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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2518172

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2518172

mercredi 7 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2518172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation12ème chambre, éloignement
Avocat requérantCLAUDE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante béninoise, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. La requérante, ancienne conjointe d'un diplomate, soutenait que le délai pour demander l'asile ne courait qu'à compter de la fin de son statut diplomatique. Le tribunal a jugé que l'article L. 551-15 du CESEDA lui était applicable et que l'absence de motif légitime pour la tardiveté de sa demande d'asile justifiait le refus. Il a également estimé que la vulnérabilité alléguée n'était pas établie, faute de précisions sur ses conditions de vie et ressources.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrée le 11 décembre 2025, Mme B..., représentée par Me Claude, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler la décision du 1er décembre 2025 par laquelle le directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir ses conditions matérielles d’accueil, sous astreinte.

Elle soutient que :
- l’article L. 551-15 du CESEDA ne lui est pas applicable dès lors qu’elle relève du statut diplomatique ;
- elle a déposé sa demande d’asile dans un délai raisonnable à l’expiration de son statut diplomatique ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2025, l’Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête.

Il soutient les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Robin, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 921-1 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Robin, magistrate désignée ;
- et les observations de Me Claude, avocat de Mme A....

La clôture de l’instruction a été prononcée dans les conditions prévues à l’article R. 922-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante béninoise, est entrée en France le 6 mars 2017 et a bénéficié d’un titre de séjour spécial en qualité de conjoint d’un diplomate. L’intéressée a déposé une demande d’asile le 1er décembre 2025. Par une décision du même jour, le directeur de l’Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par la requête visée ci-dessus, Mme A... demande l’annulation de cette décision.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de prononcer l’admission provisoire de Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 110-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A l'exception des dispositions du livre V relatives à l'asile, les dispositions du présent code ne sont pas applicables aux agents diplomatiques et aux consuls de carrière. ». Aux termes de l’article L. 551-15 du même code : « Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / (…) 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ».

Mme A... soutient que la fin de la mission diplomatique de son mari, intervenue le 1er octobre 2025, constitue le point de départ du délai pour solliciter l’asile, dès lors que sa situation ne relève du droit commun fixé par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu’à compter de cette date. Toutefois, il résulte de l’article L. 110-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent que les dispositions relatives à l’asile sont applicables aux ressortissants étrangers dont le séjour est effectué sous couvert d'autorisations délivrées en application d'accords internationaux définissant les privilèges et immunités accordés aux fonctionnaires internationaux et à leur famille. Si la requérante se prévaut de qu’elle ne pouvait engager de démarches pour solliciter l’asile sans mettre fin au statut diplomatique de son mari et des délais de remises des titres spéciaux et de changement de son statut administratif, ces éléments ne sont pas de nature à établir l’existence d’un motif légitime justifiant de la tardiveté de la demande d’asile qu’elle a présentée.

En second lieu, en se prévalant de sa situation familiale, caractérisée notamment par le suivi médical dont doit faire l’objet l’un de ses trois enfants, Mme A... doit être regardée comme faisant valoir la vulnérabilité de sa situation personnelle. Toutefois, si la requérante se prévaut du handicap moteur dont est atteint l’un de ses enfants, elle n’apporte aucune précision sur les conditions de vie et les ressources de sa famille. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche d’évaluation de vulnérabilité, que l’intéressée a déclaré être hébergée de manière stable au sein d’un logement dont elle est locataire. Si l’intéressée a indiqué, à cette occasion, que l’appartement dont elle est locataire n’est pas adapté au handicap de son fils, cette circonstance ne ressort d’aucune pièce du dossier. Dans ces conditions, Mme A... n’établit pas que sa famille se trouve dans une situation de vulnérabilité particulière justifiant que le bénéfice des conditions matérielles d’accueil lui soit octroyé, malgré le caractère tardif de sa demande d’asile.

Il résulte de ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision attaquée. Par suite, ses conclusions à fin d’annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.


D E C I D E :

Article 1er : Mme A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... et à l’Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2026.



La magistrate désignée,





Signé : M. ROBIN





La greffière,





Signé : MD. ADELON
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



MD. ADELON


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