Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2025, M. B... E... A..., représenté par Me Chelbi, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision de refus de délivrance de titre de séjour du préfet de Seine-et-Marne,
2°) d’enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour valide jusqu’à ce qu’il soit statué sur sa demande de titre de séjour, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours,
3°) de mettre à la charge de l’Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, de nationalité béninoise, il est entré en France le 4 septembre 2017 avec un visa d’étudiant, qu’il a bénéficié de titres de séjour en cette qualité jusqu’au 2 janvier 2025, qu’il a ensuite obtenu un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail, que son employeur a déposé une première demande d’autorisation de travail le 7 février 20025 qui a été clôturée le 15 mai 2025 car il n’avait pas encore son diplôme de master, qui ne lui a été délivré qu’en juillet 2025, que son employeur a donc déposé une nouvelle demande d’autorisation de travail le 13 août 2025 mais que par une décision du 18 août 2025 il s’est vu refuser son titre de séjour par le préfet du Val-de-Marne.
Il soutient que la condition d’urgence est satisfaite il a demandé un changement de statut vers celui de salarié, car il dispose d’un contrat de travail à durée indéterminée avec le cabinet « KPMG » qui a déposé pour lui une demande d’autorisation de travail, et il risque de perdre son emploi, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est entachée d’une erreur de droit car il disposait d’une autorisation de travail sur son récépissé, qu’elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation car l’administration était informée de sa situation de santé et du report nécessaire pour l’obtention de son diplôme ainsi que d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire enregistré le 7 octobre 2025, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, la condition d’urgence n’étant pas satisfaite dès lors que l’intéressé n’a jamais transmis à l’administration une autorisation de travail.
Le 21 octobre 2025, Me Chelbi a communiqué au tribunal des pièces complémentaires pour le requérant.
Vu :
la décision contestée,
les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Par une requête enregistrée le 28 septembre 2025 sous le n° 2513975, M. A... D... a demandé l’annulation de la décision contestée.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l’audience du 8 octobre 2025, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d’audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Chelbi, représentant M. A..., requérant, présent, qui rappelle qu’il a demandé un changement de statut, qu’il est entré en France en 2017 et a eu un mastère professionnel de niveau 7, qu’il a dû subir une opération du cœur qui a retardé son cursus et qu’il n’a eu son diplôme qu’en juillet 2025, que sa société a déposé une demande d’autorisation de travail en août 2025.
Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n’était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
M. B... E... A..., ressortissant béninois né le 31 mars 1998 à Cotonou, entré en France le 4 septembre 2017 muni d’un visa d’étudiant délivré par les autorités consulaires françaises dans cette ville, a obtenu un « Bachelor » de 3ème année en 2022 à l’établissement « ESI Business School – IA School » de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Il a été engagé en contrat d’alternance par le cabinet « KPMG » à compter du 1er septembre 2023. Son cursus universitaire a subi un retard en 2024 car il a dû subir le 26 juillet 2024 une transplantation cardiaque. Par suite, il n’a obtenu un titre à finalité professionnelle (niveau 7) d’expert en transformation digitale et technologique auprès de l’établissement « Hautes Etudes des technologies de l’information et de la Communication » à Montreuil (Seine-Saint-Denis) qu’en juillet 2025. Il a été titulaire en dernier lieu d’une carte de séjour pluriannuelle de deux ans portant la mention « étudiant », délivrée par le préfet du Nord et valable jusqu’au 2 janvier 2025. Il en a demandé le renouvellement le 8 janvier 2025 ainsi qu’un changement de statut vers celui de salarié en mentionnant une adresse à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines) et le préfet des Yvelines lui a délivré une attestation de prolongation d’instruction valable trois mois. M. A... a signé le 5 novembre 2024 un contrat de travail à durée indéterminée comme « Junior Audit » avec le cabinet « KPMG » qui a déposé une demande d’autorisation de travail à son profit le 7 février 2025 en vue d’occuper une poste d’auditeur comptable et financier. Le 29 avril 2025, le préfet de Seine-et-Marne (sous-préfecture de Torcy) a remis à M. A... un récépissé de demande titre de séjour valable six mois, portant autorisation de travail. La demande d’autorisation de travail a été clôturée le 15 mai 2025 au motif qu’il y manquait le diplôme de l’intéressé. La société « KPMG » a déposé une nouvelle demande d’autorisation de travail le 13 août 2025, avec le diplôme. Par une décision du 18 août 2025, notifiée le 28 août 2025, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté la demande de changement de statut de M. A... et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une requête enregistrée le 28 septembre 2025, M. A... a demandé l’annulation de cette décision et en sollicite du juge des référés, par une requête du 29 septembre 2025, la suspension de son exécution. Le 21 octobre 2025, le ministre de l’intérieur a informé la société « KPMG » que sa demande d’autorisation de travail avait fait l’objet d’une décision favorable.
Sur les conclusions sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
Sur l’urgence :
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
En l’espèce, M. A... a demandé un changement de statut d’étudiant vers celui de salarié pour occuper un poste dans la continuité de ses diplômes pour lequel il avait signé un contrat à durée indéterminée, et le préfet de Seine-et-Marne lui avait délivré le 29 avril 2025 un récépissé de demande de titre de séjour valable six mois portant explicitement une autorisation à occuper un emploi. La condition d’urgence est donc satisfaite, quand bien même la demande de titre de séjour de M. A... aurait été formée sous un autre fondement que celle dont il était titulaire auparavant.
Sur le doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
Aux termes de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. (…) ».
Aux termes de l’article R. 5221-1 du code du travail : « I.-Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; 2° Etranger ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne pendant la période d'application des mesures transitoires relatives à la libre circulation des travailleurs. II.-La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. (…) ». Aux termes de l’article R. 5221-2 du code du travail : « Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : (…) 16° Le titulaire d'une autorisation provisoire de séjour ou d'un document provisoire de séjour portant la mention " autorise son titulaire à travailler " ; (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que si, à la date de la décision contestée, l’intéressé ne disposait pas d’une autorisation de travail, le préfet de Seine-et-Marne ne pouvait ignorer que l’employeur de M. A..., ce dernier disposant d’un récépissé portant autorisation de travail, en avait déposé une quelques jours auparavant et que celle-ci était toujours à l’instruction. Au surplus cette demande a fait l’objet d’une décision favorable le 21 octobre 2025.
Par suite, en l’état de l’instruction, les moyens tirés de ce que la décision contestée, en tant qu’elle refuse à M. A... le changement de statut sollicité, serait entachée à la fois d’un défaut d’examen sérieux de sa situation, dès lors qu’il n’a pas pris en compte cette demande d’autorisation de travail, et d’une erreur manifeste d’appréciation, eu égard au niveau de salaire perçu par l’intéressé, sont de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles les dispositions, de l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent le prononcé d’une mesure de suspension sont réunies. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. A... aux fins de suspension de l’exécution de la décision contestée du préfet de Seine-et-Marne du 18 août 2025.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ». Si, pour le cas où l’ensemble des conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l’exécution d’une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l’auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l’impose l’article L. 511-1 du même code, présenter un « caractère provisoire ».
Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ».
Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l’intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.
La suspension prononcée par la présente ordonnance implique uniquement que le préfet de Seine-et-Marne remette à M. A... une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail et de voyage, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, cette autorisation provisoire de séjour devant être renouvelée sans aucune discontinuité jusqu’au jugement à intervenir sur la requête en annulation enregistrée le 28 septembre 2025.
Sur les frais du litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1.500 euros à verser à M. A... en application de l’article L 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du préfet de Seine-et-Marne du 18 août 2025 est suspendue en tant qu’elle refuse à M. A... le changement de statut sollicité et la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « salarié ».
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Seine-et-Marne de remettre à M. A... une autorisation provisoire de séjour, portant autorisation de travail et de voyage, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, cette autorisation provisoire de séjour devant être renouvelée sans aucune discontinuité jusqu’au jugement à intervenir sur la requête en annulation enregistrée le 28 septembre 2025.
Article 3 : L’Etat (préfet de Seine-et-Marne) versera une somme de 1.500 euros à M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... E... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. AymardLa greffière,
Signé : S. Aubret
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,