Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 avril 2025, M. A... B..., représenté par Me Dogan, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné ;
2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d’erreur de droit, dès lors que le préfet n’établit pas que sa demande d’asile a bien été rejetée définitivement ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant turc né en 2000, a présenté une demande d’asile sur le territoire français. Par un arrêté du 19 mars 2025, le préfet de Seine-et-Marne l’a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d’être éloigné. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, l’arrêté énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits relatifs à la situation personnelle de M. B... qui constituent le fondement des différentes décisions qu’il contient. Par suite, et dès lors que la motivation d’une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
En deuxième lieu, il ne ressort pas de l’examen de l’arrêté attaqué et notamment des mentions de fait précises y figurant, que le préfet n’aurait pas procédé à l’examen particulier de la situation de droit et de fait du requérant.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 541-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 542-1 du même code : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ». Selon l’article L. 542-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : /(…)/ 2° Lorsque le demandeur : /(…)/ c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; ». De plus, aux termes de l’article L. 531-41 du même code : « Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. (…) ». Et aux termes de l’article R. 532-57 du même code : « La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ». Enfin, aux termes de l’article L. 611-1 du même code : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /(…)/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (…) »
Il ressort des extraits de la base TelemOfpra, versés au dossier par le préfet de Seine-et-Marne et soumis au contradictoire, que la demande d’asile présentée par M. B..., enregistrée le 25 janvier 2022, a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 23 juin 2022. Le recours formé par l’intéressé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 12 décembre 2022. De plus, les trois demandes de réexamen formées par M. B... les 15 mars 2023, 11 avril 2024 et 17 février 2025 ont fait l’objet de décisions d’irrecevabilité par l’OFPRA, confirmées par la CNDA respectivement les 29 janvier 2024, 25 juillet 2024 et 20 mai 2025. L’extrait de la base TelemOfpra précise que l’ordonnance de la CNDA en date du 29 janvier 2024, par laquelle la juridiction a définitivement rejeté la première demande de réexamen présentée par l’intéressé, lui a été notifiée le 8 février 2024 et le requérant ne produit aucun élément permettant de remettre en cause cette mention qui fait foi jusqu’à preuve du contraire. Ainsi, en application des dispositions combinées précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le droit de M. B... de se maintenir sur le territoire a pris fin le 11 avril 2024, date de la deuxième demande de réexamen qu’il a présentée après le rejet définitif de sa première demande de réexamen. Par suite, le préfet de Seine-et-Marne a pu, sans commettre d’erreur de droit, obliger M. B... à quitter le territoire français et fixer le pays de destination en cas d’éloignement d’office, par l’arrêté attaqué du 19 mars 2025.
Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
D’une part, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant en ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français. D’autre part, en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination en cas d’éloignement d’office, M. B... soutient qu’il serait personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Turquie. Toutefois, il ne verse pas de pièces au dossier justifiant ses allégations, alors qu’au demeurant, au vu de celles qui leur ont été présentées, l’OFPRA puis la CNDA n’ont pas fait droit à sa demande d’asile. Ainsi, M. B... n’établit pas qu’il encourt actuellement et personnellement des risques pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2025.
La rapporteure,
C. MASSENGO
La présidente,
I. BILLANDONLa greffière,
V. TAROT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,