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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2600852

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2600852

lundi 23 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2600852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBIEHLER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Melun, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet par laquelle le préfet du Val-de-Marne refusait de délivrer une carte nationale d'identité et un passeport à un requérant. Le juge a estimé que le refus du préfet, fondé sur un acte de naissance non transcrit, méconnaissait l'autorité de la chose jugée d'un arrêt de la cour d'appel de Paris ayant reconnu la nationalité française du requérant, ainsi que les dispositions des décrets du 22 octobre 1955 et du 30 décembre 2005. La condition d'urgence était caractérisée par l'absence de tout titre d'identité ou de séjour.

Texte intégral

Le juge des référésVu la procédure suivante
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2026, Madame B... A..., représenté par Me Biehler, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, et jusqu’à ce qu’il soit statué sur sa légalité :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite de rejet née le 20 décembre 2025 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a refusé ses demandes de délivrance de carte nationale d’identité et de passeport ;
2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte nationale d’identité et un passeport, dans un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation de provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans l’attente de la délivrance d’une carte nationale d’identité et un passeport, dans un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2.500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique que, d’origine camerounaise, il est entré en France à l’âge de 12 ans, que son père est de nationalité française par déclaration et l’a reconnu, qu’un certificat de nationalité française lui a été délivré le 11 juin 2013, que son certificat de naissance a dû être reconstitué en avril 2021, qu’une action en constatation d’extranéité a été engagée par le procureur de la République de Paris mais que la cour d’appel de Paris a confirmé, le 7 mai 2024 qu’il était bien de nationalité française, au motif que l’acte dressé en avril 2021 était probant, qu’il a demandé à bénéficier de titres d’identité français et que, par une lettre du 10 septembre 2025, il a été informé par le préfet du Val-de-Marne que sa demande était rejetée, que l’exécution de cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du présent tribunal du 13 octobre 2025, qu’il a alors déposé de nouvelles demandes de passeport qui ont été une nouvelle fois refusées le 12 janvier 2025.
Il soutient que la condition d’urgence est satisfaite car il ne dispose d’aucun document d’identité et d’aucun titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été prise par une personne ne disposant pas d’une délégation régulière, qu’elle est insuffisamment motivée et dépourvue de base légale, qu’elle méconnait les dispositions des articles 4 du décret du 22 octobre 1955 et 5 du décret du 30 décembre 2005, car il a été reconnu français par un jugement de la cour d’appel de Paris, qu’elle méconnait également l’autorité de la chose jugée et est également entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2026, le préfet du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés, ka condition d’urgence n’étant pas satisfaite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-
l’accord de coopération en matière de justice entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République unie du Cameroun, fait à Yaoundé le 21 février 1974 ;
-
le code civil ;
-
le code de procédure civile ;
-
le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d’identité ;
-
le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
-
le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2026 sous le n° 2600854, M. A... a demandé l’annulation de la décision contestée.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Après avoir, au cours de l’audience du 3 février 2026, tenue en présence de Madame Aubret, greffière d’audience, présenté son rapport, et entendu les observations de Me Biehler, représentant M. A..., requérant, présent, qui rappelle qu’il a été reconnu français par un arrêt de la cour d’appel de Paris, que la décision contestée est fondée sur les mêmes motifs que la précédente, que le préfet a ajouté une condition à la loi qui n’est prévue par aucun texte et qui demande qu’il soit enjoint au préfet de lui délivrer les documents d’identité sollicités.
Le préfet du Val-de-Marne, dûment convoqué, n’était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :
Par un arrêt du 7 mai 2024, la cour d’appel de Paris a dit que M. B... A..., née le 1er octobre 1996 à Bomono-Ba-Mbengué (Cameroun) était de nationalité française et a ordonné son l’inscription de la mention prévue à l’article 238 du code civil. Nonobstant cette décision, devenue définitive, le préfet du Val-de-Marne a refusé, le 10 septembre 2025, de délivrer à l’intéressé les documents d’identité réclamés, à savoir une carte nationale d’identité et un passeport, au motif que son acte de naissance avait fait l’objet d’un refus de transcription par le consulat général de France à Douala le 24 mai 2017, alors même que la cour d’appel avait considéré que l’acte de naissance établi par un jugement du 4 mars 2021 d’un tribunal camerounais était opposable en France. M. A... a contesté la légalité de cette décision par une requête enregistrée le 25 septembre 2025 assortie d’une requête sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il a été fait droit par une ordonnance du 16 octobre 2025 du juge des référés du présent tribunal qui en a suspendu l’exécution au motif qu’elle méconnaissait les dispositions des décrets du 22 octobre 1955 et 30 décembre 2005 susvisés ainsi que celles de l’article 480 du code de procédure civile. M. A... a donc saisi à nouveau le préfet du Val-de-Marne d’une demande de délivrance de titres d’identité français et indique avoir été informé, le 12 janvier 2026, par les services de la commune de Maisons-Alfort que la préfecture lui refusait à nouveau leur délivrance. Aucune décision explicite n’a été communiquée à l’intéressé. Par une requête enregistrée le 20 janvier 2026, M. A... a demandé au présent tribunal l’annulation de la décision orale et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution et qu’il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer les documents d’identité demandés.
Sur les conclusions sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
Sur l’urgence :
La condition d’urgence à laquelle est subordonné le prononcé d’une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue.
La décision du 10 septembre 2025, comme celle en litige du 12 janvier 2026, qui doit être réputée prise sur les mêmes fondements, a pour effet de priver l’intéressé de tout document d’identité, circonstance qui fait obstacle à ce qu’il puisse justifier de son identité, postuler à un emploi et se rendre à l’étranger. Si le préfet fait valoir dans son mémoire en défense, qui ne conteste pas l’existence d’une nouvelle décision de refus opposée à M A..., que ce dernier a attendu plusieurs années avant de demander des titres d’identité, il résulte de l’instruction que l’intéressé a bénéficié d’un certificat de nationalité française délivré le 11 juin 2013 par le greffe du tribunal d’instance de Charenton-le-Pont, avant que l’autorité judiciaire ne statue, en première instance le 2 février 2023, puis en appel le 7 mai 2024, sur la légalité de ce certificat de nationalité française et sur la nationalité de l’intéressé. Dans ces conditions, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
Les moyens tirés de décision en litige méconnaissent les dispositions des décrets n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d’identité et n° 2005-1726 du 30 décembre 2005, relatif aux passeports, ainsi que celles de l’article 480 du code de procédure civile, en que elle méconnait l’autorité de la chose jugée par la cour d’appel de Paris le 7 mai 2024, laquelle a expressément indiqué que M. A... était de nationalité française, sont de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’acte attaqué.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision orale contestée.
Sur les conclusions à fin d’injonction avec astreinte :
Aux termes de l’article L. 11 du code de justice administrative : « Les jugements sont exécutoires ».
Aux termes de l’article L. 511-1 du même code : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. » et aux termes de l’article R. 522-13 du même code : « L’ordonnance prend effet à partir du jour où la partie qui doit s’y conformer en reçoit notification (…) ».
D’une part, le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l’exécution par l’autorité administrative d’un jugement annulant la décision administrative contestée.
D’autre part, si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n’ont pas, au principal, l’autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l’article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires et, en vertu de l’autorité qui s’attache aux décisions de justice, obligatoires. Il en résulte que lorsque le juge des référés a prononcé la suspension d’une décision administrative et qu’il n’a pas été mis fin à cette suspension – soit, par l’aboutissement d’une voie de recours, soit dans les conditions prévues à l’article L. 521-4 du code de justice administrative, soit par l’intervention d’une décision au fond – l’administration ne saurait légalement reprendre une même décision sans qu’il ait été remédié au vice que le juge des référés avait pris en considération pour prononcer la suspension. Lorsque le juge des référés a suspendu une décision de refus, il incombe à l’administration, sur injonction du juge des référés ou lorsqu’elle est saisie par le demandeur en ce sens, de procéder au réexamen de la demande ayant donné lieu à ce refus. Lorsque le juge des référés a retenu comme propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ce refus un moyen dirigé contre les motifs de cette décision, l’autorité administrative ne saurait, eu égard à la force obligatoire de l’ordonnance de suspension, et sauf circonstances nouvelles, rejeter de nouveau la demande en se fondant sur les motifs en cause.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier, et il n’est d’ailleurs pas contesté par le préfet du Val-de-Marne, que la décision orale émise le 12 janvier 2026 sur les demandes de documents d’identité présentées par M. A... le 20 octobre 2025 est fondée sur les mêmes motifs que celle du 10 septembre 2025 dont l’exécution a été suspendue au motif d’un doute sérieux sur sa légalité.
Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de délivrer à M. A... les documents d’identité sollicité dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé ce délai d’un mois, dès lors qu’il sera toujours loisible au préfet du Val-de-Marne, en cas de rejet des requêtes en annulation formées par le requérant, de procéder à leur retrait.
En revanche, eu égard à l’arrêt de la cour d’appel de paris du 7 mai 2024 reconnaissant la nationalité française de M. A..., il n’y a pas lieu d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le territoire français l’autorisant à travailler dans l’attente de la délivrance de sa carte nationale d’identité et de son passeport.
Sur les frais du litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat (préfet du Val-de-Marne) une somme de 2500 euros qui sera versée à M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :

Article 1er : L’exécution de la décision orale par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté la demande de délivrance de titres d’identité français déposée par M. A... le 20 octobre 2025 en mairie de Maisons-Alfort est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de délivrer à M. A... les documents d’identité sollicités dans le délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, passé ce délai d’un mois.

Article 3 : L’Etat (préfet du Val-de-Marne) versera une somme de 2 500 euros à M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera communiquée au préfet du Val-de-Marne.


Le juge des référés,


Signé : M. AymardLa greffière,


Signé : S. Aubret


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,




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