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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2503573

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2503573

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2503573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI TAELMAN LE PORS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a examiné la requête de M. A..., ressortissant guinéen, contestant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-de-Marne. Le tribunal a annulé l'arrêté préfectoral du 29 janvier 2025 au motif qu'il méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a retenu que M. A... justifiait d'une présence continue en France depuis dix ans et vivait depuis 2008 avec sa compatriote en situation régulière, avec laquelle il a eu un enfant né en France en 2009, établissant ainsi une vie privée et familiale protégée. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour à M. A... dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 mars 2025 et le 21 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Taelman et Me Le Pors, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 janvier 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte et de lui délivrer, dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
-
elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
-
elle est insuffisamment motivée ;
-
elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
-
elle méconnait les dispositions de l’article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l’absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
-
elle méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-
elle méconnait les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-
elle méconnait les dispositions de l’article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-
elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
-
elle est entachée d’une erreur manifeste quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
-
elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
-
elle est insuffisamment motivée ;
-
elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
-
elle est dépourvue de base légale dès lors qu’elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
-
elle a été adoptée par une autorité incompétente ;
-
elle est insuffisamment motivée ;
-
elle n’a pas été précédée d’un examen particulier de sa situation personnelle ;
-
elle est dépourvue de base légale dès lors qu’elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale.


Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu
-
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code des relations entre le public et l’administration ;
-
le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de Mme Tiennot,
-
et les observations de Me Le Pors, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant guinéen, né le 1er janvier 1967 à Conakry (Guinée), déclare être entré irrégulièrement en France en 2003. Le 2 juin 2022, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 29 janvier 2025, dont il demande l’annulation, le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :


Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

Il ressort des documents versés à l’instance, en particulier des fiches de paie, que M. A... justifie d’une présence continue sur le territoire depuis dix ans à la date de la décision et, au moins de façon intermittente, depuis environ vingt ans. En outre, il ressort des attestations de l’entourage de M. A... et des photographies produites dans le cadre de la présente instance qu’il vit depuis 2008 avec une compatriote en situation régulière et qu’un enfant, qu’il a reconnu avant sa naissance, est né de cette union en France en 2009. Cet enfant, âgé de quinze ans à la date de la décision litigieuse, a vécu toute sa vie en France avec ses deux parents, ainsi qu’il ressort des différents justificatifs de domicile et photographies, est scolarisé depuis son enfance et a obtenu le diplôme national du brevet en 2024. Enfin, M. A... justifie, par la production de six contrats de travail à durée indéterminée et de très nombreuses fiches de paie, de l’exercice quasi-continu de la profession d’agent de sécurité, ou d’agent de sécurité cynophile, depuis l’année 2016, soit depuis près de 9 ans à la date de la décision, soit à temps plein, soit sous couvert d’un temps partiel significatif. Si, pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet du Val-de-Marne fait valoir que
M. A... a utilisé, pendant de nombreuses années, une fausse identité française, il est constant que M. A... a, par un jugement correctionnel du 4 décembre 2018, été relaxé de toute poursuite pénale à son encontre et qu’il n’est pas établi, ni même allégué, qu’il aurait par ailleurs été condamné pour une infraction. Dans ces circonstances, au regard de l’ensemble des circonstances propres à la situation de M. A..., celui-ci est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Val-de-Marne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et a ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus d’admission au séjour de M. A... doit être annulée, de même que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ».

Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement, sous réserve d’un changement de circonstances de droit et de fait, qu’un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » soit délivré à M. A... sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D E C I D E :




Article 1er : La décision du préfet du Val-de-Marne du 29 janvier 2025 est annulée.


Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et
familiale » dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera à M. A... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.





Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-de-Marne.


Délibéré après l'audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,
Mme Tiennot, première conseillère,
Mme Arassus, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.


La rapporteure,

S. TIENNOT
Le président,

D. LALANDE



La greffière,




C. BOURGAULT


La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,



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