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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2512811

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2512811

jeudi 23 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2512811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantIBRAHIM FATI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante congolaise, qui demandait qu’il soit enjoint au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un rendez-vous pour le dépôt d’une demande de titre de séjour. Le juge a estimé que la situation d’urgence invoquée résultait du propre comportement de la requérante, qui ne s’était pas présentée à une convocation en préfecture en 2023 et avait déjà déposé ses demandes d’admission exceptionnelle au séjour par voie dématérialisée et postale. Il a également relevé que ces demandes avaient fait l’objet de décisions implicites de rejet, rendant la mesure sollicitée inutile et de nature à faire obstacle à l’exécution de ces décisions. La requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Ibrahim, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un rendez-vous dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- il y a urgence dès lors qu’elle se trouve en situation de précarité depuis le
21 juin 2025, date à laquelle a expiré son titre de séjour, alors qu’elle a déposé sa demande
il y a plus d’un an ;
- il est porté atteinte aux droits élémentaires des étrangers en situation irrégulière et il y a discontinuité et dysfonctionnement du service public constituant une rupture de l’égalité d’accès au service public ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’elle constitue la seule solution de substitution à la carence de l’administration ;
- il n’est fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2025, le préfet de
Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.



Il soutient que :
- la requête, qui tend à la délivrance d’un rendez-vous en vue de procéder au renouvellement de sa carte de résident en qualité de réfugiée, alors que cette dernière lui a été retirée par une décision du 3 mai 2023, doit être regardée comme tendant au renouvellement d’un titre inexistant et doit en conséquence être rejetée comme irrecevable, le juge ne pouvant prononcer que des mesures provisoires ;
- dès lors que la requérante s’est placée elle-même dans la situation d’urgence qu’elle invoque, en ne sollicitant pas un titre de séjour « vie privée et familiale » alors qu’une convocation lui avait été délivrée pour qu’elle constitue son dossier ;
- la mesure n’est pas utile dès lors que la requérante relève désormais d’une première demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour lequel aucun rendez-vous n’est nécessaire, l’intéressée pouvant déposer sa demande par voie dématérialisée (admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée) ou par voie postale (admission exceptionnelle sur le terrain de la vie privée et familiale) ;
- une telle mesure ferait obstacle à l’exécution du pouvoir réglementaire du préfet, qui a organisé les modalités de dépôt des demandes de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Di Candia, premier-président, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme B... A..., ressortissante
congolaise née le 22 juin 1997, arrivée en France à l’âge de trois ans, a vécu sous couvert d’un titre de séjour en qualité de réfugiée qui lui a été retirée le 3 mai 2023. Le préfet fait valoir sans être contredit que l’intéressée, qui a été convoquée en préfecture le 14 juin 2023 en vue d’établir une nouvelle carte de séjour ne faisant plus état de sa qualité de réfugiée, ne s’est pas présentée. Elle a ainsi perdu le bénéfice de son titre de séjour et s’est elle-même placée dans la situation de précarité qu’elle invoque. En outre, elle a entendu solliciter son admission exceptionnelle au séjour en 2025. Le 18 février 2025, elle a effectivement pu présenter sa demande d’admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, ainsi qu’il résulte de l’attestation de dépôt versée au dossier. Par ailleurs, le préfet de Seine-et-Marne soutient sans être contredit que Mme A... a pu solliciter, le 15 avril 2025, une demande d’admission exceptionnelle au séjour par voie postale. En vertu des dispositions combinées des articles R. 431-12, R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et à défaut de décision explicite prise dans ce délai, ces demandes doivent être regardées comme ayant été implicitement rejetées par le préfet de Seine-et-Marne à l’issue d’un délai de quatre mois. Par suite, la demande de rendez-vous en préfecture pour le dépôt ne revêt le caractère d’aucune utilité ni d’aucune urgence et est de nature à faire obstacle à l’exécution de ces décisions implicites de rejet. Les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte présentées par Mme A... doivent en conséquence être rejetées.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions que Mme A... présente sur leur fondement à l’encontre de l’Etat qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.


Le juge des référés,
Signé : O. Di Candia


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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