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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2505166

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2505166

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2505166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantABDALLI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. A..., ressortissant sri-lankais, contestant l'arrêté du préfet du Nord du 12 mars 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le requérant invoquait notamment une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a estimé que la décision n'était pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et que les moyens soulevés n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2025, M. B... A..., représenté par Me Abdalli, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an et l’a signalé, aux fins de non-admission, dans le système d’information Schengen ;

2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation ;
* méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
* méconnaît l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;



- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* méconnait son droit à être entendu ;
* son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 et 8 octobre 2025, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l’article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l’instruction est intervenue trois jours francs avant l’audience.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

M. Rehman-Fawcett, a été entendu, en son rapport, au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ressortissant sri lankais, né le 24 décembre 1997 à Chankanai (Sri Lanka), est entré en France le 9 avril 2014 selon ses déclarations. Il a obtenu une carte de résident valable à compter du 13 décembre 2017 jusqu’au 12 décembre 2027, à laquelle il a renoncé le 16 septembre 2020. Il a par la suite bénéficié de cartes de séjour temporaire du 10 août 2021 au 9 août 2022, et du 30 août 2022 au 29 août 2023. L’intéressé a été interpellé le 12 mars 2025. Par arrêté du 12 mars 2025, le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d’un an. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté du 12 mars 2025.

Sur les conclusions à fin d’annulation :


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ».

M. A... fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu’il y réside depuis 2014 avec ses parents, et ses frères, après leur fuite de leur pays d’origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche TELEMOFPRA, que le requérant est arrivé sur le territoire français le 9 avril 2014, soit à l’âge de seize ans, et qu’il a bénéficié d’une protection internationale à compter d’une décision du 29 juillet 2016. Il ressort également des pièces du dossier qu’il a été employé en qualité de chef cuisinier par un contrat à durée déterminée à compter du 18 août 2021, contrat qui par la suite a été modifié à compter du 1er février 2022 en contrat à durée indéterminée. De plus, M. A..., établit qu’il est copropriétaire avec son frère aîné d’un logement en Seine-et-Marne depuis le 20 janvier 2021. Dans ces conditions, eu égard à la durée de présence de plus de dix ans de l’intéressé sur le territoire français, combinée à son insertion professionnelle et à la présence de sa fratrie, dont certains membres n’ont pas renoncé à la protection internationale la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale, et a donc méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet du Nord a également commis une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l’intéressé.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 12 mars 2025 par laquelle le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l’octroi d’un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et a interdit son retour sur le sol français pour une durée d’un an.

Sur les conclusions à fins d’injonction et d’astreinte :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure. ». Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (…). ».

D’une part, compte tenu du motif d’annulation retenu, la présente décision implique l’intervention d’une nouvelle décision et la délivrance d’un titre de séjour « vie privée et familiale » à M. A.... Il y a lieu, en conséquence, d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent d’y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

D’autre part, le présent jugement, qui annule l’interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de M. A..., implique nécessairement que l’administration efface le signalement dont il fait l’objet dans le système d’information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet du Nord de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du nord a obligé M. A... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’a interdit de retour pour une durée d’un an est annulé.


Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. C... un titre de séjour « vie privée et familiale » dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.


Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A... dans le système d’information Schengen procédant de l’interdiction de retour du 12 mars 2025 ci-dessus annulée.


Article 4 : L’État (préfet du Nord) versera à M. A... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Nord.


Délibéré après l'audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,
M. Rehman-Fawcett, conseiller,
Mme Seignat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.


Le rapporteur,

C. Rehman-Fawcett

Le président,

S. Dewailly

La greffière,






L. Sueur


La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière



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