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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2506134

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2506134

jeudi 29 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2506134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLOUIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a examiné la requête de M. B..., ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 10 avril 2025 refusant son admission au séjour en tant que stagiaire avocat, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a annulé cet arrêté, considérant que le préfet avait commis une erreur de droit en se fondant sur l'absence d'avis favorable du service de main-d'œuvre étrangère, alors que la demande de M. B... relevait des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, combinées à l'article 84 du décret du 27 novembre 1991 organisant la profession d'avocat, qui ne subordonnent pas la délivrance du titre de séjour à un tel avis. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté préfectoral, avec injonction au préfet de délivrer le certificat de résidence sollicité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mai 2025 et le 28 septembre 2025,
M. A... B..., représenté par Me Louis, demande au tribunal :

1°) d’annuler l'arrêté du 10 avril 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande d’admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé ;

2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de lui délivrer, un certificat de résidence temporaire portant la mention « stagiaire » sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus d’admission au séjour :
- elle est entachée d’une incompétence de son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est, par voie de conséquence, illégale en tant qu’elle se fonde sur la décision d’obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du
19 novembre 2025.


Une lettre du 16 septembre 2025 a informé les parties, en application de l’article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture de l’instruction était susceptible d’intervenir à compter du 13 octobre 2025.


Une ordonnance du 23 octobre 2025 a prononcé la clôture immédiate de l'instruction.


Un mémoire, enregistré le 6 janvier 2026, postérieurement à la clôture de l’instruction, a été produit par le préfet de Seine-et-Marne et n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 organisant la profession d’avocat ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fanjaud,
- et les observations de M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien né le 5 août 1986 à Oum El Bouaghi (Algérie) est entré sur le territoire français le 1er décembre 2024 sous couvert d’un visa Schengen de type D portant la mention « stagiaire » valable jusqu’au 1er mars 2025. Le 8 janvier 2025, M. B... a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence portant la même mention auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne. Par un arrêté du 10 avril 2025, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande d’admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article 84 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 : « Les avocats inscrits à un barreau étranger peuvent effectuer un stage d'une durée d'un an, renouvelable deux fois, auprès d'un avocat inscrit au tableau. Ces stagiaires conservent leur qualité d'avocat étranger. (…) ». D’autre part, aux termes de l’article 7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord. (…) c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité ; (…) ».

Pour refuser de délivrer un certificat de résidence à M. B..., le préfet de Seine-et-Marne a relevé, d’une part, que le service de main d’œuvre étrangère a refusé d’émettre un avis sur sa demande et, d’autre part, que l’intéressé ne peut présenter une demande en qualité d’étudiant. Toutefois, alors qu’il ressort des pièces du dossier que M. B... a notamment présenté une demande de certificat de résidence afin d’effectuer le stage mentionné par les dispositions précitées de l’article 84 du décret du 27 novembre 1991, le préfet de Seine-et-Marne a entaché sa décision d’une erreur de droit en examinant la demande du requérant sur le fondement des stipulations relatives aux certificats de résidence en qualité d’étudiant ou de salarié, dont le requérant ne relevait pas. Il s’ensuit que ce moyen doit être accueilli.

Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 10 avril 2025 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande d’admission au séjour. Il en va de même, par voie de conséquence, des autres décisions qui se trouvent dès lors privées de base légale. Il s’ensuit que, doivent être annulées, les décisions prises à l’encontre de M. B... par lesquelles le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé.





Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Eu égard au motif d’annulation retenu et seul susceptible de l’être, le présent jugement n’implique pas nécessairement que soit délivré à M. B... un titre de séjour temporaire portant la mention « stagiaire ». En revanche, il implique qu’il soit procédé au réexamen de sa demande d’admission au séjour. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d’y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, en application des dispositions de l’article L. 911-2 du code de justice administrative. En revanche, il n’y a pas lieu, à ce stade, d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Louis, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de ce dernier le versement de la somme de 1 200 euros à Me Louis au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.




D E C I D E :




Article 1er : L’arrêté du 10 avril 2025 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande d’admission au séjour de M. B..., lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être renvoyé, est annulé.


Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B..., dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.


Article 3 : L’Etat versera à Me Louis une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Louis renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.





Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Louis et au préfet de Seine-et-Marne.


Délibéré après l'audience du 8 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,
Mme Tiennot, première conseillère,
M. Fanjaud, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.


Le rapporteur,

C. FANJAUD
Le président,

D. LALANDE



La greffière,




C. BOURGAULT


La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,

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