mardi 8 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2509397 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | VAILLANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 3, 4 et 6 juillet 2025,
M. C B, représenté par Me Vaillant, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner au département de Seine-et-Marne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de rétablir sa prise en charge en couvrant ses besoins alimentaires, sanitaires, d'hébergement, de ressources et d'accompagnement dans les démarches administratives dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir, ladite injonction devant être assortie d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au département de Seine-et-Marne de lui proposer un contrat jeune majeur ;
4°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 200 euros à verser à Me Vaillant au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vaillant renonce à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
1°) la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il se trouve privé de ressources, de formation professionnelle, d'hébergement et de tout accompagnement nécessaire à un jeune majeur et que cela remet en cause son projet d'insertion professionnelle ;
2°) il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale aux motifs que :
- d'une part, il a droit à une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance prévue par les articles L. 222-5 et suivants du code de l'action sociale et des familles, le contrat " jeune majeur " étant de droit, sans que le jeune ait à en présenter la demande dès lors que le jeune est sans ressource et ne dispose d'aucun soutien familial sur le territoire français, condition que M. B remplit ; en outre, le département de Seine-et-Marne, durant les mois précédent sa majorité, n'a entrepris aucune démarche en vue d'élaborer un projet d'accès à l'autonomie, après un entretien adéquat ;
- d'autre part, il est porté atteinte à son droit à l'instruction protégé par le 13ème alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 et par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que, même si le requérant parvient à réaliser la formation souhaitée en soudure, il ne sera pas en mesure de suivre sa formation s'il est dépourvu de tout hébergement et de tous moyens de subsistance.
La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu Me Vaillant, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures, par les mêmes moyens. Il précise que l'aide juridictionnelle n'a pas encore été accordée et que, ainsi que ses écritures le démontrent, il est porté une atteinte grave et manifeste à plusieurs libertés fondamentales dès lors que le requérant, qui un jeune majeur de moins de 21 ans, sans ressources suffisantes et qu'il cherche à poursuivre ses études.
Le département de Seine-et-Marne n'est ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 30 octobre 2023, le procureur de la République près la cour d'appel de Paris a prononcé une ordonnance de placement provisoire de M. B, de nationalité guinéenne, et l'a confié à l'Aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne jusqu'à sa majorité. Le
29 avril 2025, le département de Seine-et-Marne l'a pris en charge jusqu'au 30 juin 2025. Il a sollicité le renouvellement de ce contrat. Le 4 juillet 2025, l'Aide sociale à l'enfance de
Seine-et-Marne a cessé sa prise en charge. M. B demande qu'il soit ordonné au département de Seine-et-Marne de rétablir sa prise en charge en couvrant ses besoins alimentaires, sanitaires, d'hébergement, de ressources et d'accompagnement dans les démarches administratives dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et
L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-2 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes de nationalité étrangère bénéficient dans les conditions propres à chacune de ces prestations : / 1° Des prestations d'aide sociale à l'enfance ; () ". Selon l'article L. 221-1 du même code : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes: 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Enfin, l'article L. 222-5 de ce code dispose que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental: () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article ".
6. Il résulte, d'une part, des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.
7. Il résulte, d'autre part, des dispositions de l'article L. 222-5-1 du même code qu'un projet d'accès à l'autonomie, élaboré par le président du conseil départemental avec le mineur, en y associant d'autres institutions et organismes concernés, vise à apporter au mineur pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance une réponse globale adaptée à ses besoins en matière éducative, sociale, de santé, de logement, de formation, d'emploi et de ressources. Ce projet est complété, si nécessaire, en fonction des besoins particuliers du jeune majeur en application de l'article
R. 222-6 de ce code, pour les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans mentionnés au 5° de l'article L. 222-5, qui continuent de relever d'une prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance. Cette prise en charge prend la forme du document dénommé " contrat jeune majeur " qui a pour objet de formaliser les relations entre le service de l'aide sociale à l'enfance et le jeune majeur, dans un but de responsabilisation de ce dernier.
8. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
9. Il résulte de l'instruction que M. B a été placé à l'aide sociale à l'enfance, de manière provisoire, le 30 octobre 2023, puis de manière définitive le 15 novembre 2023, à l'âge de 16 ans et que, pendant sa minorité, il n'a bénéficié de la part du département de Seine-et-Marne d'aucune action visant à préparer son projet d'accès à l'autonomie, devant, le cas échéant, conduire à la signature d'un contrat " jeune majeur " dont la signature est de droit lorsque l'intéressé, âgé de moins de 21 ans, ne dispose pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. En outre, il résulte de l'instruction que M. B est dépourvu de tout revenu et de tout hébergement, de sorte qu'il ne peut ni se nourrir, ni se loger et qu'il a besoin d'une aide afin de réaliser les démarches administratives qui s'imposent au regard de sa situation et de pouvoir poursuivre ses études. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que M. B dispose d'un quelconque soutien familial sur le territoire français. Par suite, la décision attaquée porte, en l'état de l'instruction, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale. Enfin, eu égard aux besoins du requérant et aux conséquences de la fin de son accompagnement par l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au département de Seine-et-Marne de rétablir la prise en charge de M. B en couvrant ses besoins alimentaires, sanitaires, d'hébergement, de ressources et d'accompagnement dans les démarches administratives et de lui proposer la signature d'un contrat jeune majeur dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de justice :
11. M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par la présente ordonnance. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Vaillant au titre des honoraires et frais que M. B aurait exposés s'il n'avait pas bénéficié de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de réexaminer la situation de M. B, notamment en lui proposant un accompagnement comportant l'accès à une solution de logement permettant de le mettre à l'abri et de prise en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires, ainsi qu'un suivi éducatif et en lui proposant la signature d'un contrat jeune majeur.
Article 3 : Le conseil départemental de Seine-et-Marne versera une somme de 1 200 euros à Me Vaillant, conseil de M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
Article 4 : La requête est rejetée pour le surplus des conclusions.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Me Vaillant et au département de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 8 juillet 2025.
La juge des référés,
Signé : Mme ALa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026