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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2507106

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2507106

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2507106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN a rejeté la requête de M. C... contre l'arrêté du préfet du Val-de-Marne du 9 avril 2025. Le tribunal a d'abord constaté que les conclusions dirigées contre une décision d'interdiction de retour étaient irrecevables, cette décision étant inexistante dans l'arrêté attaqué. Sur le fond, il a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulièrement publiée. La solution retenue est le rejet de la requête, sans que le jugement ne précise explicitement l'application d'autres textes que le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2025, M. B... C..., représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 9 avril 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne a procédé au retrait de son attestation de demande d’asile, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de procéder à l’effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.

Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Val-de-Marne a produit des pièces le 20 juin 2025.

Par une ordonnance du 11 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 11 octobre 2025 à 12 heures.

Par un courrier du 4 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de de l’irrecevabilité des conclusions tendant à l’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, en tant que de telles conclusions sont dirigées contre une décision inexistante.

Un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction, pour le préfet du Val-de-Marne, n’a pas été communiqué.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de conclure dans cette affaire en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Seignat a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

M. B... C..., ressortissant ivoirien né le 11 octobre 1996, a présenté une demande d’asile, rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 20 novembre 2024 et par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 31 mars 2025. Par un arrêté du 9 avril 2025, le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné. M. C... sollicite l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 septembre 2025. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour du territoire français :

Il ressort des pièces du dossier que, par l’arrêté contesté du 9 avril 2025, le préfet du Val-de-Marne a obligé M. C... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné. En revanche, il ne ressort pas des termes de cet arrêté que le préfet ait prononcé, à l’encontre du requérant, une interdiction de retour sur le territoire français. Il suit de là que les conclusions de M. C... tendant à l’annulation d’une telle décision sont dirigées contre une décision inexistante et doivent par suite être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaitre le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l’existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 18 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-de-Marne a donné délégation à Mme A... D..., directrice des migrations et de l’intégration et signataire de l’arrêté en litige, à l’effet de signer notamment la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont le préfet du Val-de-Marne a fait application. L’arrêté indique également les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s’est fondé, notamment le rejet, par l’OFPRA et la CNDA, de la demande d’asile de l’intéressé. Ainsi, à sa seule lecture, la décision permet à M. C... de comprendre les motifs de l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet du Val-de-Marne n’aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l’intéressé. La circonstance que l’arrêté ne mentionne pas certains faits n’est pas de nature à établir un défaut d’examen. Le moyen doit, par suite, être écarté.

En quatrième lieu, le moyen invoqué par un ressortissant étranger tiré des risques encourus en cas de retour dans son pays d’origine est inopérant à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n’a pas pour objet de fixer le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté. A supposer le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination, en se bornant à soutenir qu’il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d’origine, mentionnant la Guinée alors qu’il ressort des pièces du dossier que M. C... est de nationalité ivoirienne, ce dernier n’assortit ce moyen d’aucune précision permettant d’en apprécier le bien-fondé.

En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d’autrui ».

En l’espèce, M. C..., qui se prévaut de sa présence sur le territoire depuis 2022, ne produit aucune pièce au soutien de ces affirmations. En tout état de cause, cette durée de présence, à la supposer établie, n’est pas de nature, à elle seule, à démontrer l’intensité de son intégration sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors que M. C... n’apporte aucune précision sur sa situation personnelle, le préfet du Val-de-Marne n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par M. C... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.




D É C I D E :





Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’admission de M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.



Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.




Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet du Val-de-Marne.



Délibéré après l’audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :


M. Dewailly, président,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Mme Seignat, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.


La rapporteure,

D. SEIGNAT
Le président,

S. DEWAILLY
La greffière,

L. SUEUR



La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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