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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2510166

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2510166

lundi 28 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2510166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantSTEPHAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de MELUN, statuant en référé sur un recours pour excès de pouvoir, a examiné la demande de Mme B, représentante légale de sa fille mineure, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que la demande d'asile n'avait pas été présentée dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant l'entrée en France. Il a également jugé que l'évaluation de la vulnérabilité de l'enfant, prévue à l'article L. 522-3 du même code, avait été correctement effectuée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 et 22 juillet 2025, Mme A B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, C E, représentée par

Me Stephan, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à sa fille ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à sa fille, C E, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Mme B soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux quant à sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas justifié que l'OFII a effectué l'évaluation de vulnérabilité prévue ;

- elle méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Avirvarei, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Avirvarei, magistrate désignée ;

- les observations de Me Stephan, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'elle développe.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée dans les conditions prévues par l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 4 juillet 2025, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la fille de Mme A B, C E, née le 22 décembre 2024. Mme A B, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () /4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Et aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () /3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

4. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne qu'après un examen de ses besoins et de sa situation particulière et familiale, les conditions matérielles d'accueil ont été refusées à la fille de Mme B, C E, au motif qu'elle n'avait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le directeur territorial de l'OFII de Créteil, qui a examiné ses besoins et sa situation personnelle et familiale, n'aurait pas procédé à un examen approprié et sérieux de la situation personnelle de la fille de Mme B ainsi qu'à une évaluation sérieuse de sa vulnérabilité. A ce titre, il ressort des pièces versées au cours de la présente instance que la fille de l'intéressée a été reçue en entretien, le 4 juillet 2025, au cours duquel ses besoins ont été évalués. A cette occasion, Mme B a indiqué qu'elle vit de manière précaire avec sa fille dans un hébergement d'urgence obtenu par l'intermède d'une association mais qu'elle ne présentait pas de problème de santé. Il suit de là que le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation de la fille de Mme B et de sa vulnérabilité ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

7. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que la fille de Mme B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 4 juillet 2025. Si Mme B soutient à l'audience qu'elle aurait dû bénéficier d'un interprète ainsi qu'elle l'a d'ailleurs indiqué dans la demande d'asile adressée à la préfecture au nom de sa fille, l'entretien s'est déroulé en français, langue qu'elle a déclaré comprendre ainsi que l'atteste sa signature portée sans réserve au bas de la fiche de l'entretien de vulnérabilité, signature précédée de la mention " je certifie avoir bénéficié d'un entretien d'évaluation de ma vulnérabilité effectué par l'OFII dans une langue que je comprends, avec le concours d'un interprète professionnel le cas échéant " ainsi que la mention " je certifie avoir été informé(e) dans une langue que je comprends des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, en l'espèce, pour refuser à la fille de Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII s'est fondé sur le motif que l'intéressée n'avait pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours prévu par les dispositions citées au point 2 du présent jugement. Mme B soutient que l'emprise de son époux, qui était violent à son égard et à celui de ses enfants, ne lui a pas permis de déposer une demande d'asile pour sa fille dans le délai de quatre-vingt-dix jours. Toutefois, en se bornant à produire un récépissé de déclaration de main courante du 23 mai 2025 avec le motif " abandon du domicile conjugal ", une ordonnance du juge des affaires familiales du 21 juillet 2025 autorisant Mme B " à assigner à bref délai M. D E pour le lundi 15 septembre 2025 " dans le cadre d'une procédure, ainsi qu'il a été indiqué à l'audience, afin de fixer une pension alimentaire et un certificat d'hébergement attestant de ce que Mme B et ses trois enfants étaient hébergés dans un centre d'hébergement de réinsertion sociale depuis le 1er juillet 2025, Mme B n'établit pas qu'elle aurait été dans l'impossibilité de déposer la demande d'asile de sa fille dans le délai réglementaire de quatre-vingt-dix jours. Par ailleurs, si Mme B soutient que sa fille se trouve en situation particulière de vulnérabilité en raison de son jeune âge, la condition d'enfant mineur en bas-âge ne suffit pas à elle seule à caractériser une situation particulière de vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Enfin, il ressort des pièces du dossier, éclairées à l'audience, que Mme B et ses enfants en bas âge sont pris en charge par une association dans un centre d'hébergement d'urgence. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction susvisées ne peuvent être accueilles.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2025.

La magistrate désignée par la

présidente du tribunal,

Signé : A. Avirvarei

La greffière,

Signé : C. Mahieu

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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