LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2507720

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2507720

mercredi 25 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2507720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun a annulé l'arrêté préfectoral du 7 mai 2025 ordonnant l'éloignement de M. D... E..., un ressortissant colombien, ainsi que les mesures connexes (refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour). Le tribunal a retenu un vice de procédure, constatant que le préfet des Yvelines avait fondé sa décision sur une base légale erronée (le 1° de l'article L. 611-1 du CESEDA) alors que la situation du requérant relevait du 2° du même article, ce qui constitue une incompétence. Cette illégalité entraîne l'annulation de l'ensemble des mesures contestées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2025, M. D... E..., représenté par Me Bechieau, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;

d’enjoindre à l’administration compétente de réexaminer sa situation et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d’un vice d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu ;
- elle méconnaît les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;

Sur la légalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- il entend reprendre l’ensemble des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de la mesure d’éloignement ;
- cette décision méconnaît les dispositions du 1° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- il entend reprendre l’ensemble des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de la mesure d’éloignement ;

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- il entend reprendre l’ensemble des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de la mesure d’éloignement ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur de droit.


La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 2 juillet 2025 qui ont été communiquées.

Par un courrier du 3 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur les moyens relevés d’office tirés de la substitution de base légale du 1° vers le 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile s’agissant du fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la substitution de base légale du 1° vers le 2° de l’article L. 612-3 du même code s’agissant du fondement de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire.

Par un courrier du 3 février 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, en cas d’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, d’enjoindre d’office à l’autorité préfectorale de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement du requérant dans le système d’information Schengen.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale des droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
le règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Prissette.

Les parties n’étant ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. D... E..., ressortissant colombien, est entré sur le territoire français le 29 janvier 2020 muni d’un passeport biométrique. Par un arrêté du 7 mai 2025, le préfet des Yvelines l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. M. E... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, par un arrêté n° 78-2025-04-10-00003 du 10 avril 2025 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2025-130 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. C... B..., chef du bureau de l’éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice d’incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquels elle se fonde. En outre, le préfet des Yvelines a relevé que M. E... ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu’il ne pouvait justifier d’aucune démarche depuis son arrivée en France et qu’il n’avait pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Il a également précisé que l’intéressé déclarait vivre en concubinage et être père d’un enfant, sans qu’il y ait d’obstacle à ce que la famille reparte ensemble en Colombie où M. E... ne démontre pas être isolé. Ainsi, alors que l’autorité administrative n’avait pas à mentionner de manière exhaustive l’ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision et que la motivation de la décision ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de
M. E..., que le préfet des Yvelines n’aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

En quatrième lieu, le droit d’être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l’une des composantes du droit de la défense, tel qu’il est énoncé notamment au 2 de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l’Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l’autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l’ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été entendu par les services de police lors de son audition du 7 mai 2025, au cours de laquelle il a été interrogé sur sa situation familiale, l’irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. En outre, M. E... ne précise pas en quoi il disposait d’informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l’administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En cinquième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / 1° L’étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L’étranger, entré sur le territoire français sous couvert d’un visa désormais expiré ou, n’étant pas soumis à l’obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s’est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d’un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (…) ». Aux termes de l’article 3 du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 : « 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe I sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres. (…) ». Aux termes de l’article 4 de ce règlement : « 1. Les ressortissants des pays tiers figurant sur la liste de l'annexe II sont exemptés de l'obligation prévue à l'article 3, paragraphe 1, pour des séjours dont la durée n'excède pas 90 jours sur toute période de 180 jours. (…) ».

La Colombie figure dans la liste de l’annexe II du règlement (UE) 2018/1806 du Parlement européen et du Conseil du 14 novembre 2018 relative aux pays tiers dont les ressortissants sont exemptés de l’obligation de visa lors du franchissement des frontières extérieures des Etats-membres, pour des séjours dont la durée n’excède pas 90 jours sur toute une période de 180 jours.

Pour obliger M. E... à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines s’est fondé sur les dispositions du 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Toutefois, le requérant justifie être entré sur le territoire français muni d’un passeport biométrique colombien en cours de validité le dispensant de visa. Dès lors, M. E... est fondé à soutenir que le préfet des Yvelines ne pouvait légalement prendre la décision attaquée au motif de son entrée irrégulière sur le territoire français.

Toutefois, lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l’office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d’avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

En l’espèce, si le requérant justifie être entré régulièrement en France, il ressort des pièces du dossier qu’il était entré sur le territoire français depuis plus de trois mois à la date de la décision attaquée et il n’est ni établi, ni même allégué qu’il aurait formé une demande de titre de séjour. Au contraire, M. E... a admis, lors de son audition par les services de police le 7 mai 2025, n’avoir effectué aucune démarche pour régulariser sa situation administrative sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors, d’une part, que M. E... se trouvait dans la situation où, en application du 2° de l’article L. 611-1 de ce code, le préfet des Yvelines pouvait décider de prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français et, d’autre part, que cette substitution de base légale n’a pour effet de priver l’intéressé d’aucune garantie et que l’administration dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’une ou l’autre de ces deux dispositions.


En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

En l’espèce, si M. E... réside en France depuis plus de cinq ans à la date de la décision attaquée, il s’est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français sans solliciter la délivrance d’un titre de séjour. Le requérant se prévaut de la présence en France de sa compagne, de nationalité colombienne, et de leur enfant né sur le territoire français le
4 mars 2021 et qui y est scolarisé en classe de maternelle. Toutefois, il n’est pas établi, ni même allégué que la compagne du requérant serait en situation régulière sur le territoire français et aurait vocation, à ce titre, à y rester. En outre, si M. E... entend se prévaloir de son intégration professionnelle et de celle de sa compagne, il se borne à produire pour en justifier ses relevés de compte révélant qu’il perçoit des ressources régulières, une promesse d’embauche postérieure à la décision attaquée, et les bulletins de salaire de sa compagne pour les mois d’octobre 2023, décembre 2023 et novembre 2024 à avril 2025. Enfin, si le requérant produit un certificat de langue française et trois attestations, ces éléments sont insuffisants pour démontrer qu’il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Dans ces conditions, eu égard notamment à la circonstance qu’il n’est pas démontré que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Colombie, M. E... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il n’est pas non plus fondé à soutenir, pour les mêmes motifs, que cette décision serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : « Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

En l’espèce, la décision attaquée n’a ni pour objet, ni pour effet de séparer l’enfant du requérant de ses parents, alors que l’ensemble des membres de la famille dispose de la nationalité colombienne et qu’il n’est pas établi que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Colombie, où l’enfant du couple pourra poursuivre sa scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.


En ce qui concerne la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :

En premier lieu, en se bornant à soutenir qu’il « entend reprendre l’ensemble des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire », à l’encontre de la décision portant refus d’octroi d’un délai de départ volontaire, le requérant n’assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.

En deuxième lieu, ainsi qu’il a été dit au point 16, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de l’illégalité par voie de conséquence de la décision refusant d’accorder au requérant un délai de départ volontaire ne peut qu’être écarté.

En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : « 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / (…) ».

Pour refuser d’accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet des Yvelines s’est fondé sur les dispositions du 1° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et a estimé que l’intéressé ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, le risque de soustraction à la mesure d’éloignement était établi. Néanmoins, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que M. E... est entré en France muni d’un passeport biométrique colombien le dispensant de l’obligation de présenter un visa.

Toutefois, lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l’office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d’avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

Ainsi qu’il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que le requérant s’est maintenu sur le territoire français plus de trois mois après son entrée en France et sans solliciter la délivrance d’un titre de séjour. Par suite, le risque de fuite pouvait être regardé comme établi en application des dispositions du 2° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article.


Il résulte de tout ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.





En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :

En premier lieu, en se bornant à soutenir qu’il « entend reprendre l’ensemble des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire », à l’encontre de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement, le requérant n’assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.

En second lieu, ainsi qu’il a été dit précédemment, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré de l’illégalité par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement ne peut qu’être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement.


En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».

En l’espèce, pour prononcer à l’encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an, le préfet des Yvelines s’est fondé sur la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, a relevé que M. E... ne justifiait d’aucune circonstance humanitaire particulière et s’est référé « aux circonstances propres au cas d’espèce » en renvoyant ainsi aux éléments de l’arrêté rappelés au point 3 du présent jugement et relatifs à la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, le requérant séjournait en France depuis cinq ans à la date de la décision attaquée et justifie résider dans le parc de logement privé avec sa compagne et leur enfant qui est scolarisé, le couple démontrant en outre percevoir des ressources. Compte tenu de ces éléments, de la circonstance que M. E... n’a jamais fait l’objet d’une mesure d’éloignement et alors que sa présence ne représente pas une menace pour l’ordre public, le requérant est fondé à soutenir qu’en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an, le préfet des Yvelines a méconnu les dispositions précitées. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête soulevés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le moyen soulevé en ce sens doit être accueilli.

Il résulte de tout ce qui précède que M. E... est seulement fondé à demander l’annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.


Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure ». Aux termes de l’article R. 611-7-3 du même code : « Lorsque la décision lui paraît susceptible d'impliquer le prononcé d'office d'une injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction en informe les parties avant la séance de jugement et fixe le délai dans lequel elles peuvent, sans qu'y fasse obstacle la clôture éventuelle de l'instruction, présenter leurs observations ».

Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (…) ». L’article R. 613-7 de ce code dispose que : « Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ». Aux termes de l’article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : « Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d’aboutissement de la recherche ou d’extinction du motif de l’inscription (…) ».

Le présent jugement, qui annule l’interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de M. E..., implique nécessairement que l’administration efface le signalement aux fins de non-admission dont il fait l’objet dans le système d’information Schengen. Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement. En revanche, le présent jugement n’implique aucune autre mesure d’exécution.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’a pas la qualité de partie ayant perdu sur l’essentiel du litige, la somme que M. E... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.



D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 7 mai 2025 est annulé en tant seulement qu’il porte interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement aux fins de non-admission dont
M. E... fait l’objet dans le système d’information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D... E... et au préfet des Yvelines.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.




Délibéré après l'audience du 10 février 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Gougot, présidente,
M. Combier, conseiller,
Mme Prissette, conseillère.






Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2026.



La rapporteure,

L. PRISSETTE

La présidente,

I. GOUGOT

La greffière,





M. A...


La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
N° 2507720
6
La greffière,1

N° 2101999
40
1


1

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions