Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. B... qui demandait d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne d’instruire ses demandes de visa pour repasser le permis de conduire. Le juge estime que la condition d’urgence n’est pas remplie, car le requérant a contribué à la situation par sa propre carence en ayant attendu six ans avant de saisir le juge des référés. De plus, la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse en ce qu’elle pourrait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, notamment un arrêté 60 annoncé par les services préfectoraux. La requête est donc rejetée en application de l’article L. 522-3 du même code.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2025, M. B..., représenté par Me Albina, doit être regardé comme demandant au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne d’instruire ses demandes visa à lui permettre de se réinscrire aux épreuves du permis de conduire, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de mettre à jour les données le concernant dans un délai quinze jours à compter de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat les dépens.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il ne peut exercer sa profession de chauffeur poids lourd ;
- la mesure sollicitée est utile, dès lors que la présente action vise à débloquer sa situation, à mettre à jour ses données et à permettre à l’Agence nationale des titres sécurisés de traiter sa demande de permis de conduire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vérisson, premier conseiller, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en matière de référés.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
En premier lieu, lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code justice administrative, aux fins d’enjoindre de prendre toute mesure utile dans un sens déterminé, il doit veiller à ce que cette demande présente un caractère d’urgence et d’utilité, qu’elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la mesure demandée ne fasse obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. L’urgence doit s’apprécier objectivement et globalement et tenir compte du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette pas d’invoquer utilement -ni sérieusement- la notion d’urgence ; il en est notamment ainsi lorsque la situation d’urgence découle directement de la négligence ou de la carence du requérant, ou de tout autre acte positif qui lui est directement imputable. Enfin, la condition d’urgence s’apprécie à la date de la présente ordonnance.
Il résulte de l’instruction que le permis de conduire de M. B... a été annulé par jugement du tribunal judiciaire de Paris du 13 novembre 2019. Si l’intéressé fait valoir que l’autorité judiciaire a transmis au préfet un document intitulé « REF 7 » le même jour, en produisant d’ailleurs un jugement partiellement illisible, qu’il a engagé de nombreuses démarches depuis, qu’il fait face à « abstention fautive de l’administration, persistante depuis plusieurs années » et que cette situation « l’empêch[e] de pouvoir repasser son permis de conduire depuis maintenant 6 ans », il n’apporte aucun élément permettant de justifier, voire d’expliquer un tel délai de six années séparant ses premières démarches et la saisine du juge des référés. Par suite, la condition d’urgence n’est manifestement pas remplie, dès lors que M. B... a, par sa carence, participé lui-même à la situation d’urgence qu’il invoque aujourd’hui.
En deuxième lieu, en raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.
Il résulte de l’instruction et en particulier des termes de la lettre de l’Agence nationale des titres sécurisés datée du 18 novembre 2024, établie en réponse à la demande de l’avocat de M. B... et produite par le requérant lui-même, que ce dernier a fait l’objet d’une annulation de son permis de conduire par le juge répressif « pour récidive de conduite en ayant fait l’objet usage de stupéfiants » le 13 novembre 2019. Cette lettre précise cependant que « la dernière démarche de l’usager pour l’enregistrement de stage a été rejetée avec comme motif du service instructeur (…) [que] l’usager va recevoir prochainement un arrêté 60. Cette demande est donc rejetée (…) ». A l’appui de son argumentation, M. B..., n’apporte néanmoins aucune précision quant à l’intervention de l’« arrêté 60 » annoncé par les services préfectoraux à l’Agence nationale des titres sécurisés dans la lettre du 18 novembre 2024. Ainsi et au regard des éléments produits pour le requérant, les conclusions présentées pour M. B..., se heurtent également à la condition selon laquelle elles ne doivent pas faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
Il résulte de ce qui précède que les conditions posées à l’article L. 521-3 ne sont manifestement pas remplies et que, par conséquent, les conclusions de M. B... doivent être rejetées en application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris celles relatives aux dépens.
Sur l’application des dispositions de l’article R. 741-12 du code de justice administrative :
Eu égard à la teneur de la requête soumise au juge des référés et bien qu’il convient, dans les circonstances particulières de l’espèce, de ne pas en faire application dans la présente instance, il y a toutefois lieu de rappeler qu’en vertu de l’article R. 741-12 du code de justice administrative, le juge peut infliger à l’auteur d’une requête qu’il estime abusive une amende dont le montant peut atteindre 10 000 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Melun, le 25 novembre 2025.
Le juge des référés,
Signé : D. Vérisson
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,