Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 28 janvier 2026, M. B... A..., représenté par Me Leplat, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 5 août 2025 par lequel le maire de Bois-le-Roi a refusé de lui accorder un permis de construire une maison d’habitation sur un terrain situé rue Colinet / rue Moreau de Tours sur les parcelles cadastrées section B n° 3888, 4139, 4141 et 4143, et de la décision de rejet de son recours gracieux du 21 novembre 2025 ;
d’enjoindre au maire de Bois-Le-Roi, à titre principal, de lui délivrer un permis de construire provisoire et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir
de mettre à la charge de la commune de Bois-le-Roi la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence posée à l’article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que l’urgence est présumée en cas de refus d’un permis de construire, conformément aux dispositions de l’article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;
-
il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, pour les raisons suivantes :
* la compétence de son auteur n’est pas établie ;
* l’unique motif de refus du permis de construire est entaché d’illégalité dès lors que l’arrêté en litige méconnaît les dispositions de l’article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme et est entachée d’une erreur de fait, le garage de la future construction ne pouvant être considéré comme une annexe à laquelle cet article impose une hauteur maximale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2026, la commune de Bois-le-Roi représentée par Me Chanlair, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 800 euros soit mise à la charge de M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-
la condition d’urgence posée à l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie ;
-
aucun des moyens soulevés n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
Vu :
-
la requête n° 2600376 tendant à l’annulation de la décision dont la suspension de l’exécution est demandée ;
-
les autres pièces du dossier.
Vu :
-
le code de l'urbanisme ;
-
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Duhamel, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.
Les parties ont été régulièrement informées de la date et de l’heure de l’audience publique.
Au cours de cette audience, tenue le 29 janvier 2026 à 10h en présence de Mme Nodin, greffière d’audience, ont été entendus :
-
le rapport de M. Duhamel ;
-
les observations de Me Leplat, représentant M. A..., qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et a fait valoir en outre que le garage et la maison d’habitation objets de la demande de permis de construire disposaient d’un lien fonctionnel incontestable ;
-
les observations de Me Chanlair, représentant la commune de Bois-le-Roi, qui a conclu aux mêmes fins que le mémoire en défense, par les mêmes motifs en faisant valoir qu’un nouveau plan local d'urbanisme intercommunal était en vigueur depuis le 16 octobre 2025, que le projet en litige est incompatible avec les nouveaux objectifs de ce PLUi qui prévoient pour le secteur du terrain d’assiette une zone de mixité sociale avec la construction de logements sociaux, de sorte que la condition d’urgence ne saurait être regardée comme remplie en l’espèce, et qu’il n’apparait pas dans le dossier de demande de permis de construire qu’un accès direct est prévu entre le garage et la maison principale, de sorte que le garage doit être regardé comme une annexe. Il indique par ailleurs explicitement renoncer à solliciter une substitution de motif par celui de la décision de sursis à statuer qui aurait dû être prise pour justifier le refus de permis de construire, cette circonstance ne constituant qu’un argument justifiant l’absence d’urgence de la requête.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience en application de l’article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 5 août 2025, le maire de Bois-le-Roi a refusé d’accorder à M. B... A... un permis de construire une maison d’habitation sur les parcelles cadastrées section B n° 3888, 4139, 4141 et 4143 sur un terrain situé rue Colinet / rue Moreau de Tours à Bois-le-Roi, et de la décision de rejet de son recours gracieux du 21 novembre 2025. La requête de M. A... tend à la suspension de l’exécution de cet arrêté sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. »
En ce qui concerne l’urgence :
Aux termes de l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un recours formé contre une décision d'opposition à déclaration préalable ou de refus de permis de construire, d'aménager ou de démolir est assorti d'un référé introduit sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est présumée satisfaite ».
La commune de Bois-le-Roi fait valoir en défense que le pétitionnaire est déjà propriétaire d’un logement dans la commune, qu’il détient le terrain d’assiette depuis 2019, que les nouvelles dispositions du règlement du PLUi ne lui permettent plus, en tout état de cause, de poursuivre son projet de construction, qu’il lui était loisible de déposer un nouveau dossier de demande de permis de construire intégrant les nouvelles dispositions du PLUi, et que le requérant s’est placé lui-même dans la situation d’urgence qu’il invoque en attendant le dernier jour du délai de recours pour adresser son recours gracieux. Toutefois, ces considérations ne sont pas, en l’état de l’instruction, de nature à renverser la présomption prévue par l’article L. 600-3-1 du code de l’urbanisme. Ainsi, la condition d’urgence requise par l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée, en l’espèce, comme satisfaite.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
Il résulte des termes de l’arrêté attaqué que le maire de Bois-le-Roi a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par M. A... au motif que la hauteur de la toiture terrasse du garage était supérieure à 3 mètres en méconnaissance des dispositions de l’article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme.
Aux termes de l’article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable : « (…) La hauteur maximale de la construction, dans le cas de toit terrasse, est de 7 m par rapport au sol naturel. (…) La hauteur maximale pour les constructions légères, garages, abris de voitures et annexes isolés est de 3 m par rapport au sol naturel. (…) ».
En l’état de l’instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article UC 10 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse alors qu’il ressort du dossier de demande de permis de construire que le garage fait partie intégrante de la construction et que le formulaire cerfa précise sa situation attenante à la partie habitation de la construction, de sorte qu’il ne peut être regardé comme isolé au sens des dispositions du règlement du PLU.
Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues à l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision litigieuse.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire […].et aux termes de l’article L. 911-2 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public (…) prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ».
En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d’assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l’administration.
Dès lors que la commune de Bois-le-Roi ne fait état d’aucun autre motif de nature à fonder légalement l’arrêté de refus de permis de conduire du 5 août 2025, la présente ordonnance implique nécessairement que le maire de ladite commune délivre à titre provisoire à M. A..., dans l’attente du jugement de la requête au fond n° 2600376, le permis de construire sollicité. Il y a lieu d’enjoindre au maire de la commune de Bois-le-Roi de procéder à cette délivrance à titre provisoire dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. »
Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la commune de Bois-le-Roi au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En application de ces mêmes dispositions, il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Bois-le-Roi une somme de 1 800 euros au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er :
L’exécution de l’arrêté du maire de Bois-le-Roi du 5 août 2025 refusant la demande de permis de construire déposée par M. A... le 13 mai 2025 est suspendue.
Article 2 :
Il est enjoint au maire de Bois-le-Roi de délivrer à M. A..., à titre provisoire dans l’attente du jugement de la requête au fond n° 2600376, le permis de construire sollicité le 13 mai 2025 dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : La commune de Bois-le-Roi versera 1 800 euros à M. A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Bois-le-Roi au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et à la commune de Bois-le-Roi.
Fait à Melun, le 27 février 2026.
Le juge des référés,
Signé : B. DUHAMEL
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,