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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2508429

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2508429

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2508429
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMAHBOULI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de Mme A..., ressortissante turque. La requête a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'a pas produit, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code, une copie de sa requête en annulation de la décision contestée. Par ailleurs, le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, s'agissant d'une première demande de titre de séjour et non d'un refus de renouvellement, et que les circonstances familiales invoquées ne suffisaient pas à caractériser une urgence justifiant une mesure provisoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2025, Mme C... A... épouse B..., représentée par Me Mahbouli, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé pendant quatre mois par le préfet de Seine-et-Marne sur sa demande de titre de séjour ;
d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un récépissé en attendant le réexamen de sa situation administrative ;
d’enjoindre la fixation d’une date d’audience au fond devant le tribunal à bref délai ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :
Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » En vertu des dispositions de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
Mme A..., ressortissante turque née le 4 avril 1997 et entrée en France en septembre 2020 selon ses déclarations, a, par une lettre datée du 2 décembre 2024 et reçue le 5 décembre suivant à la préfecture de Seine-et-Marne, demandé la première délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » en application de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou, subsidiairement, de l’article L. 435-1 du même code. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l’exécution, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par le préfet de Seine-et-Marne.
Aux termes du second alinéa de l’article R. 522-1 du code de justice administrative : « A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. »
Mme A... n’a pas produit, dans la présente instance, une copie de sa requête en annulation de la décision en litige. Ses conclusions tendant à la suspension de l’exécution de cette décision sont, par suite, manifestement irrecevables.
En outre, pour l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, cité au point 1, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension de l’exécution d’une décision relative au séjour en France d’un étranger, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe remplie dans le cas d’un refus de renouvellement ou d’un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
D’une part, Mme A..., qui, ainsi qu’il a été dit au point 2, s’est vu refuser non pas le renouvellement mais la première délivrance d’un titre de séjour par la décision en litige, ne peut, contrairement à ce qu’elle prétend, se prévaloir en l’espèce de la présomption mentionnée au point précédent.
D’autre part, pour satisfaire à l’obligation qui lui incombe, en vertu des dispositions du premier alinéa de l’article R. 522-1 du code de justice administrative, de justifier de l’urgence de l’affaire, Mme A... fait valoir, pour le surplus, qu’elle est le seul membre de sa famille à se trouver en situation irrégulière sur le territoire français, ce qui crée, selon elle, une « rupture manifeste au sein de l’unité familiale », et qu’elle est exposée, du fait de cette situation, au risque de faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français dont l’exécution entraînerait une séparation avec son enfant mineur et son conjoint et porterait ainsi atteinte tant à son droit au respect de sa vie privée et familiale qu’à l’intérêt supérieur de son enfant. Les circonstances ainsi invoquées ne peuvent toutefois être regardées, dès lors, notamment, que la requérante pourrait, si une décision portant obligation de quitter le territoire français était effectivement édictée à son encontre, former contre cette décision un recours en annulation qui, en vertu des dispositions de l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, serait suspensif de l’exécution de cette même décision, comme suffisant à caractériser la nécessité pour l’intéressée de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire en attendant le jugement de sa requête en annulation.
Par suite, la condition d’urgence posée à l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être considérée comme remplie en l’état de l’instruction.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme A..., y compris ses conclusions accessoires à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l’article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er :
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... épouse B....


Fait à Melun, le 16 décembre 2025.


Le juge des référés,


Signé : P. ZANELLA


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,


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