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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2513851

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2513851

lundi 13 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2513851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBIEHLER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 10 septembre 2025 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à M. A.... Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, faute pour le requérant de justifier de démarches suffisantes depuis le refus de transcription de son acte de naissance en 2017. Aucun des moyens soulevés, tirés notamment de l'incompétence, du défaut de motivation ou de la méconnaissance des décrets n° 55-1397 et n° 2005-1726, n'a été examiné au fond en raison de l'absence d'urgence caractérisée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 septembre 2025 et le 6 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Biehler, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 10 septembre 2025 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans l’attente de la délivrance de sa carte nationale d’identité et de son passeport, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’en l’absence de titre d’identité, il est dépourvu de tout titre d’identité, il ne peut exercer aucune activité professionnelle, ni voyager, ni se voir délivrer un permis de conduire et qu’il a transmis l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 7 mai 2024 au service central de l'état civil à Nantes, sans résultat ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, dès lors que la décision en litige est entachée d’incompétence en l’absence de toute justification par l’administration, que la décision est insuffisamment motivée en l’absence de motif de droit et de visa, qu’elle est dépourvue de base légale, que le préfet n’a pas procédé à un examen approfondi de sa situation, dès lors que la décision de la cour d’appel de Paris du 7 mai 2024 n’a pas été examinée, que la décision en litige méconnaît les dispositions des décrets n° 55-1397 du 22 octobre 1955 et n° 2005-1726 du 30 décembre 2005, que son acte de naissance n’a pas à être légalisé conformément à l’accord de coopération entre la France et le Cameroun du 21 février 1974, que la décision méconnaît l’article 480 du code de procédure civile et que la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2025, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite, dès lors qu’aucune demande de titre d’identité n’a été déposée par l’intéressé depuis le refus de transcription de son acte de naissance par le consul général de Douala le 24 mai 2017 ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord de coopération en matière de justice entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République unie du Cameroun, fait à Yaoundé le 21 février 1974 ;
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de procédure civile ;
-le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné M. Vérisson, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 8 octobre 2025 à 14 heures, tenue en présence de Mme Dusautois, greffière d’audience :
- le rapport de M. Vérisson, ;
- et les observations de Me Biehler, représentant M. A..., présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique, à 14h35.


Considérant ce qui suit :

M. A... est né le 1er octobre 1996 à Bomono-Ba-Mbengue (Cameroun). Après avoir fait l’objet d’une reconnaissance de paternité par un citoyen français le 31 janvier 2005, M. A... a bénéficié d’un certificat de nationalité française délivré le 11 juin 2013. L’intéressé a déposé le 2 juin 2025, une demande de délivrance de carte nationale d’identité et une demande de délivrance de passeport. Par la décision en litige du 10 septembre 2025, le préfet du Val-de-Marne a refusé de délivrer les titres d’identité demandés.


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

En ce qui concerne l’urgence :

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l’exécution de la décision soit suspendue sans attendre le jugement de la requête au fond. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce.

La décision en litige du 10 septembre 2025, dont M. A... demande la suspension a pour effet de priver l’intéressé de tout document d’identité, circonstance qui fait obstacle à ce qu’il puisse justifier de son identité, postuler à un emploi et se rendre à l’étranger. Si le préfet fait valoir que M. A... a attendu plusieurs années avant de demander un titre d’identité, il résulte de l’instruction que l’intéressé a bénéficié d’un certificat de nationalité française délivré le 11 juin 2013 par le greffe du tribunal d’instance de Charenton-le-Pont, avant que l’autorité judiciaire ne statue, en première instance le 2 février 2023, puis en appel le 7 mai 2024, sur la légalité de ce certificat de nationalité française et sur la nationalité de l’intéressé. Dans ces conditions, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.


En ce qui concerne l’existence d’un moyen propre à faire naître un doute sérieux :

Les moyens tirés de décision en litige méconnaissent les dispositions des décrets n° 55-1397 du 22 octobre 1955 et n° 2005-1726 du 30 décembre 2005, ainsi que celles de l’article 480 du code de procédure civile sont de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’acte attaqué.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision du 10 septembre 2025.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ». L’article L. 911-1 du même code dispose que : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ».

Le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 précité, ne peut, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l’exécution par l’autorité administrative d’un jugement annulant la décision administrative contestée.

En revanche, si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n’ont pas, au principal, l’autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l’article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l’autorité qui s’attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte que lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d’une décision administrative et qu’il n’a pas été mis fin à cette suspension – soit, par l’aboutissement d’une voie de recours, soit dans les conditions prévues à l’article L. 521-4 du code de justice administrative, soit par l’intervention d’une décision au fond – l’administration ne saurait légalement reprendre une même décision sans qu’il ait été remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension. Lorsque le juge des référés a suspendu une décision de refus, il incombe à l’administration, sur injonction du juge des référés ou lorsqu’elle est saisie par le demandeur en ce sens, de procéder au réexamen de la demande ayant donné lieu à ce refus. Lorsque le juge des référés a retenu comme propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ce refus un moyen dirigé contre les motifs de cette décision, l’autorité administrative ne saurait, eu égard à la force obligatoire de l’ordonnance de suspension, et sauf circonstances nouvelles, rejeter de nouveau la demande en se fondant sur les motifs en cause.

Compte tenu des motifs énoncés précédemment, il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, à titre principal, de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport. Par ailleurs et eu égard à l’arrêt de la cour d’appel de paris du 7 mai 2024 reconnaissant la nationalité française de M. A..., il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le territoire français l’autorisant à travailler dans l’attente de la délivrance de sa carte nationale d’identité et de son passeport.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte présentées pour M. A... doivent être rejetées.


Sur les frais de l’instance :

Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ».

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.




O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de la décision du 10 septembre 2025 du préfet du Val-de-Marne est suspendue.

Article 2 : L’Etat versera à M. A... la somme de 2 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée à préfet du Val-de-Marne.

Fait à Melun, le 13 octobre 2025.


Le juge des référés,



Signé : D. Vérisson

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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