lundi 21 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2510112 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Froger, demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au département de Val-de-Marne de le prendre en charge dans l'attente que l'autorité judiciaire ait statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil, dans un délai de 24 heures à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il s'est vue notifier un refus de prise en charge au titre de l'ASE, par le département, lors de son entrée en France en juin 2025 du fait qu'il a été présumé majeur ;
- il a sollicité le juge des enfants, afin d'obtenir sa prise en charge, et est convoqué à une audience le 6 mai 2026 ;
- dans l'attente, il vit dans des conditions précaires, compte tenu notamment de son état de santé.
Sur l'urgence :
- il se retrouve sans ressource, sans hébergement depuis son entrée en France.
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- la décision méconnaît le droit à l'hébergement d'urgence, prévu par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, dans l'attente que le juge judiciaire statue sur sa demande ;
- il appartient à l'autorité judiciaire de déterminer si la personne est majeure ou mineure, le département devant l'accueillir dans l'attente de ce jugement, en appliquant le principe de la présomption de minorité ;
- la saisine du juge civil ne suspendant pas les effets du refus de prise en charge au titre de l'ASE du département ;
- le refus méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 18 juillet 2025, le département du Val-de-Marne, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence spécifique requise par l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative n'est pas remplie au regard des arguments avancés ;
- une audience du juge des enfants le 6 mai 2026 n'a pas en outre justifié que des mesures provisoires urgentes soient prises par le juge ;
- les documents d'état civil récents, produits par le requérant sont arrivés postérieurement à l'audience fixée le 6 mai 2026 par le juge des enfants ;
- il n'y a pas d'atteinte à une liberté fondamentale justifiant qu'avant que le juge des enfants se prononce, un hébergement d'urgence lui soit accordé, le requérant n'ayant accompli aucune démarche particulière à cet égard ;
- l'évaluation a été réalisée par le département et il n'apparaît pas qu'il soit isolé, outre la circonstance que ses explications montrent des incohérences ;
- les documents d'état civil n'ont pas été authentifiés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Dewailly, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 18 juillet 2025 à 15 heures.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Dewailly, président rapporteur, en présence de Mme Sistac, greffière d'audience.
Les observations de Me Froger, représentant M. A, présent, qui soutient que la dégradation de l'état de santé nécessite une intervention qui serait programmée à l'automne. Il n'a pu être mis à l'abri par une association et rappelle que le juge administratif est compétent pour décider d'une prise en charge par le département. Enfin que s'il n'existe pas de présomption de minorité dans la législation, il a néanmoins produit des documents qui établissent que le requérant est mineur, même si leur authenticité est discutée. En tout état de cause, l'évaluation est contestable, dès lors que les incohérences quant au décès du père ou l'âge de sa sœur ou sa scolarité ne peuvent pas remettre en cause les éléments produits.
Et les observations de Me Cano, représentant le département du Val-de-Marne qui soutient que la date de naissance n'est pas authentifiée et qu'aucun élément ne permet d'établir dans quelles conditions ont été obtenus, les originaux n'étant pas produits. En l'absence d'une extrême urgence, le juge judiciaire a d'ailleurs décidé de le convoquer à une audience en mai 2026, soit à échéance de dix mois. Il souligne en outre que les documents d'état civil ne lui ont pas été soumis et qu'il ne démontre pas avoir au moins tenté de contacter le 115 pour obtenir un logement.
L'audience et l'instruction ont été closes à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui soutient être né le 15 novembre 2008 à Daloa (Côte d'Ivoire) s'est vue refuser une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département du Val-de-Marne. Il demande que le département le prenne en charge, dans l'attente de la décision du juge des enfants du tribunal judiciaire de Créteil qui l'a convoqué le 6 mai 2026.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsque aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.
4. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () / ; 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; / 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation () ". Selon l'article L. 221-2-4 de ce code : " I. Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence. / II. En vue d'évaluer la situation de la personne mentionnée au I et après lui avoir permis de bénéficier d'un temps de répit, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires au regard notamment des déclarations de cette personne sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. / L'évaluation est réalisée par les services du département. () / () / Il statue sur la minorité et la situation d'isolement de la personne, en s'appuyant sur les entretiens réalisés avec celle-ci, sur les informations transmises par le représentant de l'Etat dans le département ainsi que sur tous les éléments susceptibles de l'éclairer. / () ". Enfin, l'article R. 221-11 du même code dispose que : " I. - Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. - Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. () / VI. - Au terme du délai mentionné au I ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental rend la décision prévue par le septième alinéa du II de l'article L. 221-2-4 et, le cas échéant, saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 aux fins d'application du deuxième alinéa de l'article 375-5 du code civil. Dans ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge jusqu'à la décision de l'autorité judiciaire. / Si le président du conseil départemental estime que la situation de la personne accueillie ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions de l'article R. 223-2 du code de l'action sociale et des familles. Dans ce cas, l'accueil provisoire d'urgence prend fin ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux autorités du département, le cas échéant si est intervenue une décision du juge des enfants ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et qu'il est exposé à des risques que sa santé, sa sécurité ou sa moralité soit mise en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée. Il en résulte également que, lorsqu'il est saisi par un étranger, se disant mineur, d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance, le président du conseil départemental, s'il peut décider de saisir l'autorité judiciaire mais ne peut, en aucun cas, décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire l'ait ordonné.
7. Il appartient toutefois au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'il lui apparaît que l'appréciation portée par le département sur l'absence de qualité de mineur isolé de l'intéressé est manifestement erronée et que ce dernier est confronté à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d'enjoindre au département de poursuivre son accueil provisoire.
8. A cet égard, le requérant produit, au cours de la présente instance, plusieurs documents, en fac-similé, tous datés du mois de juillet 2025, indiquant comme date de naissance de ce dernier le 15 novembre 2008, laissant ainsi présumer que M. A serait mineur et qu'ainsi le département, aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de le prendre en charge. Ces documents, dont l'authenticité est seulement contestée au stade de la présente instance, permettent toutefois de présumer, en l'état de l'instruction, que M. A serait mineur et remplirait ainsi la première condition prévue à l'article L. 221-1 1° du code de l'action sociale et des familles précitées. Cependant, s'il produit deux certificats médicaux établi au centre hospitalier Henri Mondor, constatant, pour l'un des deux, qu'il a été opéré en 2024 en Espagne pour " réduction et ostéosynthèse de fracture fermée de la jambe droite par enclouage centro-médullaire ", qui a généré une " pseudarthrose mécanique de la fracture de la jambe droite avec déplacement du matériel générant la douleur de cheville " indiquant, après un bilan d'imagerie, une " probable " ou " possible " intervention chirurgicale à programmer, sans qu'aucun document n'atteste ni d'une date précise pour celle-ci, ni de sa nécessité, en l'état de l'instruction. Dans ces circonstances même si sa santé semble nécessiter une prise en charge, ainsi qu'en attestent les certificats médicaux, ils ne démontrent en revanche pour autant ni que " sa santé est en danger ", ni que le refus de prise en charge aurait des conséquences graves et manifestement illégales au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, dès lors que ce refus n'empêche en aucun cas une prise en charge médicale ou des interventions chirurgicales éventuelles. Il ne remplit ainsi pas la seconde condition, cumulative de l'article L. 221-1 1° cité au point 4. Ainsi, alors même qu'il résulte de l'instruction que le juge des enfants ne l'a convoqué qu'en mai 2026 afin de statuer sur sa minorité, en décidant éventuellement avant cette date des mesures provisoires qu'il pourrait juger utile de prendre, compte tenu des diligences faites par la partie la plus diligente pour lui communiquer les documents d'état civil produits au cours de la présente instance, il n'appartient pas au juge des référés du tribunal administratif d'ordonner au département de le prendre en charge même provisoirement, dès lors qu'il ne remplit pas l'une des conditions des dispositions précitées de l'article L. 211-1 1° du code de l'action sociale et des familles. Par suite la requête présentée par M. A doit être rejetée, sans qu'il soit besoin de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à son avocat et au président du département du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé
S. DEWAILLYLa greffière,
Signé
C. SISTAC
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°251011
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026