Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 février 2025, M. A... B..., représenté par Me Racape, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 1er février 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une carte temporaire de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l’obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- a été notifiée à la mauvaise personne ;
- est entachée d’erreurs dans la matérialité des faits ;
- c’est à tort que le préfet a considéré qu’il représentait une menace pour l’ordre public ;
- la décision méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par la SELARL Actis, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Deux notes en délibéré, présentées par M. B..., ont été enregistrées le 21 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère,
- et les observations de Me Racape, avocate de M. B....
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 1er février 2025, dont M. A... B... demande au tribunal l’annulation, le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
En premier lieu, par un arrêté n° 2024/03894 du 18 novembre 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Val-de-Marne a donné délégation à Mme D... C..., sous-préfète de l’Ha -les-Roses et signataire de l’arrêté attaqué, aux fins de signer à l’effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles, décisions engageant les crédits de l’Etat et documents relevant des attributions de l’Etat dans l’arrondissement de l’Ha -les-Roses à l’exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence des signataires des décisions attaquées doit être écarté.
En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et fait état de ce que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s’est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Dans ces conditions, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée au sens des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En troisième lieu, la circonstance que la décision attaquée mentionne une autre personne dans le paragraphe mentionnant ses modalités de notification est sans incidence sur sa légalité.
En quatrième lieu, si M. B... soutient que le préfet a commis une erreur sur l’orthographe du nom de son épouse et sur la date de son entrée sur le territoire français, ces erreurs de plume sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a exclusivement fondé sa mesure d’éloignement sur les circonstances que le requérant n’a pas justifié être entré régulièrement sur le territoire français et s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité. Dès lors, M. B... ne peut utilement soutenir que le préfet aurait considéré à tort qu’il représentait une menace pour l’ordre public.
En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ». Aux termes de l’article L. 423-1 de ce code : « L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ». Aux termes de l’article L. 423-2 du même code : « L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ».
Si M. B... établit qu’il est marié depuis le 23 septembre 2023 avec une ressortissante française, que la communauté de vie entre les époux n’a pas cessé depuis cette date et que le mariage a été célébré sur le territoire français, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le requérant soit entré régulièrement sur le territoire français, ni a fortiori sous couvert d’un visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.
En septième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Si M. B... se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier que cette relation est récente et que le couple n’a pas d’enfant. En outre, M. B... ne justifie d’une insertion professionnelle en qualité d’ouvrier qu’entre les mois de mars et juin 2024. Enfin, l’intéressé n’établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d’origine. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions relatives aux frais liés au litige, la requête de M. B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction, ainsi que celles qui tendent à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Rémy Combes, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2025.
La rapporteure,
H. MathonLe président,
R. Combes
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,