à une enfant handicapée scolarisée en ULIS et en classe ordinaire. Les requérants invoquaient l'urgence et une atteinte au droit à l'éducation, mais le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, faute de justifications suffisantes sur les effets graves et immédiats de la décision. La solution retenue est le rejet de la requête par ordonnance motivée, sans examen du fond, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2025, M. B C et

Mme A E C, agissant en qualité de représentants légaux de leur fille mineure D, représentés par Me Aknine, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 18 novembre 2024 par laquelle la rectrice de l'académie de Créteil a rejeté leur lettre du 6 septembre 2024 de mise en demeure d'attribuer à leur fille un accompagnant des élèves en situation de handicap individuel, sur la totalité de son temps de scolarité ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Créteil de désigner un accompagnant des élèves en situation de handicap individuel sur la totalité des temps d'inclusion scolaire en classe ordinaire et en dispositif ULIS, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que, si le handicap de D lui permet de bénéficier d'une scolarité en milieu ordinaire au titre de cette année scolaire, l'aide mutualisée mise en place ne permet pas de répondre à ses besoins d'accompagnement, ainsi qu'en attestent les soignants en charge de son suivi, ainsi que le guide d'évaluation de ses besoins de compensation en milieu de scolarisation ;

- l'accompagnante d'élève en situation de handicap présente est affectée aux onze élèves bénéficiant du dispositif ULIS, porteurs de handicaps différents ;

- sans accompagnement individualisé, D ne bénéficie pas des apprentissages de manière effective ;

- la décision en litige porte atteinte au droit de D de bénéficier d'un accès effectif à l'éducation, dans une prise en charge éducative équivalente aux enfants du même âge dénués de handicap.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Par une décision du 30 mai 2023, la maison départementale pour les personnes handicapées de Créteil a attribué une aide humaine individuelle aux élèves handicapés à D C, née le 16 août 2013, sur l'ensemble de sa scolarité et quel que soit son mode de scolarisation, du 1er septembre 2023 au 31 août 2025. Au titre de l'année scolaire 2024-2025, D est scolarisée au sein de l'école élémentaire Edouard Vaillant de Fontenay-sous-Bois en classe de cours moyen 2nde année, en unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) pour les cours de français et de mathématiques, à raison de douze heures par semaine, et en milieu scolaire ordinaire pour l'ensemble des autres enseignements, représentant également douze heures hebdomadaires. Par une lettre du 6 septembre 2024,

M. et Mme C ont mis la rectrice de l'académie de Créteil en demeure d'attribuer une assistante d'élève en situation de handicap individualisée à leur fille, et demandent, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension du rejet implicite de cette demande.

4. Pour justifier de la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. et Mme C se prévalent des certificats médicaux établis au cours de l'année 2024 par les différents spécialistes en charge du suivi de D, ainsi que des conclusions du guide d'évaluation des besoins de compensation en matière de scolarisation de l'enfant, en date du 17 octobre 2024, établi par l'équipe de suivi de sa scolarisation. Or, si D ne bénéficie à l'heure actuelle que de l'affectation d'une accompagnante d'élève en situation de handicap au sein du dispositif ULIS, commune aux onze enfants scolarisés dans cette unité, il ressort des termes du guide d'évaluation précité que, si l'enfant fait preuve d'une labilité persistante, se montre très inhibée et a besoin de remobilisation sur la tâche, l'équipe en charge du suivi de sa scolarité relève que D réalise la grande majorité des activités seule et sans difficulté, et que l'aide humaine actuellement attribuée exerce auprès d'elle une fonction rassurante, la remobilise systématiquement sur la tâche à accomplir et l'aide à l'écrit. Dans un tel contexte, les circonstances invoquées par la requête ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite par laquelle la rectrice de l'académie de Créteil a rejeté la mise en demeure adressée par M. et Mme C d'attribuer une accompagnante d'élève en situation de handicap à leur fille D.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, que les conclusions présentées par

M. et Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction avec astreinte, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et Mme A E C.

La juge des référés,

Signé : C. LETORT

La République mande et ordonne à la ministre d'Etat, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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