Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2025, M. B... A..., représenté par Me Philouze, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention « vie privée et familiale » sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, d’enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même condition d’astreinte, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 6-1 et 6-5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste dans l’appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation, le préfet du Val-de-Marne s’étant à tort estimé en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d’illégalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour.
La requête a été communiquée le 17 juillet 2025 au préfet du Val-de-Marne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 19 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant algérien né en 1960, est entré en France le 7 juillet 2001 sous couvert d’un visa de long séjour. Il a obtenu le bénéfice d’un certificat de résidence algérien en raison de son état de santé, valable du 8 septembre 2014 au 7 septembre 2015, renouvelé du 3 septembre 2015 au 2 septembre 2016. En 2024, il a présenté une demande d’admission au séjour fondée sur l’article 6-1 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et sur l’exercice du pouvoir de régularisation du préfet. Par un arrêté du 7 novembre 2024, le préfet du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande, l’a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 6, 1) de l’accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié : « (...) / Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d’étudiant ; /(…)/ ».
Pour rejeter sa demande de certificat de résidence algérien, présentée sur le fondement des stipulations précitées, le préfet du Val-de-Marne a notamment estimé que les documents produits par l’intéressé ne permettaient pas d’établir sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A... a obtenu le bénéfice d’un titre de séjour en raison de son état de santé, valable du 8 septembre 2014 au 7 septembre 2015, renouvelé jusqu’au 2 septembre 2016. A l’occasion de sa demande de renouvellement de ce titre de séjour, l’intéressé s’est vu remettre une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, régulièrement renouvelée jusqu’au rejet de sa demande le 19 mai 2020. De plus, M. A... a produit pour chaque année, du mois de juin 2014 jusqu’à la décision attaquée en novembre 2024, des pièces parmi lesquelles figurent de multiples comptes-rendus médicaux ayant nécessité sa présence sur le territoire, des titres de séjour ou récépissés de demande de renouvellement de titre de séjour, des relevés bancaires faisant apparaître des opérations nécessitant sa présence physique, des justificatifs de paiement de loyer et de différentes démarches administratives, des avis d’imposition, des bulletins de paie et des factures diverses. Ainsi, il établit, par des pièces nombreuses et concordantes, résider habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l’arrêté attaqué. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir qu’il remplissait les conditions de délivrance de plein droit d’un certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations précitées et que le préfet a méconnu les stipulations précitées de l’article 6, 1) de l’accord franco algérien du 27 décembre 1968.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour est entachée d’illégalité et doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, l’obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination en cas d’éloignement d’office.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Le présent jugement implique nécessairement que la préfète du Val-de-Marne, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à M. A... un certificat de résidence algérien d’un an portant la mention « vie privée et familiale » et lui délivre, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer le titre précité à M. A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros, à verser à Me Philouze, avocate de M. A..., sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-de-Marne du 7 novembre 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... un certificat de résidence algérien d’un an portant la mention « vie privée et familiale », dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’Etat (préfet du Val-de-Marne) versera à l’avocate de M. A..., Me Philouze, une somme de 1 200 euros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Philouze et au préfet du Val-de-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.
La rapporteure,
C. MASSENGO
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
C. TRÉMOUREUX
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,