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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2517832

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2517832

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2517832
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant par ordonnance, rejette la requête de Mme C... A... visant à annuler le classement sans suite de sa demande de naturalisation par le préfet de Seine-et-Marne. Le juge estime que le classement était légal, la requérante n'ayant pas produit dans le délai imparti l'acte de mariage de moins de trois mois exigé par l'article 37-1 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993, et ne justifiant pas d'une impossibilité imprévisible et indépendante de sa volonté de le faire. Le tribunal applique les articles 40 du même décret et R. 222-1 du code de justice administrative pour rejeter la requête, considérant que les moyens invoqués (confusion sur la pièce à fournir) ne sont pas de nature à remettre en cause la régularité de la décision administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2025 et un mémoire enregistré le 10 décembre 2025, Mme C... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 3 novembre 2025 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a classé sans suite sa demande de naturalisation.

Mme C... A... soutenait dans sa requête introductive d’instance qu’étant divorcée, elle ne pouvait produire une copie d’acte de mariage de moins de trois mois et que c’est la raison pour laquelle elle avait produit le jugement prononçant le divorce au lieu de l’acte de mariage. Dans son mémoire complémentaire, elle soutient avoir toujours produit son jugement de divorce (rendu le 25 janvier 2024) pour justifier son état matrimonial, si bien qu’elle pensait que cette pièce suffirait. Elle invoque ainsi, désormais, une « confusion », et produit une copie intégrale de son acte de mariage

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le décret n ° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation (…) ;
- le décret n° 2017-890 du 6 mai 2017 relatif à l'état civil ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : (…) 7° Rejeter, après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé (…) ».

2. D’une part, aux termes de l’article 40 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : « L'autorité qui a reçu la demande (…) peut, à tout moment de l'instruction de la demande de naturalisation (…), mettre en demeure le demandeur de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le demandeur ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le demandeur est informé par écrit de ce classement ». Le défaut de production des pièces complémentaires dans le délai imparti peut, à lui seul, légalement justifier une décision de classement sans suite. Toutefois, l’impossibilité de produire les pièces dans le délai imparti, à raison de circonstances imprévisibles et indépendantes de la volonté du demandeur, dont ce dernier a justifié et informé l’administration dans les meilleurs délais, est de nature à faire obstacle à un tel classement sans suite. Le juge de l’excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur le respect de ces conditions d’application de l’article 40 du décret du 30 décembre 1993. En l'absence de production des pièces demandées dans le délai imparti et de justification d'une impossibilité de respecter ce délai, l’autorité administrative dispose d’un large pouvoir d’appréciation pour user de la faculté de classer sans suite la demande. Le juge de l’excès de pouvoir n’exerce alors qu’un contrôle restreint, en tenant compte de l’objet de la décision de classement sans suite, qui consiste seulement à mettre fin à l’instruction de la demande sans y statuer, et de la finalité du régime de classement sans suite, qui est d’améliorer l’efficacité des procédures d’instruction des demandes de naturalisation.

3. D’autre part, aux termes de l’article 37-1 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : « Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : /… / 6° Le cas échéant, son ou ses actes de mariage ainsi que les pièces de nature à justifier la dissolution de ses unions antérieures (…) ». L’article 9 de ce même décret dispose : « Les pièces nécessaires à la preuve de la recevabilité de la déclaration répondent aux exigences suivantes : /… / 2° Les actes de l'état civil sont produits en copie intégrale ; les copies des actes établis par les autorités françaises datent de moins de trois mois (…) ». Aux termes du premier alinéa de l’article 49 du code civil : « Dans tous les cas où la mention d'un acte relatif à l'état civil devra avoir lieu en marge d'un acte déjà inscrit, elle sera faite d'office ».

4. Le recours présenté devant le tribunal contre un classement sans suite prononcé en application de l’article 40 ou 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 a pour seul objet de contrôler le respect de la légalité par la préfecture chargée d’instruire la demande de naturalisation. Un tel recours n’a pas pour objet d’offrir gracieusement à l'auteur de la demande une nouvelle chance d’obtenir une convocation à l'entretien réglementaire d'assimilation qu'il a manqué sans motif légitime malgré une première convocation régulière, ou une nouvelle chance de produire, devant le tribunal, les pièces qu'il n'a pas produites devant la préfecture, lors de son entretien ou au terme du délai imparti par une mise en demeure régulièrement notifiée, alors qu’il ne justifie pas de circonstances imprévisibles et indépendantes de sa volonté l’ayant empêché de produire. Il appartient seulement au tribunal, saisi de moyens en ce sens à l’appui d’un recours en annulation qui doit être motivé et assorti de la décision attaquée et de pièces ou explications justificatives, de contrôler, pour l’essentiel, si la décision de classement sans suite ne repose pas sur une erreur de droit ou de fait, une inexacte application des conditions réglementaires posées à l’article 40 ou 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ou sur un usage manifestement erroné de la faculté de classer sans suite la demande.

5. En l’espèce, d’une part, il ressort des pièces du dossier que, pour procéder le 3 novembre 2025 au classement sans suite de la demande de naturalisation présentée par Mme C... A..., le préfet de Seine-et-Marne s’est fondé sur le motif que, malgré la mise en demeure qui lui avait été adressée le 18 juin 2025, l’intéressée n’avait pas produit « la copie intégrale de l’acte de mariage de [son] union antérieure datée de moins de trois mois ».
6. D’autre part, il est constant que Mme C... A... a produit le jugement du 25 janvier 2024 prononçant le divorce de son union antérieure, et non la copie intégrale de l’acte de mariage de son union antérieure, qu’il est toujours possible de demander aux dépositaires des registres de l’état civil et où doit d’ailleurs être mentionné le divorce lorsqu’il est devenu définitif.

7. La circonstance que Mme C... A... serait désormais prête à produire la pièce demandée après l’expiration du délai imparti à cette fin ne saurait être utilement invoquée pour critiquer la légalité du classement sans suite qui est justifiée par le motif que l’intéressée n’a pas produit cette pièce dans le délai imparti par la mise en demeure.

8. Enfin, Mme C... A... ne peut se limiter à invoquer une simple « confusion » pour caractériser une impossibilité de produire la pièce demandée dans le délai imparti à raison de circonstances imprévisibles et indépendantes de sa volonté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête ne comporte que « des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien » au sens du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative. Le délai de recours contentieux étant expiré, il y a lieu, par application de ces dispositions, de rejeter la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C... A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... C... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 12 février 2026.

Le président de la 8ème chambre,




X. POTTIER


La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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