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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2511396

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2511396

mardi 26 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2511396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet du Val-de-Marne de convoquer Madame B, ressortissante marocaine mère d'enfants français, pour lui remettre une autorisation provisoire de séjour. Cette décision fait suite au refus de renouvellement de sa carte de résident, notifié avec retard, et à l'absence de réponse à sa demande de nouvelle convocation. Le juge a estimé la condition d'urgence remplie, l'intéressée se trouvant en situation irrégulière, et a ordonné cette mesure utile dans un délai de quinze jours. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros à Madame B au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2025, Madame A B, représentée par

Me Fotso, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de la convoquer et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros au titre des frais exposés pour la présente procédure en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que, de nationalité marocaine, entrée en France à l'âge de deux ans, elle a deux enfants de nationalité française et a été titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 8 mars 2025, qu'elle en a demandé le renouvellement sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France, qu'elle a eu trois attestations de prolongation d'instruction dont la dernière était valable jusqu'au 5 août 2025, qu'elle a été informée, le 19 juin 2025, du rejet de sa demande de renouvellement de sa carte de résident par un arrêté du 20 mars 2025 qui la convoquait également le 10 avril 2025 en préfecture pour obtenir une autorisation provisoire de séjour, qu'elle a demandé au préfet du Val-de-Marne à être convoquée à nouveau et qu'elle n'a eu aucune réponse, que la condition d'urgence est satisfaite car elle est en situation irrégulière alors qu'elle ne peut pas faire l'objet d'une expulsion, et que la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée le 8 août 2025 au préfet du Val-de-Marne qui n'a présenté aucun mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A B, ressortissante marocaine née le 3 février 1986 à Kenitra, a été scolarisée en France à compter de l'année scolaire 1989 / 1990. Elle est la mère de deux enfants de nationalité française nés en août 2021 et juin 2023 et a été titulaire en dernier lieu d'une carte de résident valable jusqu'au 8 mars 2025. Elle en a demandé le renouvellement sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France et s'est vue remettre trois attestations successives de prolongation d'instructions, le 14 février 2025, pour trois mois, 19 mars 2025 pour trois mois et 6 mai 2025 pour trois mois également. Le 19 juin 2025, il lui a été notifiée une décision en date du 20 mars 2025, donc antérieure à la dernière attestation de prolongation d'instruction, lui refusant le renouvellement de sa carte de résident, pour cause de menace grave à l'ordre public, et la convoquant pour le 10 avril 2025 pour se voir remettre une autorisation provisoire de séjour. N'ayant pu se rendre à cette convocation, dont elle ne pouvait avoir connaissance, elle a alors demandé au préfet du Val-de-Marne de la convoquer à nouveau pour bénéficier de cette autorisation provisoire de séjour. Elle n'a eu aucune réponse. Par une requête présentée le 8 août 2025, elle demande donc au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de la convoquer et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Ainsi qu'il l'a été dit au point 1, Madame B réside en France depuis l'âge de deux ans et est la mère de deux enfants de nationalité française. Par sa décision du 20 mars 2025, qui n'a été portée à la connaissance de l'intéressée que le 19 juin 2025, le préfet du Val-de-Marne a refusé de renouveler sa carte de résident et l'a convoquée pour le 10 avril 2025, soit deux mois auparavant, pour se voir remettre une autorisation provisoire de séjour, dès lors que la requérante ne peut faire l'objet d'une expulsion. Madame B se trouve en situation irrégulière depuis le 5 août 2025. La condition d'urgence est donc satisfaite.

5. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de convoquer Madame B aux fins de lui remettre l'autorisation provisoire de séjour mentionnée par l'arrêté du 20 mars 2025 dans un délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance.

Sur les frais du litige

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à Madame B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de convoquer Madame B en préfecture dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, aux fins de lui remettre l'autorisation provisoire de séjour mentionnée par l'arrêté du 20 mars 2025.

Article 2 : L'Etat (préfet du Val-de-Marne) versera une somme de 1.500 euros à Madame B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera communiquée au préfet du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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