Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la demande de M. B... tendant à la suspension de son placement en centre de rétention. Le juge rappelle que la contestation d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF) assortie d'un placement en rétention relève d'une procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), exclusive de la voie du référé liberté. En l'absence de circonstances nouvelles postérieures à l'OQTF du 11 octobre 2022, la requête est irrecevable.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2025, M. A... B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de la mesure d’éloignement justifiant son placement et son maintien au centre de rétention n° 2 du Mesnil-Amelot à compter du 11 octobre 2025.
Il soutient que :
- la décision du 5 septembre 2025 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis ‘a placé en centre de rétention, révèle une nouvelle mesure d’éloignement, dès lors qu’elle se fonde sur une précédente obligation de quitter le territoire français datant du 11 octobre 2022 ;
- il avait exécuté cette précédente mesure d’éloignement, dès lors qu’il était parti s’installer en Belgique et qu’il a été interpelé en France alors qu’il transitait vers l’Italie où son cousin lui avait trouvé du travail ;
- la prolongation de son placement au-delà du 11 octobre 2025 est illégale et arbitraire et révèle l’existence d’une nouvelle mesure d’éloignement ;
- le maintien de son placement porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au recours, à sa liberté d’aller et venir et à son droit de ne pas être détenu arbitrairement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vérisson, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.
Considérant ce qui suit :
D’une part, aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ». En vertu de l’article L. 741-1 du même code, le préfet peut placer en rétention administrative les personnes se trouvant dans le cas prévu au 1° de l’article L. 731-1 lorsqu'elles ne présentent pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision.
Enfin, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français (…) ». L’article L. 614-2 du même code précise que : « Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, ces décisions peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-2 ». Il ressort de ces dispositions que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l’éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour et les mesures d’expulsion, lorsque ces derniers sont placés en rétention. Cette procédure est applicable quelle que soit la mesure d’éloignement, autre qu’un arrêté d’expulsion, en vue de l’exécution de laquelle le placement en rétention a été pris, y compris en l’absence de contestation de cette mesure. Il en résulte qu’il appartient à l’étranger qui entend contester une obligation de quitter le territoire français ou une décision de transfert aux autorités d’un Etat membre de l’Union européenne compétente pour examiner la demande d’asile du requérant, lorsqu’elles sont accompagnées d’un placement en rétention administrative, de saisir le juge administratif sur le fondement des dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile d’une demande tendant à leur annulation, assortie le cas échéant de conclusions à fin d’injonction. Cette procédure particulière est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative. Il n’en va autrement que dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l’exécution d’une telle mesure relative à l’éloignement forcé d’un étranger emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l’intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des articles L. 572-4 et L. 614-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s’attachent normalement à sa mise à exécution.
En premier lieu, si M. B... soutient que, consécutivement à l’obligation de quitter le territoire français du 11 octobre 2022, il s’est installé en Belgique et qu’il a été interpelé le 4 septembre 2025 en France, alors qu’il transitait vers l’Italie pour y trouver du travail, l’intéressé n’apporte aucun élément, ni aucun commencement de preuve, justifiant de la réalité des changement de circonstance de fait qu’il allègue. En outre, il ressort des termes de l’arrêté du 5 septembre 2025 le plaçant en rétention au centre n° 2 du Mesnil-Amelot que l’intéressé a déclaré, lors de son interpellation le 4 septembre 2025, qu’il vivait irrégulièrement en France depuis 2024. Dans ces conditions, les changements de circonstance allégués, justifiant de la compétence du juge des référés, ne peuvent être regardés comme établis en l’état de l’instruction.
En second lieu, la prolongation du placement en rétention de M. B... au-delà du délai de trois ans suivant la mesure d’éloignement du 11 octobre 2022, ne révèle en soi aucune décision distincte de l’arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du même jour, dont elle poursuit uniquement les modalités d’exécution.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B... tendant à la suspension de la mesure d’éloignement dont il fait l’objet sont irrecevables et ne peuvent qu’être rejetées selon la procédure définie à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Melun, le 15 octobre 2025.
Le juge des référés,
Signé : D. Vérisson
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, La greffière,