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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2502808

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2502808

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2502808
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A, une jeune majeure de 20 ans mère d'un enfant en bas âge, qui contestait le refus du département du Val-de-Marne de renouveler son contrat jeune majeur. Le tribunal a constaté qu'en cours d'instance, le département avait proposé un nouveau contrat pour une période de quatre mois, mettant ainsi fin à l'urgence et à l'atteinte grave et manifestement illégale alléguée. Par conséquent, il a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions principales de la requête, tout en admettant Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et en rejetant les conclusions relatives aux frais d'instance. La solution retenue s'appuie sur les dispositions des articles L. 222-5 et suivants du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2025, Mme B A, représentée par Me Gagey, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Val-de-Marne de lui proposer dans un délai de quarante-huit heures un " contrat jeune majeur " permettant l'accès à une autonomie viable en vue notamment de couvrir ses besoins en matière de ressources financières et de jugement ;

3°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

- elle est entrée en France le 7 janvier 2021 à l'âge de quinze ans ; le 15 janvier 2021 elle a bénéficié d'une ordonnance aux fins de placement provisoire auprès de l'aide sociale à l'enfance du Val-de-Marne par le procureur de la République ; le 27 janvier 2021 son placement a été ordonné par le juge des enfants du tribunal judiciaire de Créteil jusqu'au 28 janvier 2022 ; le 28 février 2022 son placement a été maintenu par le juge des enfants jusqu'au 15 février 2023, date de sa majorité ; le 30 janvier 2023, elle a bénéficié d'un contrat jeune majeur pour la période du 15 février au 15 mai 2023 ; le 21 janvier 2025 elle en a demandé le renouvellement ; par une décision du 19 février 2025, ce renouvellement lui a été refusé aux motifs d'un défaut de demande de renouvellement formulé par ses soins et de l'absence de possibilité d'un accueil mère-enfant, qui relève du droit commun ; par courriel du 26 février 2025, la directrice du centre maternel

" La Voie Lactée " a entrepris un recours administratif préalable obligatoire en son nom, afin de contester cette décision ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle n'a que vingt ans, qu'elle est mère d'un enfant né le 21 février 2022, que les démarches de logement qu'elle a entreprises n'ont actuellement pas abouti, qu'elle n'a aucune solution d'hébergement ou de logement, qu'elle se retrouve donc sans domicile fixe avec un enfant en bas âge, qu'elle ne bénéfice d'aucun soutien familial en France, ni de ressources financières lui permettant de se loger dans le parc privé et subvenir à ses besoins et à ceux de son enfant, qu'elle est en pleine année scolaire et doit passer son baccalauréat professionnel dans quelques mois ce qui nécessite qu'elle bénéficie d'un logement et de conditions de vie décentes ;

- la décision contestée porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance pour un jeune majeur, dès lors qu'elle remplit les conditions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, que contrairement à ce qui est énoncé par la décision attaquée, elle a sollicité le renouvellement de son contrat jeune majeur le 21 janvier 2025 par courriel, que le centre maternel qui la prend en charge en a également sollicité le renouvellement, que l'association la Voie Lactée fait état de la possibilité de continuer à l'accueillir dans son centre maternel.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2025, le département du Val-de-Marne conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'injonction et au rejet des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le département fait valoir que :

- le contrat jeune majeur signé le 30 janvier 2023 couvrait la période du 15 février au 15 mai 2023 ; la requérante a été maintenue au sein de la structure du centre maternel au titre du 4° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des famille en raison de son statut de mère isolée avec un enfant de moins de trois ans ; entre le 15 mai 2023 et le 18 novembre 2024, la requérante, en raison de sa situation familiale, n'a eu aucun contrat jeune majeur ; son enfant ayant eu trois ans le 18 octobre 2024, le maintien de Mme A dans le dispositif n'avait plus légalement lieu d'être et seul le dispositif de droit commun pouvait l'accompagner ; afin de permettre cette transition, un contrat jeune majeur a été proposé pour la période du 18 novembre 2024 au

28 février 2025 ; le 21 janvier 2025, la requérante en a sollicité le renouvellement ; cette demande a été rejetée par une décision du 19 février 2025, notifiée le 26 février ; aucun recours administratif préalable ne lui a été adressé ;

- la requête est irrecevable à défaut de recours préalable obligatoire formulé par la requérante ou un mandant ; seule la structure d'accueil semble avoir adressé un mail, sans qu'une autorisation de la requérante ne soit établie et sans que les termes de ce mail puissent être regardés comme valant recours préalable obligatoire ;

- subsidiairement, un contrat de jeune majeur a été proposé à la requérante pour la période du 29 février au 29 juin 2025 et un rendez-vous lui a été fixé le 12 mars prochain pour sa signature.

Par un mémoire enregistré le 28 février 2025, Mme A, représentée par Me Gagey, maintient ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que seule l'introduction de son recours a conduit à un réel examen de sa situation et à la continuité de sa prise en charge.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 28 février 2025, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les autres conclusions :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures () ".

3. En cours d'instance, le département du Val-de-Marne a proposé à Mme A un contrat jeune majeur pour la période du " 29 février " au 29 juin 2025 et lui a fixé un rendez-vous le 12 mars 2025 pour sa signature. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la requérante présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction présentées par

Mme A ;

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au département du

Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 28 février 2025.

La juge des référés,

Signé : C. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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